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Christianisme

Eglise, Shoah et Israël, Michel Grinberg


18/01/10

Sur le site de Primo

En déclarant « vénérable » Pie XII, une étape sur la voie de la « sanctification » de l'un de ses prédécesseurs, Benoît XVI a incontestablement jeté une fois de plus le trouble sur l'attitude de l'Eglise.

Autant que l'attitude de Pie XII ou d'une partie de l'Eglise pendant la Shoah, il importe de s'attacher à quelques faits, qui courent depuis la fin de la Guerre jusqu'à nos jours, pour essayer de mieux comprendre le cheminement de l'Eglise.

C'est en ce sens, que M. Ytshak Minerbi, ancien ambassadeur d'Israël, enseignant des Universités et très bon connaisseur de l'Eglise, nous a fait part de quelques remarques à méditer.

 

A - L'Eglise veut établir comme principe qu'elle a été victime et non collaboratrice.

Cette idée, l'Eglise la proclame dès le 2 juin 1945, alors que la Guerre qui vient de prendre fin en Europe, - l'armistice a été signé le 8 mai -, n'est même pas encore terminée en Asie, où elle ne s'achèvera que le 2 septembre 1945.

Cette déclaration est faite devant les cardinaux, à l'occasion de la San Eugenio, dont le pape Pacelli (Pie XII) porte le prénom. L'Eglise estime « qu'une déclaration de responsabilité équivaudrait à l'article 231 du Traité de Versailles ». (Or, l'article 231 engageait la responsabilité morale de l'Allemagne dans le conflit de la Première Guerre mondiale. L'Allemagne n'avait eu de cesse par la suite de faire supprimer par les Alliés cet article).

Progressivement, l'Eglise développe cette idée qu'elle est victime et non collaboratrice, et donc que son Chef, le pape, est un saint et un martyr.

 

B ? Parallèlement, diverses tentatives existent pour affirmer que Pie XII ?ne savait pas'.

L'Italie est au courant dès septembre-octobre 1939 : Vincenzo Soro, alors 2ème secrétaire à l'Ambassade d'Italie à Varsovie, racontera à M. S. Minerbi en 1960, avoir déjà vu, dès le début de la Guerre dans les environs de Varsovie plus d'une dizaine de juifs tués d'une balle dans la nuque (La Shoah par balles).

Soro informe le ministère italien des Affaires Etrangères et reçoit de son supérieur, Luigi Vidau, la réponse suivante : « après accord de Ciano (1), sauvez les gens », juifs, patriotes ou autres malheureux (2).

Or une note du Pape en date du 18 mai 1940 fait très certainement allusion à un entretien qu'il aurait eu avec Soro à son retour à Rome et à divers renseignements recueillis par L'Eglise en Europe de l'Est.

Au fur et à mesure que les gouvernements occidentaux seront informés ? et se tairont -, l'Eglise, elle aussi, recevra autant sinon plus de rapports.

C - Mais il y a surtout depuis longtemps un processus constant de volonté de christianisation de la Shoah.

Il suffit de rappeler l'affaire du Carmel d'Auschwitz.

Outre que la solution ce contentieux a pris beaucoup de temps (mais l'Eglise a l'éternité devant elle?), les accords n'ont pas été totalement satisfaisants.

Quand on connaît le pouvoir hiérarchique du pape sur ses croyants, on peut s'étonner des embûches rencontrées et des tergiversations dans un règlement qui serait intervenu beaucoup plus rapidement si Jean-Paul II avait voulu trancher au fond. Il aura fallu [rien moins] que 7 ans pour que le Pape envoie aux s?urs une lettre leur donnant l'ordre de déménager.

 

D - Tentative de reconnaissance, ou « trompe-l'?il » ? Visite de Jean Paul II à la synagogue de Rome.

Le 13 avril 1986, le Grand Rabbin de Rome et Grand Rabbin d'Italie, M. Elio Toaff, accueille le Pape Jean-Paul II à la synagogue de Rome. Mais celui-ci se garde bien de se situer sur le même plan. Dans son discours de visite à la synagogue, Jean-Paul II se présente « en tant qu'évêque de Rome... », et, accessoirement seulement, en qualité de pape (3).

Il s'agit bien là d'une visite pastorale dans son diocèse comme tout évêque est tenu de faire à ses ouailles, de quelque origine ou condition qu'ils soient, honnêtes gens, prisonniers, ou malfaiteurs.

Ce n'est donc pas là une rencontre entre les représentants du judaïsme et du catholicisme, comme beaucoup de têtes pensantes, politiques ou journalistes ont voulu le croire et le dire.

Presque tout le monde n'y aura vu que du feu et aura souligné à satiété le caractère « historique » qu'aurait eu cette visite.

De plus, Jean-Paul II dira à cette occasion qu'il voit dans les « Juifs [nos] frères aînés ».

Cette déclaration pourrait réjouir les Juifs si elle ne faisait probablement référence à la déclaration de St Paul dans sa Lettre aux Ephésiens. Et dans la tradition juive l'aîné n'a pas toujours bonne presse. Il est surtout symbolisé par Esaü (qui refuse l'héritage d'Israël), alors que c'est le cadet, Jacob, qui suit la trace de son père Isaac et représentera Israël avec ses vertus (4). De là à dire que l'Eglise est la continuation de Jacob?

La visite de Benoît XVI à la synagogue de Rome a eu lieu ce 17 janvier 2010. Il y a fort à parier qu'elle a été certainement et avant tout... pastorale.

Il faudra étudier avec attention et rigueur les paroles qu'il prononcera, s'attacher encore plus au dit et non à... l'image.

 

E - Jean-Paul II et le Pardon.

Le 12 mars 2000, se tient, à Rome, en présence du pape une cérémonie de demande de pardon de l'Eglise envers une dizaine de catégories diverses. Ce document déplore l'attitude de l'Eglise notamment envers les Juifs, les hérétiques, les femmes, ou les peuples indigènes.

C'est la première fois dans l'histoire de l'Eglise que l'un de ses dirigeants fait une demande de pardon d'une telle envergure...

La partie de cette déclaration qui concerne les Juifs se décompose en :

a) une demande de pardon pour le mal causé au peuple juif par les chrétiens ;

b) une déclaration vague et creuse à l'égard des victimes que sont les « fils d'Abraham » ;

c) In nomine Christi?


10 jours après, le pape est à Jérusalem et glisse dans le mur du Temple, un billet que tout le monde croit être la copie de la déclaration du 12 mars.

Ce billet dit :

Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et ses descendants pour apporter ton Nom aux nations. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, ont fait souffrir tes enfants, et, implorant ton pardon, nous voudrions nous engager sur la voie d'une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance. Nous demandons cela par l'intermédiaire du Christ, notre Seigneur. Amen.

Surprise : de ce papier, ont été éliminés le premier paragraphe visant expressément les Juifs, ainsi que le 3ème, purement chrétien. Juifs et chrétiens disparaissent au profit des? fils d'Abraham, ce qui permet d'inclure, certes, les Juifs, mais aussi les musulmans !

La mention claire et précise évoquant les Juifs a disparu, ne laissant que la partie vague qui évoque les fils d'Abraham.

Une fois de plus, l'aveuglement des médias, des dirigeants juifs ou israéliens, est tel que personne ne relève cette différence.

M. Minerbi ayant fait remarquer cette omission dans le document, dont le texte a été diffusé officiellement, à un officiel catholique, celui-ci lui répond : «Si avec un subterfuge diplomatique dont seul vous, Minerbi, vous êtes rendu compte, on peut sauver la situation, alors pourquoi pas ?»

 

F - Benoit XVI en Terre sainte et son attitude à l'égard d'Israël.

Lors de sa visite dans l'Autorité Palestinienne, alors que l'estrade avait symboliquement été dressée devant le mur de séparation (barrière de sécurité), le Pape déclare aux Palestiniens : « Vous, les réfugiés palestiniens, êtes comme la Sainte famille?».

Or, la Sainte famille s'est enfuie en Egypte; et pourquoi ? Parce qu'Hérode voulait tuer les enfants. De là à faire un rapprochement entre le Gouvernement israélien et... [*] Ceci, alors que, même aux pires moments de l'Intifada, l'Eglise n'a pas dénoncé l'horreur représentée par les jeunes enfants palestiniens « shahids » [martyrs], enfants que les dirigeants terroristes ont envoyés pour se faire exploser. Le silence du Vatican a été alors? assourdissant.

Mais Benoît XVI ne s'arrête pas là. « Vous avez le droit de retourner dans le pays de vos ancêtres », dit-il.

C'est délibérément méconnaître que les Palestiniens d'aujourd'hui ne sont en aucun cas des descendants de Marie, Joseph? et des chrétiens d'origine. Les actuels Palestiniens proviennent de populations des provinces avoisinantes qui ont afflué, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles de ces régions proches pour [avoir part au] développement économique initié par la colonisation juive.


Pour conclure, nous dirons que l'Eglise a été au courant des horreurs de la Shoa, c'est indubitable.

Que le Pape Pie XII ait agi ou non, la question reste en suspens.

Alors, ouverture des archives ou non ? Il faudrait être naïf ou stupide pour penser que si des documents compromettants existent, ils n'ont pas été mis « à l'abri » depuis longtemps.

L'important, aujourd'hui, est, malheureusement, non pas de préciser des points d'histoire, mais de se préoccuper du processus constant de christianisation de la Shoa et de la participation de l'Eglise à la délégitimation d'Israël en tant que peuple et en tant que nation. Voilà l'urgence !

 

Michel Grinberg


© Primo


Notes

(1) Ministre italien des Affaires Étrangères.

(2) Avant de fermer l'ambassade italienne (qui n'a pas lieu d'être dans un pays ennemi), Vincenzo Soro aura le temps de délivrer de nombreux visas de transit vers l'Italie. Comme les Allemands lui faisaient comprendre qu'ils n'étaient pas dupes, il se mit à émettre, parallèlement et avec la complicité du consul honoraire de St Domingue, des visas pour cette destination. Et quand les Allemands lui demandèrent alors comment les réfugiés allaient payer leur passage, il se mit en cheville avec le bureau à Varsovie de l'armateur de Trieste ; des billets de passage furent alors émis à Varsovie, qui pouvaient être présentés aux Autorités allemandes mais qui en fait n'avaient pas de valeur commerciale.

(3) ? « che questa sera si incontrassero in questo Tempio maggiore la comuníta ebraica que vive in questa città, fin del tempo dei romani antichi, e il Vescovo di Roma et Pastore universale... ».

(4) Il en a été de même avec Caïn et Abel.

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Note de Menahem Macina

Sur la comparaison calamiteuse avec la Sainte Famille, voir :

Laurent Murawiec, "La Sainte Famille? Vous voulez rire ! C'est à pleurer"; Menahem Macina, "Le Pape, les réfugiés et? la Sainte famille: un pacifisme irréaliste aux dépens d'Israël"; M. Macina, "En guise de cadeau d'adieu au Pape pour l'aider à mieux victimiser chrétiennement les Palestiniens".

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[Texte aimablement signalé par Victor Perez.]

Mis en ligne le 18 janvier 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org