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Shoah

L'autre Shoah encore trop peu connue, Christian Laporte
10/02/2010


10/02/10

Sur le site de la Libre Belgique


 

Le Musée de l'Armée accueille une interpellante expo sur la Shoah par balles.

Pour le grand public, ce fut déjà une terrible révélation, voici 4 ans, à travers "Les Bienveillantes", de Jonathan Littell, mais les recherches menées sur place en Ukraine - mais aussi en Biélorussie et en Russie - par le P. Patrick Desbois et l'équipe de "Yahad in Unum" éclairent toujours davantage l'horreur de l'autre face, moins connue mais non moins terrible, de la Solution finale nazie : la Shoah par balles.

Il n'y a certes aucune hiérarchie dans l'accomplissement du mal absolu, mais l'exposition réalisée par l'association précitée, avec le Mémorial de la Shoah de Paris - que l'on peut voir au Musée de l'Armée pendant deux mois - dépasse tout ce que l'on pouvait imaginer sur l'engrenage fatal de la violence.

Pourtant, depuis la fin de la Seconde Guerre, le "plus jamais ça" a fait place à des génocides en Afrique, en Asie et même en Europe de l'est au nom de logiques destructrices similaires. Et ce n'est donc pas un hasard si, parmi les partenaires de l'exposition, figurent le site-mémorial juif de Malines mais aussi le Musée de l'Europe.

Il n'est pas trop tard mais presque : les témoins de cette autre forme d'exécution systématique et massive des Juifs d'Ukraine, de Biélorussie et de Russie se raréfient et le contexte, soviétique hier, russe aujourd'hui, ne plaide pas pour un devoir de mémoire fidèle : lorsque dans les lointaines plaines d'Europe de l'est, les exécutions sont évoquées, on ne mentionne jamais leur origine raciale mais seulement leur appartenance à feu l'URSS.

C'est pourquoi l'on ne rendra jamais assez hommage à Patrick Desbois, marqué par les récits de son grand-père qui, déporté en Ukraine tout comme 25 000 prisonniers belges ou français, le sensibilisa à la disparition totale de la population juive sur place après l'entrée en guerre du Reich contre l'URSS.

Chargé des relations avec le judaïsme par l'épiscopat français, le P. Desbois s'investit sans compter dans les archives allemandes de Ludwigsburg et dans celles du Mémorial américain de la Shoah. Et il va de découverte en découverte à la rencontre des témoins des exactions des Einsatzgruppen, mais aussi celles de la SS et des polices locales, qui ont éliminé les Juifs ainsi que les Tsiganes sur place. Des récits à donner froid dans le dos car non seulement ces témoins savaient mais ils assistaient passivement aux exécutions; mieux, ils contribuèrent à leur réalisation.

La vérité impose de préciser que ces populations eurent aussi leurs Justes mais ils étaient hélas très rares. Pour le reste, à des centaines de kilomètres de Berlin, des soldats exécutaient les ordres sans s'encombrer de la moindre légalité, puisque les populations étaient non seulement privées de vie mais dépouillées auparavant de tous leurs biens, car on leur avait machiavéliquement annoncé une déportation en Palestine. Celle-ci [?] se situait parfois dans les champs pour éviter le regard des curieux, mais, généralement, les Nazis ne se souciaient nullement de ces préventions.

Les travaux de Desbois dérangent : il y eut d'abord des voix historiennes françaises très critiques, sans doute jalouses de la renommée des travaux du prêtre jusqu'à Yad Vashem. Mais aujourd'hui, c'est bien pire puisqu'une campagne négationniste est menée anonymement contre lui jusque dans les hautes sphères ecclésiales

Ces contempteurs devraient être amenés de force au Musée de l'Armée et y voir l'exposition, dont un troublant reportage photographique qui montre une exécution étape par étape sans distinction d'âge. A découvrir, non sans rappeler, selon l'expression de l'historien Christopher Browning, que les exécuteurs étaient des "hommes très ordinaires".

Christina Laporte

 

© La Libre Belgique 

 

Mis en ligne le 10 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org

Rens. : www.klm-mra.be