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Israël (Société - mentalités)
Israël (boycott d')

«Boycott, désinvestissement, sanctions» (BDS): isoler, asphyxier et désigner Israël à la vindicte internationale
13/02/2010


13/02/2010

Extrait de Menahem Macina, Chrétiens et Juifs depuis Vatican II, chapitre VIII, 3 «La "guerre par le boycott" : isoler, asphyxier et désigner un peuple entier à la vindicte internationale», pp. 287-291.

 

Le boycott n'est pas une invention récente, il remonte à la fin du xviiie s. (1). D'entrée de jeu, il convient de préciser que le seul boycott légal est celui qui est décrété par un État souverain. Il s'agit d'une mesure ou d'une série de mesures coercitives, tels des embargos sur certains matériels, produits, ou services. Leur but est de faire pression sur des États qui ne respectent pas les règles internationales fixées par des organes habilités à les édicter, telle l'Organisation des Nations Unies, pour amener les contrevenants à composition. Le plus célèbre et le plus long est celui qui a frappé l'Afrique du Sud pour contraindre ses autorités politiques à mettre un terme à leur politique de ségrégation raciale (apartheid), à l'encontre de la population noire du pays (2). Mais quoique cette arme soit uniquement du ressort des États, elle est de plus en plus préconisée et pratiquement imposée par des groupes non étatiques, particulièrement des ONG. La justification de cette démarche consistant à se faire justice soi-même aux dépens des lois internationales est clairement explicitée par Omar Bargouthi, frère du terroriste condamné à la prison à vie en Israël, pour attentats meurtriers contre des civils (3) :

« […] puisque la communauté internationale n'a pas été capable de demander des comptes à Israël sur ses violations de la loi internationale et des droits de l'homme, nous appelons la société civile internationale à prendre ses responsabilités pour qu'elle montre sa responsabilité morale, pour qu'elle demande des comptes à Israël en mettant en oeuvre le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions. »

Le boycott dont il est traité brièvement dans cet article est celui dont est l'objet l'État d'Israël en raison du conflit israélo-palestinien. Plus connu sous le sigle de BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), forgé par les ONG pro-palestiniennes (4), le boycott dirigé contre l'État juif est si important et si répandu dans le monde que l'encyclopédie électronique Wikipedia lui consacre un article spécifique (5).

Avant le boycott d'Israël, il y a eu celui du sionisme, antérieur même à la création de l'État juif. La Ligue arabe a alors mis en œuvre le boycott formel du sionisme, dès le 2 décembre 1945, puis celui d'Israël. Le boycott est également imposé par diverses fatwas islamistes.

Entre 2002 et 2004, la « société civile » palestinienne appelle au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) (6). Le coup d'envoi en est donné en 2005, à l'occasion de l'anniversaire de l'avis de la Cour internationale de justice, rendu à l'encontre de la Barrière de séparation, ou de sécurité (improprement appelée « Mur » par ses détracteurs, voire « Mur de la Honte » ou d' « Apartheid »). Cet appel sera repris lors de diverses rencontres internationales et notamment par le « Comité des Nations unies pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien ».

Ci-après, différents types de boycott infligés à Israël.

Boycott de produits de consommation

Des consommateurs de divers pays se sont unis pour boycotter certaines sociétés, dont, par exemple, Starbucks ou Coca Cola, ou, plus récemment, L'Oréal. En décembre 2008, le Comité BDS appelle au boycott de cette société, en raison de ses « relations d'affaires avec Israël ».

Désinvestissement 

En 2002, Desmond Tutu, prix Nobel de la paix pour sa lutte contre l'apartheid, lance une campagne de désinvestissement d'Israël (7), conduite par des entités religieuses et politiques, pour mettre fin à l'occupation israélienne des territoires palestiniens conquis lors de l'opération militaire de 1967. Cet appel sera suivi par le « Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien » et la « société civile palestinienne », avec son appel au boycott, désinvestissement et sanctions (8).

Boycott académique (9)

L'idée d'une campagne européenne de boycott universitaire et culturel est née en Grande-Bretagne, au printemps de l'année 2002, et a été lancée dans une lettre ouverte signée par 125 universitaires et publiée par The Guardian. Les signataires suggéraient d'appeler à un « moratoire », au niveau national et européen, jusqu'à ce qu'Israël se conforme aux résolutions des Nations unies et entame des négociations de paix sérieuses avec les Palestiniens, selon les schémas élaborés dans plusieurs plans de paix, y compris celui que soutiennent les Saoudiens et la Ligue Arabe (10). Cette lettre conduisit Mona Baker, de l'Université de Manchester, à révoquer deux universitaires israéliens, en juin 2002. En réponse à la critique du Premier ministre d'alors, Tony Blair, Mona Baker donna une interview au Daily Telegraph, ce qui lui valut 700 signatures d'approbation, dont celles de dix universitaires israéliens, ainsi que d'universitaires britanniques, canadiens, américains, ou libanais. En réalité, affirmait-elle, je ne boycotte pas les Israéliens, je boycotte les institutions israéliennes. Je suis convaincue que, comme ce fut le cas pour l'Holocauste (11), longtemps après que tout cela sera fini, les gens admettront qu'ils auraient dû faire quelque chose, que c'était déplorable, et que l'université avait fait preuve de lâcheté en n'agissant pas de la sorte.

À tout cela il faut encore ajouter, sans entrer dans le détail de leurs modalités – ce qui nous entraînerait trop loin et allongerait démesurément cet article –, les boycotts diplomatique, politique, culturel, et, depuis peu, syndical, et militaire (12).

Il convient de noter un phénomène qui, me semble-t-il, n'a pas suffisamment retenu l'attention des analystes politiques, des juristes, des responsables politiques, ni même – ce qui est plus étonnant – des intellectuels et responsables communautaires juifs dans le monde. Je veux parler du fait que ces mesures de rétorsion – que l'on peut qualifier de « sauvages », et qui sont, en tout état de cause, illégales au regard des lois qui régissent la liberté du commerce et de la consommation (13), sont préconisées par la puissante mouvance à laquelle on donne de plus en plus, aussi systématiquement qu'abusivement, le nom de « société civile » (14), et mises en œuvre par ses « militants » autoproclamés. Il s'agit, en fait, d'ONG extrêmement politisées, dont l'agressivité militante et la partialité n'ont d'égales, dans de nombreux cas, que l'ignorance, souvent abyssale, des situations complexes à propos desquelles ces organisations et d'autres similaires prononcent présomptueusement des jugements sans appel, et que l'hostilité pathologique dont elles font preuve envers l'État d'Israël et son armée de défense (15).

À ce stade de ma réflexion sur ce thème, je me limite à souligner l'angoisse, voire la détresse, que suscite, chez les juifs, tant en Israël qu'en diaspora, cette hostilité quasi universelle, d'autant qu'elle a pour paradigme – mensonger mais extrêmement mobilisateur de l'opinion publique – la discrimination (apartheid), attitude universellement honnie, de nos jours (16).

 

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(1) Voir l'article « Boycott », de Wikipedia.

(2) Voir les articles de Wikipedia : « Apartheid », et « Opposition internationale à l'Apartheid ».

(3) Cf. l'article « Boycott culturel et sportif contre l'apartheid israélien ».

(4) Dans l'article précité (note [3]), Barghouthi résume ainsi les prétendues exactions israéliennes : « l'occupation, la colonisation, le système de discrimination raciale contre les Palestiniens à l'intérieur d'Israël, qui est une forme spécifique israélienne d'Apartheid, ainsi que la négation des droits des réfugiés palestiniens. »

(5) Les développements qui suivent sont largement tributaires de cet article de Wikipedia, intitulé « Boycott d'Israël ».

(6) Sur cette formule, voir "BDS".

(7) Quelques exemples : En 2006 une banque hollandaise, ASN Bank, se retire de Veolia, en raison de sa participation à la construction du tramway de Jérusalem. En octobre 2008, le Suédois Assa Abloy annonce qu'il délocalise une usine de production de la zone industrielle de Barkan, en Cisjordanie. En 2008, le ministère des Affaires Etrangères suédois fait savoir que « l'opinion du gouvernement suédois est que la création d'entreprises ou les relations d'affaires avec des entreprises situées dans les colonies sont déplacées. ». En novembre 2008, les Britanniques exigent à nouveau que les produits israéliens venant des territoires palestiniens ne soient pas détaxés. Tsipi Livni, alors ministre des Affaires étrangères s'inquiète pour les exportations israéliennes en direction de l'Europe et elle constate amèrement que cette situation est le fruit des longs efforts d'un lobby pro-palestinien qui pousse les Britanniques à l'action. Le 10 janvier 2009, Richard Ramsey, directeur d'une compagnie de télécom-munication britannique rompt ses relations avec la firme israélienne de technologie MobileMax. Le 16 janvier 2009, le quotidien Yediot Aharonot fait état de l'inquiétude des agriculteurs israéliens qui ne parviendront pas à vendre une partie de leur production. Début juin 2009, la presse se faisait écho de ce que Veolia et Alsthom, les deux entreprises françaises impliquées dans le projet controversé du tramway de Jérusalem – réputé illégal car il reliera la Ville sainte aux blocs d'implantations des quartiers périphériques de Jérusalem – allaient se retirer et vendre leurs parts, mais d'autres informations affirment que Veolia embauche encore.

(8) Sur la « société civile » et son instrumentalisation, voir Gerald M. Steinberg, "Manipulation de la société civile").

(9) Wikipedia, « Boycott académique d'Israël ».

(10) D'après The Guardian du 6 avril 2002.

(11) On notera l'énormité et l'indécence du parallèle.

(12) Voir "La Grande-Bretagne décrète un embargo partiel en raison de la guerre de Gaza".

(13) Comme l'atteste l'article suivant : "La Cour européenne des droits de l'homme confirme une condamnation pour boycott de produits israéliens".

(14) Voir ci-dessus note 8, "Manipulation de la société civile".

(15) L'article de Gerald M. Steinberg, intitulé "Les ONG sont en guerre avec Israël", exprime cela sans langue de bois comme d'ailleurs sans paranoïa, ainsi que pourra le constater quiconque lira l'article sans idée préconçue, ni parti pris.

(16) Voir l'article de G. M. Steinberg, "De l'abus du terme Apartheid en faveur de la cause palestinienne".

 
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Menahem Macina 

 

© Editions Docteur Angélique

 

Mis en ligne le 12 février 2010, par Menahem Macina, sur le site rivtsion.org