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Islam

Islamophobie en Suisse et en Europe, faut-il s'en étonner? Par Erik Verkooyen


17/01/10

La Tribune de Genève, 13 janvier 2010


S
i notre votation sur les minarets a provoqué un tel séisme dans les consciences collectives européennes, c'est que les nombreux sondages effectués dans son sillage indiquent clairement que l'issue du scrutin aurait été la même ailleurs, révélant ainsi l'énorme décalage entre nos majorités populaires et leurs élites. De toute évidence, la question aura servi d'exutoire à un malaise face à la cadette des religions abrahamiques. Mais faut-il vraiment s'étonner de ces relents d'islamophobie ? Oh que non!

Revenons une trentaine d'années en arrière. Le monde découvre tour à tour les notions d'ayatollah, de terrorisme islamiste et d'attentat-suicide. Depuis lors, l'actualité n'est plus qu'un interminable feuilleton d'exactions commises au nom d'Allah.

Meurtres d'honneur, otages décapités, hystéries collectives, condamnations à mort pour blasphème ou apostasie, lapidations, condition féminine digne de l'âge… de pierre. On brûle drapeaux, églises, temples - hindous, bouddhistes -, on cultive et revendique la judéophobie (s'agissant de Sémites, il est absurde de parler d'antisémitisme, un terme caduc). Il y en a pour tout le monde.

Sur tous les continents. Contre tous les "mécréants" - intellectuels condamnés à vivre sous protection permanente au cœur même de l'Europe. Ou – pour y avoir renoncé – à mourir égorgé en pleine rue d'Amsterdam, comme Théo van Gogh. Son assassin dit de Mahomet:

« Il a utilisé la violence et l'a prêchée ».

Oui, ce fut un chef de guerre et le Coran en atteste. Ce qui rend d'autant plus ahurissant le ramdam autour des fameuses caricatures. Mais c'est bien connu, il n'y a que la vérité qui blesse.

L'Occident, lui, est lâche et myope. Céder au chantage, à l'intimidation, c'est encourager la récidive. La prise d'otages, autre "sport", lancé dans les années 80 et élargi récemment à la piraterie, ne serait jamais devenue cette industrie [qui sert] à financer les réseaux terroristes si, au lieu de raisonner avec sentimentalisme (et électoralisme), il avait d'emblée proclamé que « par principe, aucune rançon ne sera jamais versée »!

Nous aurions sacrifié quelques vies, mais évité l'horreur pour les milliers d'otages qui ont suivi.

Pendant cette même période, les musulmans n'ont cessé d'affluer chez nous. Ils y ont été bien reçus, libres d'exercer leur foi et de s'exprimer. Ils ne s'en privent pas pour manifester… contre Israël, ce frère ennemi (re)venu camper en « terre d'islam » et déterminé à survivre. Contre le terrorisme, en revanche, une seule manifestation, à ce jour (Cologne, 2004). S'ils vocifèrent contre le choix souverain du peuple suisse, je n'ai rien entendu quand, juste après, les talibans font sauter des mosquées pleines de femmes et d'enfants !

Moi, islamophobe ? Même pas. J'ai la plus haute estime pour Ibn Arabî et le soufisme. Mais la quête du divin doit s'affranchir de projet juridico-politique. Le problème, en islam, est le manque total de ligne de démarcation entre autorité spirituelle et pouvoir temporel. J'attends aussi une contribution active de ceux qui épousent nos pays, pour freiner l'engrenage en cours qui assombrit notre avenir commun. Trop souvent, ils ne songent qu'à y revendiquer des droits particuliers et à poser en victimes.

Ils ont un rôle privilégié à jouer et, pour joindre l'acte à la parole, je vais laisser le mot de la fin à Malek Chebel :

« Une profonde réforme de l'islam est nécessaire et je crois qu'elle viendra des marges, c'est-à-dire de l'Europe. »

 

Erik Verkooyen *

 

* L'auteur est évaluateur politique et observateur géopolitique. Il a notamment participé à la rédaction de Religion and Politics: Islam and Muslim Civilisation (Ed. Ashgate, 2004) des professeurs Jan-Erik Lane et Hamadi Redissi.


© La Tribune de Genève

 

[Article aimablement signalé par Francis Ben Meir, Jérusalem.]


Mis en ligne le 17 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org