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Contentieux palestino-israélien

Le financement européen de la guerre du narratif, Gerald M. Steinberg
01/02/2010

[Cet article remonte à juin 2009. Je l'avais alors traduit pour l'UPJF. Il prend aujourd'hui tout son sens après la mise au jour, par Ben Caspit, dans Maariv, le 31 janvier, du rôle déterminant des associations et ONG israéliennes pro-palestiniennes, dans un article résumé par l'UPJF.] 
 


The Jerusalem Pos t, 28 juin 2009

 

Texte original anglais : "European funding for the narrative war".


Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org

Note aux responsables de sites et blogs: Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/actualiees-upjf/article-16697-145-7-financement-europeen-narratif-guerre-gerald-steinberg.html

 

Les efforts européens pour que l'Europe joue un rôle majeur dans les discussions de paix israélo-arabes ont à nouveau été éclipsés, cette fois, par l'initiative du Président des Etats-Unis, Barack Obama.

Pour augmenter la visibilité de l'Europe, le nombre des visites officielles s'est accru, et plusieurs colloques académiques sont consacrés au rôle de l'Europe. Par exemple, hier, l'Université Hébraïque a inauguré un colloque de trois jours, sous le titre ambitieux, « Soutenir les forces de modération dans le conflit israélo-palestinien : Le rôle de l'Union Européenne après la Guerre de Gaza ».

Pour les diplomates et les acteurs politiques, un « échange de vues, franc et honnête » sur la problématique européenne antécédente en milieu universitaire pourrait être très utile pour corriger des décennies de jugements erronés. Par exemple, au cours du processus d'Oslo, l'Union Européenne et ses Etats membres étaient convaincus que Yasser Arafat était une "force de modération" et lui avaient fourni, ainsi qu'à ses acolytes du Fatah des valises pleines d'un argent estimé nécessaire pour « huiler les rouages » du processus de paix et de l'établissement d'un Etat palestinien. Au lieu de cela, l'argent est allé sur des comptes bancaires à l'étranger et [a servi à financer le] terrorisme.

En Europe, il y a eu très peu d'analyses indépendantes de ces échecs diplomatiques, politiques et autres. Craignant d'être mis dans l'embarras, ou pire, les officiels ont rejeté les appels à une investigation indépendante, jusqu'à ce que le Parlement Européen contraigne la Commission Européenne à réaliser une enquête (connue sous le nom de rapport OLAF [1]). Mais des années plus tard, ce rapport reste top secret, ce qui signifie qu'apparemment, peu, si ce n'est aucune des leçons n'ont été tirées.

Etant donné cet état de fait et la difficulté qu'éprouve l'Europe à s'analyser elle-même, une recherche académique sérieuse et des colloques peuvent jouer un rôle très positif. Malheureusement, beaucoup de ces discussions de la politique européenne font appel à des orateurs et à des personnalités officielles qui préfèrent sermonner les Israéliens plutôt que d'enquêter sur leur propre contribution à l'échec. Parallèlement, d'importantes questions ayant trait aux dysfonctionnements des politiques menées sont manifestement absentes de ces colloques.

Un sujet systématiquement évité dans le cadre de la recherche quasi officielle et des colloques, est le financement européen massif d'Organisations Non Gouvernementales (ONG) radicales, dont les activités alimentent le conflit au lieu de « soutenir les forces de modération », comme le proclame le titre de ce colloque. Par l'intermédiaire du "Programme de Barcelone" et de projets d'aide, la Commission Européenne et les gouvernements qui en sont membres, versent, chaque année, des dizaines de millions d'euros à des ONG palestiniennes, israéliennes et autres. Les objectifs affichés incluent la promotion de la démocratie, de la paix et des droits de l'homme, mais les résultats sont souvent contreproductifs et alimentent le conflit.

Ces ONG orchestrent la diabolisation et la délégitimation d'Israël, par des labels tels que « apartheid », « crimes de guerre », sur la base de la stratégie adoptée lors du Forum des ONG de la Conférence de Durban, en 2001. Par exemple, le financement européen d'une ONG est le principal moteur des "offensives juridiques" [2] contre des militaires et de hauts responsables civils israéliens – une forme d'agression de guerre douce par l'intermédiaire des tribunaux, qui accompagne la "guerre dure" par voie de terrorisme. La procédure en cours en Espagne (pays choisi pour ses attitudes indulgentes en matière de juridiction universelle) est menée par le Centre Palestinien pour les Droits de l'Homme [sigle anglais, PCHR], qui est financé par la Commission Européenne, la Norvège, l'Irlande, le Danemark, la Suisse et d'autres gouvernements. En fait, le PCHR est une force centrale dans la diabolisation d'Israël par les ONG et la guerre politique qu'elles mènent contre l'Etat juif.

Ces procédures de guerre juridique (lawfare), financées par l'Europe, ne sont qu'une partie d'un processus beaucoup plus vaste, mené par des ONG extrêmement politisées, situées en Israël, qui cherchent à réduire à néant les politiques gouvernementales ; il s'agit de groupes comme B'Tselem, Yesh Din, Machsom Watch, Bimkom, Ir Amim, Adalah, Mossawa , etc. (L'Union Européenne finance ces ONG en prétendant qu'il s'agit de projets limités, mais les montants constituent souvent le gros du budget de fonctionnement.)

Un examen des activités des ONG financées par l'Europe démontre qu'elles ne contribuent pas à « soutenir les forces de modération ». Beaucoup ont des activités de promotion de campagnes de boycott anti-israélien, de propositions visant à l'établissement d'un Etat unique (ce qui signifie l'élimination d'Israël en tant qu'Etat juif), outre qu'elles soumettent des exigences tendancieuses aux commissions d'"enquête" de l'Union Européenne.

Un débat sérieux autour de ces questions devrait donner lieu à des interrogations telles que : Comment cela se produit-il ? Qui guide ces décisions ? Pourquoi les fonds gouvernementaux européens qui financent les ONG sont-ils utilisés pour torpiller le compromis, l'acceptation mutuelle et la solution à deux Etats que l'Europe affirme soutenir ?

Le chaos qui règne dans le financement de l'Union Européenne et les fréquentes imbrications ajoutent à ces problèmes, outre qu'il n'y a pas de coordinateur, ni de source centrale de données. Les règles européennes de transparence n'ont pas cours en ce domaine, et on ne dispose ni de comptes-rendus ni de protocoles des allocations attribuées aux ONG dans le cadre des programmes de la Commission Européenne. Les noms et les conflits d'intérêts des responsables de ces politiques sont soustraits à l'examen public. Les processus d'évaluation, s'ils existent, sont secrets, ce qui rend difficile d'envisager des changements constructifs.

Quand NGO Monitor a été dans l'impossibilité d'obtenir les documents les plus élémentaires et a menacé d'intenter des poursuites pour non-respect des règles européennes de transparence, les fonctionnaires européens ont envoyé un CD contenant environ 50 documents, dont la plupart des informations utiles avaient été supprimées, en ce compris les noms des organisations partenaires des ONG et les critères d'évaluation. Il était impossible de déchiffrer le peu de déclarations sans valeur et les chiffres qui restaient, ce qui rendait irréalisable une évaluation constructive.

Ces questions devraient être en tête de liste des ordres du jour des entretiens et des colloques comme celui qui a lieu à l'Université Hébraïque. Malheureusement, ces sujets "difficiles" et les conflits sont largement évités. Des intitulés apaisants mais trompeurs, tel « Soutenir les forces de modération », prennent le pas sur l'examen loyal du soutien européen au "harcèlement juridique", au "droit au retour » et au rejet palestiniens.

 

Gerald M. Steinberg *

 

© The Jerusalem Post

 


* L'auteur dirige le département de science politique à l'Université Bar-Ilan et est directeur de NGO Monitor [3].

 

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Notes du traducteur


[1] Office de Lutte Antifraude. Sur cette enquête, voir, entre autres : " Escroqueries à la bienfaisance: l'UE enquête" (2. Fraudes palestiniennes massives).  

[2] Littéralement, 'guerre du droit' ; le terme anglais, "lawfare", est difficile à traduire littéralement ; à ce sujet, voir Eyal Weizman, "Offensive par le Droit à Gaza".

[3] Sur cette organisation courageuse et incontournable, voir, entre autres, "A propos de   NGO Monitor".

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[Texte aimablement signalé par le Dr A. Lerner, de IMRA.]


Mis en ligne le 29 juin 2009, par


M. Macina , sur le site upjf.org