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La stratégie de la grenouille [A propos du débat sur l'identité nationale], Jean-Paul de Belmont


Sur le site de Primo, 18/01/10

Il n'y a pas de doute. Si le débat sur l'identité nationale provoque de tels hérissements, c'est qu'il chatouille là où c'est sensible. Si la question posée était si inepte comme on le martèle un peu partout, elle ne susciterait qu'une simple indifférence. Or, c'est à une authentique curée que l'on assiste autour de cette discussion.

C'est bien connu : seule la vérité blesse et la simple évocation de l'interrogation sur l'identité nationale rappelle à ceux qui se sentent responsables de son éclatement que l'esquive du débat vaut mieux que d'avoir à rendre des comptes sur des années de complicité.

Pour Jean-Luc Mélenchon, pourtant connu pour la finesse de ses analyses, «l'identité nationale, c'est avoir une carte d'identité française, point-barre». Que dire alors de ceux qui crachent sur la France dans des chansons de rap haineuses et qui, pourtant, sont en possession de cette carte ?

Pour les épris de truismes, artistes et «people» invités sur les plateaux de télévision, il s'agit d'une opération d'enfumage des «vrais problèmes» (chômage, pollution, etc.). Comme si les «vrais problèmes» ne permettaient pas de réfléchir à quoi que ce soit d'autre. Comme s'il était impossible de marcher tout en mâchant du chewing-gum.

Au fond, la question posée par ce débat n'est pas «Qu'est-ce qu'être français ?». Elle est plutôt «Quels grands bouleversements connaissons-nous pour que nous en soyons arrivés à nous poser la question ?».

Diabolisation

Personne n'écoute Eric Besson. On utilise contre lui la très pratique reductio ad Le Penum sans jamais prendre soin d'examiner en détail le cadre dans lequel il a situé ce débat. Cette diabolisation permet de n'avoir jamais à discuter du sujet lui-même en se focalisant sur la fourberie supposée du personnage pour sa traversée du miroir PS-UMP. La méthode très stalinienne peut paraître poussiéreuse, elle n'en est pas moins encore efficace. Elle permet, en tout cas, de couvrir le débat légitime sur notre identité nationale d'un opprobre teinté de trahison. Il y a aussi la méthode terroriste comme le plastiquage virtuel de l'émission de France 2 par Vincent Peillon.

Besson reste pourtant bien prudent dans son approche. Lui aussi cède à la bien-pensance quand il refuse de désigner la correspondance entre nos problèmes d'identité et l'importance qu'a prise l'islam dans notre quotidien. Lui aussi laisse le terrain libre à un Front National connu pour poser les bonnes questions et proposer les mauvaises réponses.

Nous nous sommes toujours opposés, à Primo, à accuser ontologiquement les musulmans. Nous avons toujours soutenu les réformistes de l'islam, les projets d'aggiornamento de cette religion. Nous avons toujours considéré que toute religion, même en apparence figée, est susceptible d'évoluer vers la modernité.

Pour autant, il ne sert à rien de raconter des sornettes à nos concitoyens. C'est bien la communauté musulmane qu'il faut interpeller quand la Marseillaise est sifflée. C'est bien la communauté musulmane qui est le plus souvent en cause quand la condition de la femme est bafouée. C'est bien la communauté musulmane qui nous «offre» la plupart des «artistes» appelant à «niquer la France». C'est bien la communauté musulmane qui est concernée par la majorité des actes criminels et c'est elle qui est la plus représentée dans la population carcérale.

Dire cela n'est pas du racisme. C'est, au contraire, un constat douloureux que nous devons nous efforcer de corriger. Et quoi de mieux comme première étape que d'inviter nos concitoyens musulmans à réfléchir sur ce fameux «mieux vivre ensemble» autour de l'idée de nation. La nation, c'est avoir un grand dénominateur commun, c'est se reconnaître autour d'une même Histoire depuis Clovis, c'est adhérer aux combats séculaires de notre pays, c'est reconnaître que la nation, depuis deux siècles, c'est avant tout la République avec la liberté, la fraternité, et en faisant tout pour que l'égalité rejoigne effectivement les deux autres grandes valeurs sur nos frontons.

Mais ne pas dire la vérité, feindre de méconnaître le bon diagnostic, c'est nous entraîner inexorablement vers le précipice. Fermer les yeux sur l'appropriation des rues de Paris pour les prières du vendredi, considérer comme marginal et peu important le phénomène de la burka au prétexte qu'il est, pour le moment, minoritaire, c'est faire preuve d'une grande irresponsabilité.

Le mauvais diagnostic, c'est par exemple lorsqu'on avance des causes sociologiques non pertinentes, lorsqu'on victimise les criminels, lorsqu'on inverse les valeurs. Ces arguments sociologiques ne tiennent pas la route dans la mesure où ils ne s'appliquent pas, par exemple, à une immigration asiatique pourtant pas mieux lotie.

La mauvaise thérapeutique, c'est la discrimination positive. L'introduction de quotas ou de critères ethniques, parce qu'ils ne sont pas des critères de qualité, ne peut que tirer nos sociétés vers le bas. Pire : elle peut exacerber le racisme de ceux qui se verraient écartés sous le seul prétexte qu'ils n'appartiendraient pas à l'ethnie dont on souhaiterait faire la promotion.

Conjonctions défavorables

Il n'est pas question pour autant de faire le procès des décisions historiques qui sont à l'origine de cette situation. L'Histoire est ce qu'elle est, fruit de notre passé colonial, des besoins du marché du travail et des flux migratoires naturels.

La dégradation que nous connaissons s'inscrit dans un cadre mondialisé. En 30 ans, on a connu simultanément l'effondrement des idéologies communistes et la montée en puissance d'un islam politique. Mieux : le second s'est carrément substitué au premier et s'est vite caractérisé par sa grande capacité à s'exporter depuis 2 pôles : l'Iran et l'Arabie saoudite. Son introduction en terre occidentale a permis aux forces gauchistes, en mal de «damnés de la terre», de s'offrir de nouveaux prolétaires à défendre. C'est ce mélange de soi-disant progressisme et d'obscurantisme religieux qui a produit la substance toxique qui empoisonne nos sociétés.

L'islam est dominateur et hégémonique quand il est en position de force. Cela se vérifie partout où il est religion d'Etat. Il y est intolérant envers les autres religions et envers l'athéisme. Dans nos contrées, il se présente volontiers comme «modéré», prêt à se fondre dans la laïcité. En réalité, tous les indicateurs montrent qu'il y attend son heure. Sa stratégie de la grenouille (1) réussit grâce aux alliances de ceux qui combattent, au nom de l'antiracisme, les Cassandre que nous sommes.

Le pire n'est jamais sûr et il convient de s'opposer avec véhémence (mais pour combien de temps encore ?) aux fatalistes qui affirment que «de toute façon, c'est foutu». Les musulmans, comme tous les citoyens, aspirent au bonheur, à la prospérité et à la sécurité. Mais la réforme de l'islam est sous leur seule responsabilité. Ils peuvent encore apporter la preuve qu'ils sont modérés dans leur grande majorité en exigeant que leur religion reste confinée à la sphère privée, en s'opposant eux-mêmes aux démonstrations religieuses ostentatoires sur la voie publique, en permettant à leurs filles et épouses de vivre une vie de Françaises émancipées.

Ils doivent, en quelque sorte, faire eux-mêmes leur propre police et marginaliser leurs extrémistes, surtout ceux dont le comportement prosélyte mine, tous les jours un peu plus, l'avenir de leurs jeunes représentants. Ils doivent le faire eux-mêmes car toute intervention extérieure coercitive mettrait le feu aux poudres et déclencherait des affrontements gravissimes dont notre société civile se relèverait très difficilement.

C'est ce genre de conseils à nos concitoyens musulmans que nous aimerions entendre de la bouche de Nicolas Sarkozy ou Eric Besson plutôt que cette agaçante neutralité de façade.

Les Français, de plus en plus conscients du décalage entre le discours politique et leur ressenti, y voient la preuve que leur vote n'est pas pris en compte. Les 52% d'électeurs de Nicolas Sarkozy se sentent grugés et ont encore en mémoire les déclarations préélectorales tonitruantes de leur candidat, passé en quelques mois du Karcher au plumeau de salon.

Si on voulait ressusciter un FN qui semblait pourtant moribond, on ne s'y prendrait pas autrement.

(1) Une grenouille jetée dans une casserole à température ambiante ne trouvera rien à redire sur sa condition. Faites chauffer progressivement jusqu'à ébullition: la grenouille commencera par trouver cela confortable puis s'endormira pour finir ébouillantée.

Jean-Paul de Belmont

© Primo