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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

L'Europe cherche à diviser Jérusalem, Dore Gold
08/02/2010


08/02/10

JCPA - Le Cape, Volume XIV, Numéro 423, 5 février 2010 article du 22 décembre 2009

Selon les accords d'Oslo, signés en septembre 1993, l'avenir de Jérusalem serait l'une des questions à l'ordre du jour dans les futures négociations sur le statut final et permanent. Dans le cadre de leur mandat, les Suédois ont influencé les ministres européens des Affaires étrangères pour qu'ils reviennent sur les déclarations antérieures et qu'ils reconnaissent clairement Jérusalem-est comme la capitale du futur Etat palestinien, préjugeant ainsi du résultat des négociations en cours.

Lorsque les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis le 8 décembre dernier, ils ont publié une déclaration qui n'a que partiellement atténué le projet suédois. La nouvelle référence mentionne que l'Etat palestinien serait composé de « la Cisjordanie et de Gaza avec comme capitale Jérusalem-est », et que Jérusalem serait, en [quelque] sorte, "la future capitale de deux Etats."

La déclaration de l'Union Européenne a insisté pour que l'Union européenne « ne reconnaisse aucun changement dans les frontières d'avant 1967 » sans l'accord des parties. Pourtant, en déclarant que les lignes de 1967 sont une frontière politique, l'Union européenne ne tient pas compte de ce qu'elles ne sont que des lignes d'armistice et non une frontière internationale reconnue. En fait, la Résolution 242 du Conseil de Sécurité a déjà reconnu que les lignes d'avant 1967 pourraient être modifiées.

En manifestant leur soutien à ce que Jérusalem-est soit intégrée dans un Etat palestinien, les Suédois laissent croire  aux conseillers de Mahmoud Abbas qu'ils pourront refuser des négociations bilatérales avec Israël tout en laissant intervenir une tierce partie à leur avantage.

Aujourd'hui, Israël joue un rôle crucial dans la protection des Lieux saints. Demain, si  les Etats européens, accordent la protection des lieux saints du christianisme aux Palestiniens ne risquent-ils pas de les offrir à un régime islamiste sous la tutelle du Hamas ?

La proposition suédoise a été soutenue à l'origine par la Grande-Bretagne, la Belgique, l'Irlande, le Luxembourg et Malte. Lorsque les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis le 8 décembre dernier, ils n'ont fait aucune référence explicite à cette proposition. Du point de vue israélien, la déclaration de l'UE reste fondamentalement en contradiction avec la politique du gouvernement appelant à maintenir la ville unie ; néanmoins, la déclaration de l'UE est compatible avec les déclarations politiques antérieures sur Jérusalem et ne contient pas les références exigées par le projet suédois.

Tout accord sur l'avenir de Jérusalem doit être atteint par la négociation. Quelques heures après la publication de la déclaration européenne, le porte-parole du département d'Etat, Phillip Crowley, a souligné : « Nous sommes conscients de la déclaration de l'UE, mais notre position sur Jérusalem est claire: la question du statut final, devrait être traitée dans le cadre d'une négociation directe et officielle  entre les protagonistes. » Il est clair que Washington a des réserves sur la déclaration de l'UE et sur ses ambigüités flagrantes, et il est absurde que  les Palestiniens l'interprètent comme un soutien acquis à leur cause visant à proclamer unilatéralement la création d'un Etat palestinien avec Jérusalem-est comme capitale.

Dans le plan de partage de 1947 ? Résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU -, toute la ville de Jérusalem était supposée être une entité internationale durant une décennie et sous l'administration des Nations Unies. Après dix ans, les résidents de Jérusalem pourraient voter selon leur choix: appartenir à l'Etat juif ou à l'Etat arabe. Cette entité internationale avait été désignée, en latin, comme un « corpus separatum », ou entité séparée.

Le 1er mars 1999, l'Allemagne, qui était présidente de l'Union européenne, a remis, par l'intermédiaire de son ambassadeur, une note verbale au ministre israélien des Affaires étrangères, laquelle stipule que « l'UE réaffirme sa position déclarée concernant le statut particulier de Jérusalem comme corpus separatum. »

Historiquement parlant, la Résolution 181 a été dépassée par les événements. Les résolutions ultérieures de l'ONU ont fait depuis référence aux accords d'armistice signés en 1949. Rappelons que, pendant la guerre d'Indépendance, Jérusalem a été attaquée par trois armées arabes et que l'ONU a échoué à mettre en ?uvre sa propre résolution sur l'internationalisation et l'application du corpus separatum.  Jérusalem a été défendue par les forces israéliennes naissantes, et non par l'ONU. En conséquence, le Premier ministre, David Ben Gourion, a déclaré qu'Israël considérait les références de la Résolution 181 sur Jérusalem comme « nulles et non avenues », et cette position a été depuis celle de tous les gouvernements israéliens jusqu'à ce jour.

Depuis la Déclaration de Venise de 1980, les Européens ont condamné et rejeté les mesures unilatérales israéliennes visant à réunifier la ville sainte. Toutefois, et depuis 2002, ils font partie des responsabilités  [sic] du Quartet,  avec les Etats-Unis, la Russie, et le Secrétariat de l'ONU. Ils se trouvent dans l'obligation d'aider les parties à parvenir à une solution négociée au conflit israélo-palestinien. Le ministre des Affaires étrangères suédois, Carl Bildt, n'est-il pas conscient que, dans la déclaration du 9 novembre 2008, les membres du Quartet ont accepté le principe que « les tiers ne doivent pas intervenir dans les négociations bilatérales » ?

Ainsi, en violant les principes du Quartet, les Suédois sapent la crédibilité européenne, et Israël pourra dire très justement: qui a besoin du Quartet si ses membres ne respectent pas leurs obligations ?

Plutôt que de rendre les négociations plus faciles, la dernière initiative européenne les rend plus difficiles et encourage l'unilatéralisme palestinien.

Malheureusement, l'initiative suédoise n'a fait que renforcer la revendication des Palestiniens [exigeant] que tout gel de colonisation s'applique également à Jérusalem-est, ce qui réduit les chances que les négociations reprennent de si tôt.

La Suède est devenue  un pays particulièrement problématique pour Israël et l'Europe. Le 17 août 2009, le quotidien suédois Aftonbladet a publié un article abject sur l'armée israélienne ; alors que de nombreux médias en Suède ont condamné l'article du journal, le gouvernement suédois a refusé de prendre position. Lorsque l'ambassadeur suédois à Tel Aviv, Elisabeth Borin, a exprimé son dégoût envers l'article, le gouvernement suédois a décidé de se distancier de la déclaration de sa représentante. Depuis cet événement, les relations israélo-suédoises demeurent tendues, et son gouvernement manifeste actuellement des signes d'hostilité croissants aux positions israéliennes.

En conclusion, le gouvernement israélien devrait faire un effort diplomatique considérable pour souligner ses droits légitimes sur Jérusalem et son rôle de protecteur des lieux saints. Les arguments soutenant une Jérusalem unifiée doivent être soulevés pas tous les ambassadeurs israéliens et dans toutes les capitales. Le peuple juif est devenu  majorité [sur le plan démographique] à Jérusalem, en 1864, bien avant le mandat britannique. La Ligue des Nations a considéré Jérusalem comme partie du foyer national du peuple juif. N'est-il pas ironique que les Européens, qui se souviennent de la chute du mur de Berlin en 1989, comme d'un tournant historique pour leur continent, prônent désormais une nouvelle division de Jérusalem entre deux Etats distincts? Si le gouvernement israélien ne fait pas un effort concerté pour protéger ses droits à Jérusalem, alors, même nos alliés les plus proches pourront supposer que l'Etat juif serait susceptible d'accepter un jour la politique que l'Europe propose.

Dore Gold

 

JCPA - Le Cape

 

[Article aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 8 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org