Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Europe et Israël

Israël: Quelques reproches à l'UE, Renée-Anne Gutter
08/02/2010

08/02/10

Texte repris de La Libre Belgique du 6 février 2010

 

L'Union européenne est le principal partenaire commercial d'Israël. Cela n'empêche cependant pas l'état hébreu d'aligner les griefs à son endroit.

Analyse : Correspondante à Jérusalem

Le monde arabe ne désespère pas de voir l'Europe influer davantage sur le processus de paix avec Israël. Pas une mince affaire, toutefois. Car l'Union européenne n'est pas le chéri d'Israël. Elle est cependant son principal partenaire commercial. Un accord de base en 1975 et des protocoles additionnels au fil des ans ont instauré le libre-échange entre Israël et, à l'époque, la CEE.

Avec leur Accord d'association en 1995, Israël et l'UE ont également resserré leurs relations dans les domaines économique, culturel, scientifique, et institutionnalisé leur dialogue politique. Par ailleurs, cela arrange fort bien les Israéliens que l'Europe paie la note du développement palestinien.

N'empêche : pas question de lui accorder un rôle politique prépondérant dans la résolution du conflit avec les Palestiniens. Pas seulement parce que les Israéliens réservent ce rôle aux Etats-Unis, mais parce que l'Etat juif - et surtout sa droite actuellement au pouvoir - a plus d'un grief contre le vieux continent.

Primo, malgré l'arrivée au pouvoir de quelques "amis" de l'Etat juif - Sarkozy, Merkel, Berlusconi -, l'UE demeure trop pro-palestinienne au goût d'Israël. Et pas sûr que la future présidence tournante de la Belgique change cette impression. Car, en dépit des bonnes relations bilatérales, Israël ne compte pas les Belges dans son camp d'inconditionnels.

L'attitude européenne a commencé à se préciser avec la Déclaration de Venise de 1980, qui invoquait "la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Palestiniens, la fin de l'occupation israélienne, l'illégalité des colonies juives et des actes de loi modifiant le statut de Jérusalem, la nécessaire implication de l'OLP dans les négociations de paix" .

Depuis lors, chaque initiative, chaque déclaration de l'UE met Israël sur le qui-vive, déclenchant des batailles diplomatiques contre les formulations jugées partiales.

La guerre d'Israël à Gaza, début 2009, n'a fait qu'exacerber les tensions. Mi-2009, l'UE a décidé de freiner son "rehaussement" des relations avec Israël. Et fin 2009, même après avoir réussi à en [faire] édulcorer les termes, Israël n'a été qu'à moitié satisfait de la déclaration européenne qui voit en Jérusalem "la future capitale des deux Etats" .

Par ailleurs, bien que l'UE refuse de légitimer le Hamas tant que celui-ci ne reconnaît pas Israël, des députés et militants de divers pays européens continuent à visiter Gaza via l'Egypte, et à avoir des contacts - notamment parlementaires - avec le Hamas à Gaza et en Cisjordanie. Israël craint donc que l'UE se laisse finalement convaincre d'ouvrir un dialogue officiel avec les islamistes palestiniens.

Secundo, tout en évoquant des sanctions contre Téhéran, les pays membres de l'Union continuent à commercer avec elle. C'est du moins le reproche que leur fait Israël. En janvier dernier, les Affaires étrangères à Jérusalem ont laissé filtrer dans la presse israélienne des chiffres détaillant le volume d'échanges des pays européens avec l'Iran.

Or, si dans la première moitié de 2009 ce volume a diminué de 30 % par rapport au même semestre 2008, Israël souligne qu'il dépassait encore les 10 milliards d'euros. L'Allemagne et l'Italie, en tête, avec chacune plus de 2,1 milliards pour le premier semestre 2009, la Belgique en 6e place, avec 324 millions d'euros d'échanges, dont une exportation vers l'Iran qui a même augmenté de 15 % durant le premier semestre 2009.

Tertio, Israël s'inquiète de la résurgence de l'antisémitisme en Europe. Selon un récent rapport de l'Agence juive (parastatal [Lire : organisme para-étatique, Note de debriefing.org] chargé de l'immigration vers Israël), l'antisémitisme a connu en 2009 un niveau "inégalé" depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec des centaines d'incidents dans plusieurs pays d'Europe. "L'antisémitisme classique évolue, il a été remplacé par un nouvel antisémitisme qui s'exprime en attaques effrénées contre l'idée d'un Etat juif", s'insurge Nathan Sharansky, ancien "refusenik" soviétique devenu président de l'Agence juive.

A quoi Israël ajoute les campagnes de boycottage menées à travers l'Europe, fût-ce [lire: que ce soit (Note de debriefing.org)] contre les produits de consommation provenant d'Israël et de ses colonies en territoire occupé, ou contre les universités israéliennes et leur corps professoral.

Quarto, Israël reproche aux Européens de financer "l'incitation anti-israélienne". D'une part, en Israël même. De nombreuses ONG, associations et fondations indépendantes y ?uvrent notamment pour la démocratie et la défense des Droits de l'homme, et en particulier des Palestiniens.

Dernier bastion du pacifisme actif en Israël, face à une gauche politique fatiguée et désabusée, elles organisent des campagnes contre l'occupation israélienne, des actions pour la protection concrète de Palestiniens (aux barrages routiers de Tsahal, dans les oliveraies décimées par les colons), des interventions auprès de la Justice israélienne, des boycottages de produits émanant des colonies juives, etc.

Actions antipatriotiques, aux yeux du gouvernement et de divers porte-parole de la droite qui multiplient actuellement les campagnes venimeuses à leur encontre, allant jusqu'à les accuser de vouloir détruire Israël.

Et comme beaucoup de ces organisations reçoivent des fonds de gouvernements européens, ceux-ci sont également vilipendés. D'autre part, en territoire palestinien, accusant l'Autorité palestinienne, le Fatah et le président Abbas "de créer une culture de haine" contre Israël, les Affaires étrangères israéliennes reprochent aux pays européens d'y contribuer en versant des fonds dont l'aboutissement n'est pas vérifié et dont l'Autorité palestinienne fait usage "à des fins d'endoctrinement".

Renée-Anne Gutter

 

© La Libre Belgique

 

Mis en ligne le 8 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org