Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Islam
Expansion/exigences islamistes

Rashid Khalidi, Campus Watch et Middle East Studies, Par Cinnamon Stillwell
24/02/2010


[Voir à ce sujet l'article de Brendan Goldman : "De l'histoire comme propagande", traduit récemment par J. Szlamowicz sur notre site.]


The Jewish Policy Center, inFocus, Hiver 2008, Vol. II, Nr 4

Original anglais : "Rashid Khalidi, Campus Watch & Middle East Studies"


Traduction française :
Jean Szlamowicz, pour debriefing.org

 

Pendant une brève période au cours de la campagne présidentielle de 2008, Rashid Khalidi, professeur d'études arabes, titulaire de la chaire Edward Said de l'Université de Columbia, est devenu le plus célèbre universitaire, spécialiste du Moyen-Orient, de tout le pays. Les relations de Khalidi avec le désormais président Barack Obama lui ont valu une attention nationale et une surveillance médiatique inédite. Ce qui était au cœur de la controverse, c'était le rôle de Khalidi en tant que porte-parole de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) quand il vivait à Beyrouth à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingts. A cette époque, l'OLP était sur la liste des organisations terroristes, dressée par le ministère des affaires étrangères.

Ce n'était cependant pas la première fois que le passé d'activiste de Kahlidi revenait le hanter. En 2004, Campus Watch (www.campus-watch.org), qui est une branche du Middle East Forum, avait révélé ces faits dans un article de Asaf Romirowsky et Jonathan Calt Harris, intitulé « Arafat Minion as Professor » [« Un favori d'Arafat devenu professeur »], publié par le Washington Times. Entre autres sources, les auteurs signalaient un article de Thomas L. Friedman, paru le 9 juin 1982 dans le New York Times, qui présentait Khalidi comme le « directeur de l'agence de presse palestinienne ». L'historien spécialiste du Moyen Orient, Martin Kramer, qui a beaucoup écrit sur Khalidi, a récemment ajouté de nouveaux faits qui confirment les liens multiples de l'homme avec l'OLP.

 

De la propagande comme recherche universitaire

Il suffit d'étudier les diatribes anti-israéliennes et anti-américaines qui constituent le passif de Khalidi pour comprendre les partis pris idéologiques qui sous-tendent ses interventions – c'est ce que fait Campus Watch depuis sa création en 2002. Etant donné notre mission qui est de « recenser et critiquer les recherches sur le Moyen-Orient en Amérique du Nord afin d'en améliorer le contenu », Campus Watch n'a cessé de montrer comment Khalidi constitue un exemple flagrant de politisation et de subjectivité apologiques qui compromettent tout ce domaine de recherche. Dès 1986, Daniel Pipes, qui allait devenir le fondateur de Middle East Forum et de Campus Watch, avait recensé l'ouvrage de Khalidi, Under Siege: P.L.O. Decisionmaking During the 1982 War [En état de siège : Les prises de décision durant la guerre de 1982], et en montrait les partis pris évidents. Selon ses propres termes, « avec Under Siege, la propagande se fait passer pour de la recherche scientifique. »

C'est une constante du travail de Khalidi, que de reprendre bien trop souvent le contenu de la propagande palestinienne, ce qui est sans doute dû aux années qu'il a passées comme salarié de l'agence de communication de l'OLP. Dans une interview de 2006, que l'on peut voir dans un documentaire réalisé pour PBS, « La résurgence de l'antisémitisme au 21e siècle », sa transformation de professeur en partisan est douloureusement évidente. Dans la première partie, Khalidi paraît bien connaître le sujet et il se montre calme et raisonnable quand il parle du virulent antisémitisme qui sévit dans le monde arabo-musulman. Mais dans la seconde, Khalidi ne cache pas sa colère en faisant porter la responsabilité de cet état de fait sur « l'occupation » et sur « la spoliation des Palestiniens, qui dure depuis 40 ans ». Il perd alors tout sens de la mesure, accusant Israël de « tuer des enfants et des vieillards ». A aucun moment, il ne parle des innombrables attaques terroristes  perpétrées contre les Israéliens ni des intentions génocidaires de la « résistance » palestinienne. Dans la troisième et dernière partie de l'interview, Khalidi reprend ses arguments ridicules affirmant qu'une juste conclusion du conflit arabo-israélien mettra fin à tout antisémitisme dans la région. Pour résumer la présentation de Khalidi, le Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America (CAMERA) a qualifié ses remarques de « propagande aveuglante ».

 

Virulentes diatribes

Martin Kramer a analysé la double personnalité du personnage : Khalidi s'exprime dans un style posé et rationnel quand il s'adresse à un public anglophone, mais il s'enflamme en de virulentes diatribes quand il s'exprime en arabe. Lors d'une interview de 2004, en arabe, sur la chaîne al-Jazeera, sa colère éclata à la simple mention du Washington Institute for Near East Policy:

« Mon Dieu, pour moi, l'idée que des fils et des filles de la nation arabe participent aux projets de cet institut est une énorme erreur. C'est un institut israélien au cœur de Washington, fondé par l'AIPAC, le lobby sioniste, et ils reçoivent des dizaines d'Israéliens chaque année. La présence d'un Arabe ou deux chaque année ne peut masquer le fait que cet institut représente le centre sioniste le plus important de Washington depuis au moins dix ans. […] Si l'on observe ce qu'il produit, on voit que tout est dirigé contre les Palestiniens et contre les musulmans en général. Ils décrivent les Palestiniens comme des terroristes et, de fait, leur fonction est de répandre des mensonges et des contrevérités concernant le monde arabe sous un vernis d'érudition universitaire. C'est fondamentalement le plus grand centre de propagande sioniste des Etats-Unis. »

Ce n'était pas, et de loin, la première sortie au vitriol de Khalidi contre les « sionistes », ou les « néo-conservateurs ». Même avant le déclenchement de la guerre contre l'Irak, en 2003, Khalidi adhérait aux thèses conspirationnistes, selon lesquelles les Etats-Unis étaient manipulés par des néo-conservateurs aux ordres d'Israël, comme le montre un article de 2003 paru dans In These Times :

« Cette guerre aura lieu parce que ces néo-conservateurs veulent non pas que le Moyen-Orient soit un espace de démocratie, mais le domaine d'une hégémonie israélienne. Ils sont convaincus que le Moyen-Orient est irrémédiablement hostile aux Etats-Unis et à Israël et ils sont rivés à ce point de vue raciste selon lequel les gens de là-bas ne comprennent que la force. C'est terrible de devoir le constater, mais pour ces Américains partisans du Likoud et de leurs alliés israéliens, la tragédie du 11-Septembre, a été une véritable aubaine : cela a permis de mouvoir les Etats-Unis à venir en aide au combat contre les ennemis d'Israël. »

Dans sa recension de l'ouvrage de Khalidi, Resurrecting Empire: Western Footprints and America's Perilous Path in the Middle East [Résurrection d'un empire : L'empreinte de l'Occident et la conduite périlleuse de l'Amérique au Moyen-Orient] (2004), Michael Rubin, rédacteur en chef du Middle East Quarterly, a montré la propension du distingué professeur pour « les bizarres conspirations antisémites » concernant la guerre en Irak. Comme le dit Rubin, Khalidi

« met en cause la fiabilité des hauts responsables de l'administration, en prétendant faussement qu'ils sont les conseillers de l'ancien Premier ministre israélien, Binyamin Netanyahu. »

Rien d'étonnant à ce que Khalidi n'ait pas voulu reconnaître la réussite de la stratégie du déferlement [« surge strategy », c'est-à-dire notamment l'envoi de nouvelles troupes en Irak] dans le cadre de ce qu'il a pu appeler « une occupation vouée à l'échec ».


Imputer la faute sur l'Occident

Pour Khalidi, il faut s'opposer aux interventions occidentales, même justifiées, tandis que les pires méfaits des dirigeants arabes doivent être blanchis. Bien qu'il soit spécialiste d'histoire palestinienne, Khalidi ne parle même pas des luttes intestines entre le Hamas et le Fatah. Il est vrai que cela le détournerait de sa focalisation sur les Américains et les Israéliens, considérés comme la source de tous les maux du Moyen-Orient. Rien d'étonnant à ce que, quand on l'accule sur ce sujet, Khalidi considère que tout est de la faute de l'Occident.

Pour accréditer cette version des faits, Khalidi s'est parfois gravement égaré. Le responsable du Blog « Solomonia », Martin Solomon, a rappelé une interview de 2006 pour l'émission « News Hour with Margaret Warner » [Une heure d'actualité avec Marguerite Warner], sur PBS [Office de Diffusion Publique], dans laquelle Khalidi affirmait que ni le Hezbollah ni le Hamas « ne constituent une menace directe pour les Etats-Unis ». Il essaya même de justifier l'attentat, commis par le Hezbollah en 1983, contre les bâtiments de la marine américaine à Beyrouth - qui fit 241 victimes parmi le personnel militaire américain -, en considérant que les troupes américaines de maintien de la paix constituaient une force d'invasion à laquelle il était légitime de s'opposer.

Khalidi a également déclaré :

« le Hamas, pour autant que je sache et pour autant que j'aie pu le constater, ne s'est jamais attaqué à l'Amérique, aux Etats-Unis ou aux Américains ».

En réalité, comme le remarque Solomon, les victimes américaines du terrorisme palestinien se comptent par dizaines, qu'il s'agisse de faits antérieurs ou postérieurs à la création du Hamas, comme le montrent tous les procès en cours liés à ces événements.

 

Un disciple d'Edward Said

Comme beaucoup de ses contemporains, Khalidi marche dans les pas de feu Edward Said, professeur à l'Université Columbia, spécialiste de l'orientalisme. Khalidi est désormais titulaire de la chaire qui porte le nom de Said, à l'Université Columbia, et il lui a dédié l'un de ses ouvrages. C'est parfaitement logique : Khalidi a tout fait pour promouvoir l'idéologie post-coloniale, qui s'est avérée si destructrice pour la véritable recherche.

Comme l'écrit Stanley Kurtz dans la National Review,

« Rashid Khalidi est véritablement le successeur d'Edward Said ; c'est un défenseur acharné des Palestiniens, très extrémiste dans ses opinions et notamment dans son opposition  à la politique étrangère américaine ».

 

Subventions nationales

Malgré son parcours, Khalidi exerce une grande influence en tant que directeur de l'Institut pour le Moyen-Orient au sein de la School of International and Public Affairs de l'Université Columbia, notamment grâce à l'apport du contribuable. Comme le faisait remarquer Martin Kramer, Khalidi reçoit

« 400 000 dollars par an de la part du contribuable dans le cadre du Titre VI [subvention du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l'Education américains pour les programmes internationaux d'éducation] ».

Khalidi fait aussi partie du Palestinian American Research Center (PARC), association à but non lucratif, qui reçoit également des fonds dans le même cadre concernant des « Etudes palestiniennes » qui ne font bien souvent que produire des attaques anti-israéliennes.

 

Les pairs de Khalidi

Le parcours de Rashid Khalidi n'est pas un cas isolé. Il existe de nombreux autres universitaires spécialistes du Moyen-Orient, qui ont des liens avec des extrémistes.

Le spécialiste suisse de l'islam, Tariq Ramadan, petit-fils de Hassan al-Banna qui n'est autre que le fondateur des Frères Musulmans, s'est trouvé au centre d'une controverse récente. Bien qu'on le présente, dans certains cercles occidentaux comme un réformateur de l'islam, le département de la sécurité intérieure l'a interdit de séjour aux Etats-Unis [mesure abrogée depuis, note de Menahem Macina], en se fondant notamment sur des informations qui établissent ses liens avec le terrorisme. Trois professeurs de l'Université de Floride du Sud, spécialistes du Moyen-Orient (Ramadan Abdullah Shallah, Bashir Musa Mohammed Nafi, et Sameeh Hammoudeh) ont été condamnés pour soutien matériel apporté au Jihad Islamique palestinien, en 2003. De telles personnalités ne sont peut-être pas représentatives de tout un champ de recherche, mais elles n'inspirent pas vraiment confiance en ce qui concerne les conditions de recrutement.

Même quand les personnalités dominantes de cette discipline n'ont pas de liens directs avec le terrorisme, ils sont nombreux à défendre ou glorifier des personnalités ou des organismes qui soutiennent le terrorisme islamique ou ont des liens avec les islamistes, et à adhérer à ces positions. Des professeurs comme Mark LeVine (Université de Californie), Juan Cole (Université du Michigan), ou John Esposito (directeur du Centre Prince Alwaleed bin Talal Center pour la Compréhension entre Musulmans et Chrétiens, de l'Université de Georgetown, financé par l'Arabie Saoudite) ont tous pris part à des levées de fonds au bénéfice du Council on American Islamic Relations (CAIR), co-conspirateur non poursuivi [« unindicted co-conspirator », c'est-à-dire, dans une affaire de conspiration, un acteur qui est mentionné comme conspirateur mais qui n'est pas poursuivi. Ce fut le cas de Richard Nixon dans l'affaire du Watergate. NdT], dans l'affaire du financement du Hamas impliquant la Holy Land Foundation.

En fait, Esposito est bien connu pour sa défense acharnée de Sami Al-Arian, le professeur d'informatique de l'Université de Floride du Sud, qui avait été condamné en 2006 pour avoir soutenu le Palestinian Islamic Jihad. De la même façon, Zachary Lockman, qui est professeur à l'Université de New York et spécialiste d'histoire du Moyen-Orient, a apporté son témoignage pour soutenir le traducteur d'arabe, Mohammed Yousry, jugé pour l'aide qu'il avait apportée à Omar Abdel Rahman, le sheikh aveugle qui projetait des attentats contre de nombreux lieux éminents de New York et qui a des liens très anciens avec le groupe terroriste égyptien, al-Djama'a al-Islamiyya.

 

Les Recherches moyen-orientales sous observation

Il est difficile d'imaginer que, dans le monde d'après le 11-Septembre, les universités américaines soient si fières d'accueillir des professeurs au passé aussi douteux que Khalidi et consorts. Pourtant, dans le domaine des études moyen-orientales, l'extrémisme ne cesse de s'imposer. Il est exacerbé en partie par le Titre VI, qui finance ce domaine depuis le 11-Septembre, sans parler des fleuves de dollars en provenance d'Arabie Saoudite et du Golfe Persique, qui ont transformé ce domaine du savoir en un outil d'obscurcissement et non de compréhension.

L'organisme qui regroupe les membres de cette discipline n'est autre que la Middle East Studies Association (MESA), qui est très politisée et qui n'a guère amélioré les choses. En réalité, comme le remarquait le directeur de Campus Watch, Winfield Myers, son apport se borne à

« bien peu de chose, hormis un nihilisme post-moderne, un discours post-colonial et autres productions à la mode, intellectuellement creuses et sans autres objectifs que le carriérisme ».

Au vu de ces problèmes, la mission de Campus Watch est de plus en plus essentielle. Il s'agit du seul organisme qui s'intéresse exclusivement aux études sur le Moyen-Orient, demande à des spécialistes de ce domaine de procéder à une critique rigoureuse, et entretient le plus riche fonds d'archives sur Internet en la matière. Plus important encore : Campus Watch ne craint pas de critiquer des personnalités qui occupent d'importants postes de pouvoir au sein de l'université. Si les chercheurs spécialistes du Moyen-Orient pouvaient autrefois travailler dans une bulle, isolés de tout regard extérieur, ils sont désormais sous l'oeil du microscope.

Les destinataires finaux des critiques de Campus Watch sont souvent bien en peine quand ils veulent prendre en défaut ses recherches rigoureuses. Ils en sont réduits à lancer des clichés en criant au « maccarthysme » et à la « censure ». De telles accusations sont évidemment vides de sens : Campus Watch n'a aucun pouvoir institutionnel, ni aucun contrôle sur les décisions scientifiques ou financières des universités, et il n'ambitionne pas de réduire qui que ce soit au silence. Campus Watch ne prend pas position sur les attributions de postes ou les choix de conférenciers invités, et, conformément à ses objectifs statutaires,

« [il] respecte pleinement la liberté de parole des personnes en question, tout en insistant pour que l'on respecte également sa liberté de commenter leurs paroles et leurs actions. »

Seuls ceux qui considèrent toute critique comme une censure peuvent considérer Campus Watch comme autre chose que ce qu'il est, à savoir : un partenaire dans un libre échange d'idées. D'ailleurs, comment le public saurait-il autrement que Rashid Khalidi est un ancien porte-parole de l'OLP ?


Cinnamon Stillwell *

 

© The Jewish Policy Center

 

* Cinnamon Stillwell est correspondante de Campus Watch (qui fait partie du Middle East Forum) pour la Côte Ouest.


Mis en ligne le 24 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org