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Israël (Société - mentalités)
Israël (délégitimation d')

«Eclairage sur le conflit israélo-palestinien»: un narratif chrétien, simpliste mais efficace pour délégitimer Israël
24/02/2010


24/02/10

[Un texte qui remonte à janvier 2009, mais qui n'a pas pris une ride, tant il est vrai que la haine ne vieillit jamais. (Menahem Macina).]

Sur le site du Secours catholique, 30 janvier 2009.

Bernard Flichy, bénévole au Secours Catholique, spécialisé [dans] les questions concernant Israël et la Palestine, explique « l'imbroglio actuel" ».

 

Quelles sont les origines du conflit israélo-palestinien qui dure depuis 60 ans ?

Ce conflit est la conséquence de la naissance du sionisme au 19ème siècle Cette idéologie sociopolitique part de la constatation du sort précaire de la diaspora juive en Europe de l'Est où, en raison de l'antisémitisme chrétien qui y régnait, les juifs étaient victimes de nombreux et terribles pogroms. Le sionisme affirmait, à l'instar des idéologies nationalistes de l'époque, que les juifs sont un peuple comme un autre : le peuple d'Israël et que, comme les autres peuples, il avait le droit à une existence nationale. C'est Théodore Herzl, journaliste juif autrichien, qui a donné sa dimension politique au sionisme lors de son premier congrès à Bale en 1897.

En 1917 les Anglais, juste avant de conquérir la Palestine, qui faisait partie de l'empire ottoman, ont déclaré qu'ils étaient « favorables à l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif » (déclaration de Lord Balfour ministre des affaires étrangères anglais de l'époque). Cinq ans après, les Anglais obtiennent de la Société des Nations, comme pour la France au Liban, un mandat sur la Palestine. L'occupation anglaise et la poursuite de l'arrivée (l'aliyah en hébreu : la montée vers Jérusalem) des juifs en Palestine se sont heurtées tout de suite à l'hostilité, souvent armée, des palestiniens. Après la deuxième guerre mondiale le monde entier s'est ému, un peu tard, du sort des juifs alors que les Anglais, dépassés par l'hostilité entre juifs et palestiniens, remettaient la Palestine à l'ONU. En 1947, l'ONU votait le partage de la Palestine, sans demander son avis à la population existante. Alors que les juifs ne possédaient que 6% de la terre et ne représentaient que 30% de la population, ils obtenaient 56% de la Palestine et les Arabes 44%. L'état d'Israël était proclamé le 14 mai 1948

Quelles sont les conséquences immédiates de l'indépendance israélienne ?

Les pays arabes limitrophes : le Liban, la Syrie, la Jordanie, l'Egypte jusqu'à l'Irak, n'acceptent pas le vote de l'ONU et entrent en guerre avec Israël. Après les armistices de 1948-1949, la Cisjordanie est rattachée à la Jordanie et la bande de gaza à l'Égypte. Les états limitrophes restent hostiles à l'existence d'Israël, d'autant plus qu'à sa création, les trois quarts de la population arabe ont dû fuir pour se réfugier dans les pays voisins, devenant des réfugiés, notamment dans la bande de Gaza. En 1967, la guerre des six jours amplifie les tensions. Le monde arabe subit une vraie défaite : la Jordanie perd la Cisjordanie, l'Egypte la Bande de Gaza et la Syrie le Plateau de Golan et la partie est de Jérusalem est annexée. À partir de ce moment, l'occupation et la colonisation israéliennes débutent. La guerre du Kippour est lancée par les Égyptiens en 1973. C'est un nouvel échec pour les pays arabes. Ce n'est que dans les années 80 que naît un semblant de paix lorsque l'Egypte récupère la presqu'île du Sinaï et que la Jordanie accepte de renoncer à la Cisjordanie.

Alors que les pays arabes ont été des soutiens aux Palestiniens pendant des années, pourquoi n'y a-t-il quasiment aucune réaction de leur part au conflit actuel ?

Les pays arabes sont extrêmement divisés. À mon avis, la raison principale pour laquelle ils ne s'investissent pas dans ce conflit est qu'ils dépendent, à des titres divers, des Américains. L'Égypte a prouvé qu'elle ne ferait rien en maintenant ses frontières fermées. Ses réticences, à mon avis, tiennent à ce que le Hamas, qui a pris le pouvoir dans la bande de Gaza, est proche idéologiquement des Frères musulmans, le parti d'opposition égyptien. Les Palestiniens sont seuls et sont, en outre, mal vus à cause du Hamas.

Comment expliquez-vous l'arrivée au pouvoir du Hamas ?

Le 25 janvier 2006, le Hamas, mouvement islamiste palestinien, remporte démocratiquement les élections législatives. Cette victoire provoque un formidable tollé en Israël qui refuse de reconnaître le mouvement. Si les Palestiniens ont choisi d'élire ce mouvement islamiste, c'est en réponse à l'attentisme de la communauté internationale depuis des années et au non-respect par Israël des résolutions de l'ONU demandant le retour des réfugiés, la fin de l'occupation…. Grâce à Yasser Arafat, ils ont été reconnus. Les Accords d'Oslo en 1992, ont suscité chez eux un gigantesque espoir mais depuis rien n'a avancé. La colonisation continue, progresse. Il ne se passe toujours rien, sinon des promesses sans suite. Il a également été reproché à Arafat de laisser régner la corruption, alors que le Hamas, de réputation honnête, a promis de faire bouger les choses pour les Palestiniens. Mais la population palestinienne s'en est trouvée isolée puisque personne ne souhaite dialoguer avec le mouvement islamiste. La communauté internationale souhaite soutenir les Palestiniens mais seulement avec Mahmoud Abbas. Selon moi, il n'y a aucun espoir d'avancer sans dialogue avec le Hamas. De même qu'il y a actuellement une urgence humanitaire, il y a une urgence politique nécessaire à toute solution.

Quelle description feriez-vous de la société israélienne ?

Israël est un pays dont toutes les frontières ne sont pas internationalement reconnues et sans constitution. 78 % de sa population est juive et 20 % arabe dont 8 % sont des chrétiens : 20 % de sa population est israélienne sans l'être réellement puisque l'identité israélienne se définit par le fait d'être juif. La population juive est hétérogène : elle est issue, pour partie, d'une immigration récente en provenance du bassin méditerranéen, de Russie en particulier. La peur est un ciment pour Israël. Le gouvernement israélien entretient cette peur et utilise l'histoire des juifs occidentaux pour rappeler que les Israéliens sont des victimes.

Et la société palestinienne ?

Les Palestiniens ne sont citoyens d'aucun Etat. Ils vivent sur des territoires occupés ou contrôlés par Israël. Ils ont besoin de papiers délivrés par Israël pour circuler. Les territoires palestiniens sont parsemés d'innombrables check points qui rendent la circulation très difficile. Israël contrôle l'eau, même dans les territoires palestiniens, Tout est fait pour les humilier, leur rendre la vie impossible. Ils peuvent être arrêtés, voire tués, sans aucun autre motif que d'être de potentiels terroristes (alors qu'ils se considèrent comme des résistants à l'occupation, pour les Israéliens, ce sont des terroristes). La bande de Gaza est une prison. Les Palestiniens n'ont le droit de sortir ni par la mer, ni par la voie des airs, ni par la terre. Par conséquent, le seul moyen de quitter la bande de Gaza est de creuser des tunnels sous terre. À Gaza, le seuil de pauvreté est de 2 dollars par jour. La moitié de la population a moins de 15 ans et les enfants sont les premières victimes des conflits. Outre les enfants tués, blessés ou orphelins, n'oublions pas ceux qui sont traumatisés, entre autres, par les avions qui passent chaque nuit au-dessus de leurs têtes. La population est sous tension permanente.


Bernard Flichy


© Secours Catholique

 


[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 24 février 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org