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Israël (Société - mentalités)
Israël (histoire moderne d')

650.000 contre 40 millions - la première guerre israélo-arabe de 1948
11/02/2010


11/02/10
 
"L'ONU, qui a toujours permis aux envahisseurs militaires d'un État né sous son égide ce qu'il niait à ses défenseurs, et qui a, à plusieurs reprises, empêché Israël d'obtenir des victoires significatives en brandissant la menace d'une intervention militaire... britannique."

Suite à la controverse provoquée par la présence de l'historien israélien, Benny Morris, à l'université de Cambridge (Remous à l'Université de Cambridge autour de l'historien Benny Morris), il est bon de rappeler quelques faits historiques.  A cet effet, il est opportun de lire cet article de l'intellectuel portugais, José Pacheco Pereira, sur l'ouvrage de Morris (1948) [Benny Morris, 1948. A History of the First Arab Israeli War, New Haven e Londres,Yale University Press, 2008.] «La première guerre israélo-arabe», New Haven and London: Yale University Press, 2008).  Et comme le titre l'indique, "Il n'est jamais tard pour apprendre : 650.000 contre 40 millions" (repris du blog de l'auteur, Abrupto, mis en ligne le 27/09/2009).

"La création de l'État d'Israël est le résultat, cas à peu près unique au 20e siècle, d'une volonté purement politique et d'un mouvement politique, le sionisme, appuyé par cette volonté. Israël n'existerait pas si son existence avait dépendu seulement de la géopolitique, des intérêts des grandes puissances, de la realpolitik. Au contraire, bien que les États-Unis fussent favorables au nouvel État, et que l'URSS ait accepté que soit acheminée, in extremis, une certaine aide militaire, la création d'Israël est le fruit d'un double processus de guerre civile (qui opposait les Juifs et les Palestiniens), suivie par une confrontation militaire avec les puissances arabes, en particulier l'Egypte, la Jordanie, le Liban, l'Irak et des volontaires saoudiens et yéménites ; et sa création a toujours dépendu des Juifs et de leurs organisations - para-nationale: le Yishouv, et militaire, telle que la Haganah.

[Le jeune Etat était seul contre tout et contre tous, particulièrement contre les Britanniques, alliés des Jordaniens (la Légion arabe était la seule force militaire, dirigée par des officiers britanniques, capable  de combattre contre la Haganah), et contre les Egyptiens. Et, par la suite, contre l'ONU qui a toujours permis aux envahisseurs militaires d'un État né sous son égide ce qu'il niait à ses défenseurs, et qui a, à plusieurs reprises, empêché Israël d'obtenir des victoires significatives en brandissant la menace d'une intervention militaire... britannique.

Le livre de Benny Morris est un excellent récit équilibré de cette guerre fondatrice qui a permis à Israël d'exister. Il représente ce qu'il y a aujourd'hui de plus pointu en matière de documentation sur les aspects du conflit, qui sont encore controversés de nos jours, comme celui de la question des réfugiés. Benny Morris démontre comment le "nettoyage" des villages arabes à l'intérieur du territoire d'Israël - qui n'était pas délibéré au début et n'est apparu comme inévitable qu'en raison de considérations militaires, avant de devenir ensuite une politique, qui fut toujours poursuivie de manière hésitante, à l'inverse de "l'expulsionisme" arabe qui voulait jeter les Juifs à la mer. Il analyse également la façon dont les ennemis d'Israël ont utilisé la question des réfugiés comme arme politique, refusant tout effort d'intégration et condamnant ces populations à une situation de misère dans les ghettos suburbains des pays limitrophes.

Il démontre aussi que les Israéliens et les Palestiniens (les armées régulières arabes l'ont fait moins) ont commis plusieurs massacres, davantage les Israéliens que les Palestiniens, mais que ceci est la conséquence du fait que les possibilités étaient plus grandes du côté juif dans la mesure où l'occupation des colonies juives par les irréguliers palestiniens était rare. Il démontre également comment une guerre sans prisonniers (au cours des derniers jours du mandat britannique, il ne pouvait y avoir de camps de prisonniers, et les exécutions étaient courantes) menée par des milices, a évolué vers une guerre plus conventionnelle qui respectait la Convention de Genève.

Morris souligne bien la part du djihad dans le conflit et l'incapacité totale et complète du monde islamique à accepter l'existence d'Israël, refus qui repose sur des considérations historiques et religieuses. Ceci  explique les énormes difficultés que rencontraient même les dirigeants arabes les plus modérés (comme le roi hachémite Abdallah, qui a fini par être assassiné, et le sort de tous les conciliateurs, comme Sadate) qui doivent faire face à l'intransigeance pour ce qui concerne l'existence d'Israël.

Son analyse des deux cultures distinctes: la sioniste, pro-occidentale avec des composantes  laïques et un discours proche du socialisme européen, et la totale incapacité arabe d'accepter même une négociation (ce qui a compromis la position arabe sur le plan diplomatique face à un État dont l'existence était légale et reconnue par l'ONU), est cruciale pour comprendre les données actuelles du conflit, lesquelles, à bien des égards, ne sont que la continuation de celles de 1948.

- La fausse équidistance et l'irrelevance de la politique moyen-orientale de l'Europe, José Pacheco Pereira.
 

© Philosémitisme, avec Abrupto

 

Mis en ligne le 11 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org