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Iran

Ne laissez pas l'Iran entrer au Conseil des droits de l'homme, Claudia Rosett
15/02/2010


16/02/10

Sur le site de Forbes, 11 février 2010

Texte original anglais: "Don't Let Iran On The Human Rights Council".

Traduction française: Bivouac-ID, par Poste de veille,15 février 2010

Ce n'est pas une blague ! Un des pires violateurs des droits humains de la planète pourrait être intégré au sein de la plus importante agence chargée de la promotion et de la protection des droits humains dans le monde. Nous avons traduit un article paru dans le magazine Forbes sur ce développement orwellien.


Téhéran est candidat à un siège : que doivent faire les membres des Nations Unies ?

Tandis que le régime iranien écrase dans le sang ses dissidents, les mollahs amateurs d'armes nucléaires se cherchent une douceur aux Nations Unies : l'Iran postule à un siège au Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Si invraisemblable que cela puisse être, l'Iran pourrait décrocher cette récompense. Les 47 sièges du Conseil des droits de l'homme, situé à Genève, sont répartis entre groupes régionaux de membres de l'ONU. Cette année, le bloc asiatique a quatre sièges à pourvoir. Cinq candidats se sont fait connaître : Malaisie, Maldives, Qatar, Thaïlande… et Iran. Les vainqueurs seront choisis au mois de mai, par vote à bulletins secrets des 192 membres de l'assemblée générale des Nations Unies - un organisme notoirement ouvert aux Etats-voyous, présidé cette année par un ancien ministre des affaires étrangères de Libye.

En théorie, le Conseil des droits de l'homme est le principal organe des Nations Unies chargé de protéger les droits humains et de condamner ceux qui les violent. Si le gouvernement de l'Iran obtient un siège à ce conseil, cela adresserait aux dissidents iraniens un message terrible : dans leur quête de véritables droits de l'homme en Iran, ils subissent des arrestations de masse, des violences et des meurtres.

Un tel sceau de légitimité accordé par les Nations Unies à l'Iran viendrait s'ajouter à la farce des sanctions de l'ONU, qui ont jusqu'à présent échoué à arrêter les avancées iraniennes dans le domaine nucléaire. Ce serait une preuve de plus que le président Barack Obama était dans l'erreur quand il a proclamé que l'Iran devenait « plus isolé ».

Cette élection assènerait par ailleurs un nouveau coup à la politique « de la main tendue » d'Obama. L'actuel Conseil des droits de l'homme est l'aboutissement d'une « réforme » intervenue il y a quatre ans à l'ONU, où il a remplacé l'ancienne Commission des droits de l'homme qui s'était massivement discréditée avec des quantités de dictatures parmi ses membres et avait choisi pour président en 2003 un représentant de la Libye.

L'ancien secrétaire général, Kofi Annan, avait promis que le nouveau conseil ouvrirait une nouvelle ère de moralité. L'administration Bush, dont John Bolton était alors l'ambassadeur à l'ONU, n'avait pas accepté, estimant que ce nouveau conseil n'était pas assez protégé contre une nouvelle prise en otage par des régimes tyranniques. À l'époque, les États-Unis avaient refusé de légitimer ce conseil et n'avaient donc pas demandé à y siéger.

Le président Barack Obama est revenu sur cette attitude vers le milieu de 2009. Les États-Unis sont devenus membres du Conseil des droits de l'homme, dans le cadre du souhait du président de voir les États-Unis s'impliquer davantage aux Nations Unies. L'ambassadrice d'Obama à l'ONU, Susan Rice, a expliqué à l'époque qu'aux yeux de l'administration il serait plus facile de faire progresser les choses en « travaillant de l'intérieur ». Rice notait également qu'en 2011 le Conseil des droits de l'homme doit entreprendre la révision de ses propres procédures. Les États-Unis veulent un siège à cette table.

Pendant ce temps, la participation des États-Unis au conseil n'a rien fait pour empêcher le régime iranien de se livrer à des violences et de tirer sur les manifestants dans les rues, comme on peut le voir dans le monde entier depuis l'élection présidentielle iranienne, vivement disputée, en juin 2009. Même l'assemblée générale des Nations Unies, à l'initiative du Canada, a réussi à adopter en octobre dernier une résolution condamnant l'Iran pour tortures, lapidations, arrestations et autres violences.

Mais le Conseil des droits de l'homme n'a encore émis aucune résolution condamnant l'Iran, ni envoyé un enquêteur, ni même tenu une seule session spéciale sur les brutalités de Téhéran. À l'organisation non gouvernementale UN Watch, un observatoire situé à Genève, le directeur Hillel Neuer recense les activités du conseil - dont les membres comptent déjà des violateurs des droits humains comme la Russie, la Chine et l'Arabie saoudite. Neuer affirme que, depuis sa création à la mi-2006, le conseil a émis 33 résolutions de condamnation. Sur ce nombre, une demi-douzaine concerne la Birmanie et la Corée du nord. Les 27 autres concernaient Israël, tout en absolvant ses agresseurs, dont le Hamas et le Hezbollah, des groupes terroristes appuyés par l'Iran.

Il se trouve que le conseil aura l'occasion, le 15 février, d'examiner en détail le cas de l'Iran. Le conseil passe en revue les pays un par un, successivement, en accordant à chacun trois heures tous les quatre ans. Le tour de l'Iran est prévu ce lundi.

Si les membres du conseil veulent bien seulement jeter un coup d'œil sur certains des documents présentés, ils auront du mal à prétendre qu'ils ignorent les horreurs qui se déroulent en Iran. Le plus marquant est un rapport de 16 pages, préparé par le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l'homme, qui résume les témoignages de dizaines de groupes de défense des droits humains et d'organisations de surveillance, bourré d'informations richement appuyées par des reportages, des vidéos et autres éléments de preuves qui réussissent à sortir d'Iran.

Les points forts sont le recours à la torture, y compris des bastonnades sévères et des viols, comme technique courante d'interrogatoire et de punition des prisonniers. En novembre dernier, on rapporte qu'il y avait en Iran 1600 jeunes gens dans le couloir de la mort, où ils ont été placés pour des raisons qui, dans une société libre, ne seraient parfois même pas considérées comme des crimes, comme l'homosexualité, l'apostasie, ou des « actes incompatibles avec la chasteté ».

Le rapport cite la violente répression des protestations qui ont suivi l'élection de juin dernier, avec des manifestants tués dans la rue et l'arrestation de milliers d'autres qui ont depuis lors été soumis aux brutalités systématiques des prisons iraniennes et, dans certains cas, exécutés. L'Iran exerce une discrimination violente à l'encontre des minorités, limite la liberté d'expression et restreint les déplacements. Le code pénal laisse pratiquer « l'amputation et la flagellation » pour certains crimes, et la lapidation pour l'adultère.

L'Iran a soumis son propre rapport, très orwellien, où il se targue d'un respect méticuleux des droits humains, redéfinis selon son propre éclairage : du fait que « le système de gouvernement de l'Iran se fonde sur les principes de l'islam, il est nécessaire de faire prévaloir dans la société les normes et critères islamiques ». Il est évident qu'il existe, dans le peuple iranien de nombreux adeptes de l'islam qui ne sont pas d'accord avec cette interprétation des « normes » islamiques. Ils ont risqué leur vie dans les rues pour le dire. Jusqu'à présent, le Conseil des droits de l'homme n'a rien fait pour les soutenir.

 

Traînant derrière lui son horrible dossier, défiant effrontément les sanctions des Nations Unies sur la prolifération nucléaire, l'Iran espère maintenant se glisser dans un siège du Conseil des droits de l'homme. Ce ne serait d'ailleurs pas le premier siège de haut niveau occupé par l'Iran à l'ONU. Après avoir fini, l'année dernière, son temps à la tête du bureau exécutif de l'agence phare de l'ONU, le Programme des Nations Unies pour le développement, l'Iran détient encore l'un des 36 sièges de la direction de ce programme. Il siège aussi à la direction du Programme alimentaire mondial et de l'Unicef, et il a pris l'an dernier la présidence de la Commission des Narcotiques des Nations Unies, à Vienne.

Que va faire Obama ? Si la réponse est « rien », nous pourrions aller vers un temps où un régime iranien doté de l'arme nucléaire, s'imposant chez lui par la terreur et répandant la terreur à l'étranger, s'installera, avec la caution de l'ONU, à côté des États-Unis, dans un siège d'arbitre des droits de l'homme dans le monde.

Claudia Rosett *

 

© Forbes.com

 
* Journaliste attachée à la Foundation for Defense of Democracies, elle rédige pour Forbes une chronique hebdomadaire consacrée aux affaires étrangères.

 


[Article aimablement signalé par O. Peel.]

 

Mis en ligne le 16 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org