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Israël (Société - mentalités)
Israël (délégitimation d')

De l'histoire comme propagande, par Brendan Goldman
20/02/2010


20/02/10

FrontPage Magazine, 11 février 2010

Texte original anglais : "History as propaganda"

Traduction française : Jean Szlamowicz pour debriefing.org

 

« Il ne s'agit pas d'un débat sur la question israélo-palestinienne, mais d'un colloque pour rendre hommage à la profession d'archiviste », affirmait Stanley Cohen, directeur de la Fondation Scone.

Cette affirmation n'était qu'à moitié vraie. Certes, cet événement n'était pas un débat. Mais seulement parce qu'il n'y avait personne pour contredire Rashid Khalidi, le premier conférencier, qui, dans son monologue, présentait les Palestiniens comme les victimes sans défense d'un ennemi israélien décidé à détruire leurs sources historiques [*].

Cohen s'adressait à un public d'environ 150 personnes, essentiellement généraliste, qui comprenait aussi des spécialistes du Moyen-Orient, lors de la cérémonie de remise de la distinction accordée par la Scone Foundation à « L'archiviste de l'année ». Cette cérémonie a eu lieu le 25 janvier dans le vaste auditorium du Graduate Center de la City University of New York.

On avait présenté cet événement comme l'occasion d'honorer les deux récipiendaires conjoints de ce septième trophée, Yehoshua Freundlich, des archives israéliennes, et Khader Salameh, de la bibliothèque de la mosquée d'Al-Aqsa. Khalidi, qui est titulaire de la chaire Edward Said d'études arabes à Columbia University, et ancien porte-parole de l'OLP, ainsi que le professeur David Myers, directeur du Centre des Etudes juives de l'Université de Californie à Los Angeles, étaient les deux premiers conférenciers à s'exprimer.

Cohen a manifesté clairement, dès le début, qu'il adhérait aux partis pris du monde universitaire. Il a prétendu qu'un archiviste récompensé antérieurement avait été « mis sur la touche par le ministère de la Défense » parce qu'il s'était opposé à l'opération Liberté en Irak. « Les archivistes ne peuvent rien contre des politiques fondées sur la foi », a plaisanté Cohen avec un public qui semblait d'accord.

Les discours de Salameh et Freundlich ont suivi l'intervention de Cohen. Les deux archivistes se sont montrés sobres, réfléchis et apolitiques dans la description de leur travail. Salameh a fait preuve de sa maîtrise de l'hébreu en échangeant avec un Israélien, et Freundlich a parlé de sa détermination de préserver les documents concernant l'histoire palestinienne.

En revanche, les universitaires américains ont été incapables d'éviter les remarques politiques dans leurs discours. Myers s'est exprimé en premier, faisant remarquer avant même d'entamer son discours qu'une approche autocritique de la recherche, c'est-à-dire critiquant le narratif palestinien, était la caractéristique fondamentale du travail de Khalidi — remarque ridicule qui n'a pas résisté aux propos de Khalidi lui-même.

Khalidi a entamé son intervention en affirmant que l'absence d'un Etat national des Palestiniens est « une situation qui se traduit directement par l'absence d'archives nationales palestiniennes ». Il effectuait ainsi une vague tentative pour donner à sa digression politique un lien avec le sujet de la cérémonie.

Myers avait parlé des "nouveaux historiens" israéliens, personnalités de gauche qui remettent en cause ce qu'ils présentent comme « des mythes de la mémoire collective israélienne ». Mais l'excitation de Khalidi était carrément palpable quand il affirma que « les fondateurs de l'Etat israélien se retourneraient dans leur tombe [s'ils pouvaient lire ce que ces historiens écrivent]. »

Khalidi a ensuite démontré involontairement que les Palestiniens, contrairement aux Israéliens et aux Américains, sont exemptés de l'obligation de remettre en question leurs mythes nationaux : selon lui, « la mémoire collective des Palestiniens est tout à fait claire » en ce qui concerne la précision du récit des réfugiés palestiniens parlant de leur « expulsion » de l'Etat juif. Il oublie de mentionner que, même selon les estimations très controversées des "nouveaux historiens", le nombre des réfugiés palestiniens qui ont été expulsés lors de la guerre d'indépendance de 1948 ne dépasse pas un tiers de l'ensemble des réfugiés, les autres étant partis de leur plein gré, quoi qu'en dise la mémoire collective palestinienne.

Khalidi a prétendu que les archives palestiniennes se voyaient systématiquement détruites par les Israéliens, ajoutant que le phénomène s'est « aggravé, avec la destruction et la profanation des sites religieux et historiques ». Puis, il a précisé ces affirmations : « Ces actions sont souvent liées à des efforts pour nier l'existence des Palestiniens en Palestine. » [**].

Khalidi n'a proposé comme seuls exemples de telles actions israéliennes que le bombardement des archives palestiniennes entreposées dans le bâtiment de l'OLP à Beyrouth durant la première guerre du Liban, et la fermeture du quartier général et des archives de l'OLP à la Maison de l'Orient de Jérusalem lors de la Seconde Intifada. Les raisons évidentes de ces événements (à savoir que l'OLP ait, de fait, soutenu le terrorisme et non l'envie de « nier l'existence de Palestiniens ») n'ont pas semblé être connues de Khalidi.

Khalidi n'essayant même plus de faire semblant de parler du travail des deux archivistes, Myers hésitait visiblement à attaquer les positions de Khalidi durant la séance de questions-réponses. Il tira la conférence encore davantage vers la politisation  avec une digression sur la façon dont les historiens pourraient utiliser leur position pour aider les Palestiniens qui disent avoir perdu des propriétés à Jérusalem. Mais il a négligé de discuter de la manière dont les historiens pourraient aider les quelque 900 000 Juifs forcés de fuir les pays arabes, à être dédommagés de pertes financières autrement plus significatives.

Cependant, et c'est à porter à son crédit, Myers a défendu l'idée que les archives constituent un élément d'amélioration [des relations] et sont susceptibles de contribuer à « construire une histoire partagée [entre Israéliens et Palestiniens]. » D'ailleurs, dans une affichette de promotion du colloque, Cohen avait estimé que « des archives ouvertes pourraient bien être des instruments permettant de réduire les divergences, et de développer une compréhension mutuelle et une coopération fructueuse [entre Israéliens et Palestiniens]. »

Khalidi a conclu la cérémonie sur une note nettement moins optimiste. Il a en effet parlé de la situation de la France et de l'Allemagne qui se sont combattues pendant un  siècle et demi et qui ont dû attendre 60 ans avant de pouvoir établir un programme scolaire « pacifique » commun. Sa conclusion fut : « [un Etat palestinien], je le crains, n'est pas près de voir le jour, pas dans un avenir proche en tout cas, et peut-être même jamais. »

La politisation à laquelle s'est livré Khalidi dans le cadre d'une cérémonie consacrée à rendre hommage aux héros obscurs de la profession d'archiviste était tout à fait prévisible pour quiconque sait comment se déroulent ses conférences où il passe son temps à politiser et non à analyser les événements du Moyen-Orient. Plus dérangeante a été l'acceptation complaisante de son usurpation, par Myers et le public. Le professionnalisme des archivistes israélien et palestinien a constitué un contraste remarquable avec l'attitude de ces Américains, incapables de prendre leurs distances avec la politique. Les lauréats méritaient mieux.


Brendan Goldman *


© FrontPage Magazine

 

* Brendan Goldman est étudiant de dernière année à New York University, spécialiste d'études islamiques et moyen-orientales, et membre du Middle East Forum. Cet article est sponsorisé par Campus Watch, une branche du Middle East Forum.


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Notes du traducteur


[*] Sur ce redoutable personnage, voir Cinnamon Stillwell, "Rashid Khalidi, Campus Watch et Middle East Studies".

 [**] Formulation absurde dans la mesure où, jusqu'en 1948, le terme « Palestiniens » désignait avant tout les Juifs. Ce n'est qu'à la fin des années soixante que sont nées les revendications nationales « palestiniennes » pour réclamer une nation qui n'a jamais existé en tant que telle et ne désigne rien d'autre que des populations arabes et musulmanes qui faisaient auparavant partie de l'Empire Ottoman. De plus, la revendication nationale israélienne n'est en rien une négation de l'histoire : il s'agit au contraire de réaffirmer le fait juif masqué par la présence islamique.

 

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Mis en ligne le 20 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org