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Israël (lynchage médiatique)

France-Inter s'érige en tribunal d'Israël, dans une émission à charge mais sans avocat
08/02/2010


08/02/10
 
Sur le Blogue Anatole Z, 7 février 2010
 

Présentée sous l'interpellation «Israël a-t-il mal tourné ?», l'émission du 7/9 de samedi 6 février 2010, élaborée en partenariat avec le journal Marianne qui publie cette semaine un dossier du même nom sous la conduite de Bernard Guetta de France Inter, avait pour intervenants, outre les animateurs habituels de l'émission : Stéphane Paoli et Sandra Freeman, Maurice Szafran, Leïla Shahid, Bernard Guetta, Elisabeth Roudinesco. 

(Je passe sur la contribution d'Ivan Levaï qui a préféré ne pas intervenir au-delà de sa revue de presse, la seule référence de sa part, indirecte, au « débat » étant d'avoir raconté - d'ailleurs pas très bien - une vieille blague juive, à la fin de son temps de parole.)

Même si Paoli a systématiquement remplacé l'apostrophe « Israël a-t-il mal tourné ?», par «Oui ou non, Israël a-t-il mal tourné ?», donnant l'apparence d'une possibilité de réponse négative à la question accusatrice, c'est bien d'une telle accusation que l'émission a relevé.

La présentation du bouquin de Leïla Shahid sur le site du 7/9 du samedi sur France Inter, donne le principe de l'émission : on n'invite à débattre que des gens qui sont essentiellement d'accord entre eux, en l'occurrence pour salir Israël, mais dont les différences d'origine, de métier, etc., suffisent à donner l'apparence d'une certaine diversité visant à prouver que, de ce côté, on est ouvert et qu'on a le sens du dialogue.

Je ne vais pas faire un compte-rendu de l'émission, en voici simplement quelques extraits commentés.

 

Sortir des stéréotypes

Stéphane Paoli commence, à 7h 18, par se tourner vers Maurice Szafran en lui faisant remarquer que le titre est sévère, «Oui ou non, Israël a-t-il mal tourné ?»... oubliant que, même sans le « oui ou non », c'est précisément l'exergue de sa propre émission (de facto le titre).

Maurice Szafran explique alors que l'expression «Israël a mal tourné» a d'abord été prononcée par Bernard Guetta, et de poursuivre : «pour sortir des stéréotypes, moi j'ai tendance à considérer que c'est un titre tout à fait banal». D'emblée, Maurice Szafran indique lui-même sa capacité à dire n'importe quoi, puisque ce qu'il appelle «sortir des stéréotypes» consiste, à l'évidence et au contraire, à s'y enfoncer, comme il le dit lui-même en poursuivant : «c'est l'une des idées les plus convenues, y compris chez certains pro-Israéliens, qu'Israël a, en effet, mal tourné».

Au moins, Szafran est clair : il est un journaliste à charge.  

 

Ils ont osé (comme d'habitude)

Szafran poursuit en disant que «c'est une question qu'on n'ose pas poser parfois». Pour lui, Israël a mal tourné, mais «on n'ose pas le dire».

«Oui, voilà» acquiesce Paoli. Comme si France-Inter ne passait pas une grande partie de son temps à mettre Israël en accusation, et pas seulement chez Daniel Mermet !

Puis Szafran emploie encore plusieurs fois le mot «banal,», dans une référence ? certes, implicite, mais néanmoins assez évidente - au concept de «banalité du mal» d'Hannah Arendt à propos des nazis.

 

Leïla Shahid, dans son rôle.

Stéphane Paoli interroge ensuite Leïla Shahid, la cousine d'Arafat, dont elle a toujours soutenu le terrorisme, la petite fille du grand Mufti Husseini, allié d'Hitler, pour lequel, chaque fois qu'on l'a interrogée à son sujet, elle a toujours exprimé son admiration. Le fait que cette militante pro-terrorisme trouve objectif le dossier de Marianne en dit long sur cette objectivité.

 

Bernard Guetta : le high-tech ou la high-tech ?

Viennent ensuite les explications du journaliste Bernard Guetta sur la question de l'évolution politique, économique et sociale d'Israël : d'une forme de socialisme au libéralisme avec ses succès mais aussi la pauvreté (tiens, il ne vient à l'idée de personne que la grande pauvreté d'une partie de la population israélienne aurait aussi un rapport avec le fait que ce pays est en butte à la haine infinie de ses voisins. Shahid soulignera l'importance du financement de l'armée, mais bien sûr pour dénoncer la politique «conquérante» d'Israël). A la fin de son intervention, Guetta prend le temps d'expliquer qu'il a longtemps cru qu'il fallait dire «la» hig-tech, mais qu'à Marianne, on lui a expliqué qu'il fallait dire «le» high-tech, démontrant une fois de plus son esprit d'à-propos et l'agilité d'une pensée qui va tout de suite à l'essentiel.

 

Un peuple persécuteur

Vers la fin du 7/9, Elisabeth Roudinesco est interrogée par Laurence Luret.

8h46. La journaliste lui pose la question, qui revient souvent, dit-elle, «de l'extérieur» (j'imagine qu'elle veut dire que la question n'est pas d'elle, qu'elle ne se fait que l'écho d'une question entendue) :

« Comment un peuple qui a été persécuté aussi longtemps peut[-il] devenir à son tour persécuteur, et, la psychanalyste que vous êtes, quel regard portez-vous là-dessus ?»

Si la première partie de la question vient « de l'extérieur », on voit que la seconde, adressée à la psychanalyste, entérine en fait la première, en suggérant précisément l'analyse de tous ceux qui, depuis le fameux article d'Edgar Morin, se croient particulièrement malins de pouvoir montrer du doigt des renversements, d'allure paradoxale mais bien connus - par exemple -, dans le domaine des violences sexuelles, mais dont le niveau ne dépasse pas, en réalité, celui des inscriptions qu'on trouve dans les [WC] publics, mettant un signe "égale" entre une étoile de David et une croix gammée.

Dans sa réponse, Roudinesco entérine à son tour la notion de «peuple persécuteur», puisqu'elle n'en conteste pas l'idée, se contentant de dire dans un premier temps : «Ah ça, y a jamais de peuple parfait», même si, dans un deuxième temps, elle souligne que le peuple juif d'Israël est un peuple comme un autre, avant de retrouver son discours habituel sur le fait qu'en Israël et en Palestine il n'y a pas de nazisme : «la référence au nazisme est absolument inadmissible des deux côtés [...] tant qu'on continuera à se traiter de nazi - tout le monde se traite de nazi ? [...] la référence à l'extermination des Juifs doit être absolument bannie des débats actuels, il n'y a pas de nazis en Israël, ni d'un côté ni de l'autre, il n'y a pas de chambre à gaz, il n'y a pas d'extermination, il y a une guerre civile, il y a une guerre, c'est tout à fait différent, il y a des massacres, mais il n'y a pas de nazisme, j'insiste beaucoup».

 

C'est gentil de la part de Roudinesco d'insister là-dessus, parce qu'elle vient précédemment d'adhérer au retournement morinien de «peuple juif passé [du rôle] de persécuté à [celui de] persécuteur», ce qui revient, en fait, à le nazifier, dans l'esprit de cette émission de France-Inter visant à montrer qu'Israël aurait mal tourné. Alors, c'est vrai que lorsque l'actuel président de l'autorité palestinienne, auteur d'une thèse négationniste à Moscou, accuse les Israéliens d'avoir fait pire que l'Holocauste à Gaza, on est bien dans le type d'accusations révoltantes que dénonce Roudinesco. Le problème, c'est qu'en insistant lourdement sur le fait qu'il n'y aurait pas de nazisme, ni d'un côté ni de l'autre, elle demande simplement d'occulter tout un pan, plutôt fondamental, du conflit actuel, à savoir l'alliance originelle du nationalisme palestinien avec le nazisme, incarnée par l'alliance du grand-père de Leïla Shahid et oncle d'Arafat, avec Hitler, autant que le rôle actuel de l'Iran nazislamiste - faut-il rappeler les meetings négationnistes organisés par Ahmadinejad, et ses déclarations sur Israël qui doit être rayé de la carte ? - auprès du Hamas et du Hezbollah, dont les soldats sont coutumiers du salut nazi. L'argument de Roudinesco, selon lequel il n'y a pas d'extermination, ne tient pas, dans la mesure où l'intention de l'extermination, elle, existe. Les néo-nazis qui défilent régulièrement, ici ou là, depuis 1945, n'ont pas de chambre à gaz et ne font pas d'extermination, ce n'en sont pas moins des nazis, qui expriment clairement leur désir d'extermination des Juifs, exactement comme le font les miliciens du Hezbollah sur les panneaux tournés vers Israël et qui décorent les bases de la FINUL au sud-liban... Roudinesco n'est d'ailleurs pas à une contradiction près, puisqu'elle rappelle elle-même le succès, dans le monde arabe, de Mein Kampf, le livre de Hitler.

A la fin de l'émission (8h 50'), Roudinesco affirme : «Les Juifs ont peur de disparaître, mais ils ont peur depuis toujours, alors, évidemment, comme on en a assassiné 6 millions, on peut comprendre que, voilà, mais on n'en est plus là... On a peur qu'il n'y ait plus de Juifs, c'est un fantasme, il y aura toujours des Juifs, simplement ils vont être différents, et cette histoire de démographie, c'est un fantasme, ce n'est pas parce qu'ils seront entourés d'une majorité d'Arabes qu'il n'y aura plus d'Etat d'Israël, plus de Juifs, etc., ça va se refaire autrement».

Après que Leïla Shahid se soit livrée à une «psychanalyse» d'Israël, à propos de la question de la démographie arabe : «le mur construit par Israël, il est dans les têtes [...] il y a un problème d'ordre psychanalytique, qui est un déni de réalité, qui est la fonction réellement de ce mur, qui n'emmure pas seulement les Palestiniens, mais qui emmure aussi les Israéliens, comme l'a dit Sylvain Cypel», propos approuvé par le grand intellectuel Paoli : «Bien sûr, comme tous les murs, et comme toujours, j'allais dire», Roudinesco a le mot de la fin :

 « Faut-il qualifier l'Etat d'Israël d'Etat juif ? Non ! Ça, c'est la tendance, en effet, de l'ultra-nationalisme, ça, c'est une catastrophe, en effet, pour Israël, s'il est qualifié de façon ethnique. Ce sont les ultra-nationalistes qui sont les plus dangereux, qui risquent de faire cet Etat d'apartheid, on ne peut pas qualifier un Etat de cette façon-là.»

Est-ce à dire que pour Roudinesco, Israël a le droit d'exister à condition de devenir un Etat arabe ? Non, bien sûr, on ne saurait qualifier un Etat de cette façon-là (n'importe quoi !) En réalité, le peuple juif est complexe, et Israël est bien, sinon un Etat juif au sens religieux du terme, du moins un Etat pour le peuple juif, quelle que soit la place que les membres de ce peuple accordent individuellement à la religion juive. Quoi qu'en dise Roudinesco, le caractère juif de l'Etat d'Israël figure dans le vote des Nations Unies du 29 novembre 1947, qui a conduit à la création de l'Etat d'Israël. Cette position élémentaire vis-à-vis d'Israël n'a donc rien à voir avec l'ultra-extrémisme de dangereux ultra-nationalistes ultra-religieux. Sans sa conclusion, Roudinesco ne fait pas dans la dentelle.

 

Voilà pour le 7/9 du samedi 6 février sur France Inter. Une émission entièrement à charge contre Israël, où [les membres d']un petit groupe d'activistes et de journalistes se décernent mutuellement des prix d'objectivité.

Je vais écouter maintenant l'émission du dimanche, censée équilibrer celle du samedi, puisque les invités en sont un journaliste neutre, Maurice Szafran, ancien militant sioniste, et un Israélien, ancien ambassadeur d'Israël en France. En effet, le dimanche 7 février 2010, dans le 7/9, l'invité a été Eli Barnavi, historien israélien très critique à l'égard du gouvernement israélien et contributeur régulier du journal Marianne (et dont le propos à venir du dimanche aura été à plusieurs reprises annoncé d'avance par les invités du samedi : «demain, Barnavi dira ceci, demain, Barnavi dira cela...», a-t-on entendu ce samedi). Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai le pressentiment que l'émission du dimanche ne vas pas réellement équilibrer celle du samedi...



L'emission du dimanche 7 février 2010 


Voilà, je reprends la plume. Je viens d'écouter l'émission du dimanche, avec Eli Barnavi. Le moment le plus marquant de cette émission aura sans doute été la revue de presse d'Ivan Levaï, essentiellement consacrée à la météo et au foot... Plus sérieusement, voici : à 7h 25, Paoli pose à Szafran une question qui en dit long à la fois sur la vision que Paoli a de lui-même et de ses collègues journalistes, et sur son positionnement implicite vis-à-vis d'Israël, je cite : «Le titre que vous choisissez est délibérément frontal, nous en parlions hier avec Leïla Shahid, :"Oui ou non, Israël a-t-il mal tourné ?", c'est la question que très peu de gens osent poser aujourd'hui. Le problème n'est-il pas en effet ce déni du réel, la capacité que nous avons, les uns et les autres, au niveau politique, au niveau médiatique, à contourner la réalité pour la présenter avec des mots qui ne disent pas les choses pour ce qu'elles sont

Ainsi, pour Paoli, poser la question "Israël a-t-il mal tourné ?", c'est-à-dire, à suivre Szafran et Guetta, y répondre positivement, ce serait enfin oser présenter les choses comme elles sont ! 

On retiendra tout de même cet aveu de Paoli, s'agissant de la capacité des journalistes à «contourner la réalité pour la présenter avec des mots qui ne disent pas les choses pour ce qu'elles sont». Cela fait longtemps que, par exemple, l'usage systématique par ses confrères des mots "activistes" ou "militants" pour désigner d'authentiques terroristes nous a convaincus de cette capacité de déni...

Donc, ce dimanche, à l'antenne, trois accusateurs d'Israël (Szafran, Guetta et Paoli), dont un avoué et deux à peine voilés, et un "avocat" : Barnavi. 

Ce que dit Barnavi est loin d'être absurde, mais sans doute en partie discutable. Ses interventions permettent parfois de remettre les pendules à l'heure, comme lorsque Paoli, berné par le terme "colonisation", que lui et ses confrères emploient pour les implantations juives, s'imagine que ces implantations sont le lieu d'une agriculture extensive privant les Palestiniens d'autant de terres cultivables. 

Lorsque Barnavi soulignera que les idées de la gauche israélienne sur la nécessité de la paix et de la création d'un Etat palestinien avaient, petit à petit, gagné tous les grands partis politiques israéliens, Paoli montrera qu'il avait compris le propos de son invité en parlant de la droitisation de la société israélienne, et Barnavi devra à nouveau rectifier. 


Pour Barnavi, Israël n'a pas assez souffert

Malgré la pertinence d'une grande partie des propos d'un Barnavi, toujours calme face aux accusations portées contre Israël par ses amis journalistes (tellement calme qu'on pouvait se demander s'il se rendait compte qu'il servait de caution israélienne à ce tribunal anti-israélien), il y a, pour moi, cette phrase qui ne passe pas, je cite Barnavi aux environ de 8h25 : «On n'a pas assez souffert du manque de volonté politique».

Ce "on", c'est Israël. Le manque de volonté politique fustigé, c'est celui des dirigeants israéliens.

Ce que dit Barnavi, à ce moment-là, c'est qu'Israël n'a pas assez souffert d'un conflit dont [lui, Barnavi] impute le prolongement au manque de volonté politique des dirigeants israéliens. Il précise d'ailleurs immédiatement que, certes, Israël a souffert du terrorisme des années Arafat, mais que cette souffrance est déjà oubliée, du fait de la grande capacité israélienne à oublier (n'importe quoi !). Les victimes du terrorisme palestinien, leurs familles, apprécieront cette appréciation de Barnavi, selon laquelle Israël n'aurait pas assez souffert pour réellement souhaiter la paix. Cette petite phrase de Barnavi, à la limite de l'incitation au terrorisme, est un scandale qui montre, en tout cas, que ce type peut certainement être considéré comme un traître à son pays. Voilà, en tout cas, l'avocat d'Israël que France Inter a trouvé pour équilibrer l'émission de la veille avec Leïla Shahid.

L'émission se termine par l'autocongratulation mutuelle de la petite équipe : Paoli signale que, contrairement à ce qui se passe d'habitude quand on parle du Proche-Orient, aucun email virulent n'est venu dénoncer l'émission (mince, l'émail que j'ai envoyé hier soir ne devait pas être assez virulent), ce qui prouverait que la question posée par Szafran, "Israël a-t-il mal tourné ?" était une bonne question (ça, de la part de Paoli, c'est plutôt une incitation à la virulence), à la suite de quoi Szafran félicite Guetta... 

Bravo à toute l'équipe. Ce joli coup restera, en effet, dans les annales de la banalisation de la démonisation d'Israël... 

 

© Anatole Z 

 

[Article aimablement signalé par Roseline.]

 

Mis en ligne le 8 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org