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Israël (Société - mentalités)
Terrorisme palestinien

L'argent, nerf du terrorisme, Laly Derai
05/03/2010


[Une action admirable et une enquête remarquablement menée. A diffuser très largement.]

05/03/10

Sur le site de Hamodia, No 113, 03 mars 2010

Enquête

Au 5e étage d'un immeuble de Ramat-Gan se déroule une guerre implacable, une lutte sans merci contre les organisations terroristes, les pays qui les soutiennent mais aussi les banques qui les financent, directement ou indirectement. Hamodia a mené l'enquête sur cet aspect peu connu de la lutte anti-terroriste : l'action juridique.

 Nous avons tendance à penser que la lutte contre le terrorisme est une charge qui retombe principalement sur les épaules du gouvernement, de l'armée, des diplomates et des services secrets. Pourtant, il existe un domaine où les citoyens peuvent jouer un rôle de premier plan : le Droit. De leur propre initiative, ils peuvent en effet contribuer à mettre un terme au financement des organisations terroristes.

Au début des années 1990, les pays occidentaux, et en particulier les États-Unis, ont adopté des lois permettant aux victimes du terrorisme de poursuivre les régimes qui parrainent et financent les organisations terroristes, les banques par lesquelles transitent des fonds destinés aux groupes terroristes, ainsi que les terroristes eux-mêmes. Grâce à ces lois, pour la première fois, les victimes du terrorisme et leurs familles ont eu l'opportunité de se battre devant les tribunaux et elles sont passées du statut de victimes à celui d'accusateur.

Me Nitsana Darshan-Leitner se consacre, depuis des années déjà, à la défense des victimes du terrorisme. Elle dirige le centre Shourat Hadin (Israel Law Center), fondé en 2003 et situé à Ramat Gan. En quelques années, Israel Law Center est devenu le leader mondial de la lutte contre le terrorisme dans le cadre de poursuites civiles et d'actions juridiques :

Darshan-Leitner explique :

« Nous formons un groupe d'avocats qui s'étaient spécialisés dans la représentation de victimes du terrorisme face aux instances juridiques israéliennes. Mais lorsque l'Intifada armée a éclaté, des centaines de personnes ont perdu la vie dans des attentats meurtriers, d'autres ont été grièvement blessées et leur vie s'est transformée en survie. Nous étions las d'assister passivement à des enterrements, las d'entendre des enfants lire le Kadish sur la tombe de leurs parents ou pire encore, d'entendre des parents réciter le Kadish pour leurs enfants assassinés. La Torah nous enseigne : ''Ne reste pas indifférent devant le sang de ton prochain''. C'est cette mitzwah qui nous a encouragés à rechercher un moyen de lutter efficacement contre les organisations terroristes ».


Empêcher les terroristes de nuire

Les premiers pas de l'Israel Law Center dans la lutte juridique contre le terrorisme remontent à 2001 :

« En novembre 2000, des terroristes ont tiré sur un autobus qui transportait les enfants de la localité de Kfar Darom, dans le Goush Katif, vers leur école. Deux habitants de la localité ont été tués et de nombreux enfants, blessés, dont ceux de la famille Cohen, qui ont dû être amputés. Lorsque nous avons eu entre les mains un enregistrement de Muhammad Dahlan, qui dirigeait alors les services de sécurité palestiniens, dans lequel il ordonnait à son adjoint, Rachid Abou Shabak : « Tire sur l'autobus jaune ! », nous avons juré que cet homme, cet assassin d'enfants, et tous ceux de son acabit, ne pourraient plus jamais nuire. Nous désirons que les terroristes et ceux qui les incitent à la violence et les soutiennent ne puissent plus dormir la nuit. Qu'ils prennent conscience que même après qu'ils auront quitté leur poste et leur fonction, les poursuites judiciaires ne prendront pas fin, car ce qu'ils ont perpétré, ce sont des crimes contre l'humanité ».

L'objectif étant fixé, il fallait trouver un modus operandi :

« Nous avons suivi avec attention l'action menée par une organisation de défense des Droits de l'Homme américaine, la Southern Poverty Law Center. Il s'agit d'une organisation à but non lucratif qui, au cours des quatre dernières décennies, a réussi à mettre en faillite de nombreux groupes racistes à travers l'Amérique. Nous avons décidé de copier ce modèle et de l'adapter à nos besoins. L'Israel Law Center était né et avait son objectif : mettre en faillite le terrorisme et broyer ses activités grâce à une action juridique ».


Je me défends, donc je suis

Depuis, Nitsana Darshan-Leitner et son équipe poursuivent à travers le globe les membres du Hamas, du Jihad islamique, du Hezbollah, de l'Autorité palestinienne, mais aussi les pays qui soutiennent ces organisations, comme l'Iran, la Syrie, la Corée du Nord, ainsi que des institutions financières telles que la Banque libano-canadienne, l'American Express Bank, la Banque de Chine, et de nombreux établissements bancaires situés dans des pays arabes :

« Nous poursuivons un double objectif : le premier est de mettre un terme, par le biais d'actions juridiques, au flux financier qui alimente le terrorisme. Le second concerne davantage les victimes elles-mêmes : nous exigeons des dommages et intérêts pour la douleur, la souffrance, et souvent également pour les énormes dépenses causées par les attentats ou les guerres dont elles ont été la proie. Il faut comprendre que ces victimes ont souvent perdu goût à la vie. Elles ne se définissent que par le biais de ce statut de "victime du terrorisme". Ce que nous leur proposons, à l'Israel Law Center, c'est de reprendre les rênes de leur vie, de lutter contre ceux qui leur ont causé toute cette douleur. Je peux même affirmer que, souvent, notre action a un effet thérapeutique sur elles : elles apprennent à se défendre ».


600 millions de dollars saisis !

Comment cela se passe-t-il, concrètement ?

« Il faut savoir que toutes ces organisations terroristes possèdent énormément de biens de toutes sortes, jalousement gardés à l'extérieur d'Israël. Biens immobiliers, collections d'objets rares, de peintures de maîtres, sculptures, et aussi, tout simplement, des comptes en banque très bien garnis. Lorsque nous réussissons à prouver le lien unissant telle ou telle organisation avec tel ou tel attentat, et que nos clients ont été victimes, de quelque manière que ce soit, de cet attentat, nous obtenons en général gain de cause et la justice nous accorde des sommes conséquentes à titre d'indemnités. Nous nous empressons alors d'obtenir la saisie des biens de ladite organisation afin d'en faire profiter nos clients. Nous avons également porté plainte contre des banques ayant aidé aux transferts de fonds entre États terroristes et organisations terroristes. Nous avons ainsi intenté des poursuites judiciaires contre la Banque arabe, qui possède des succursales dans le monde entier. Cette banque accordait des "bourses" de plusieurs milliers de dollars aux familles des "Shahidim" [martyrs], les terroristes ayant perpétré des attentats-suicide. Suite au procès et à nos exigences financières, qui se chiffraient à 30 millions de dollars, la Banque arabe a immédiatement cessé ses largesses ».

Les résultats de ces efforts ont été phénoménaux : le sort de plus d'un milliard de dollars est actuellement en instance de jugement dans différents pays ! Plus de 600 millions de dollars ont été saisis et gelés dans des comptes d'où ils ne peuvent pas sortir ! Plus de 50 millions de dollars ont été versés directement aux victimes et à leurs familles !

Mais ce sont surtout les contraintes financières imposées aux organisations terroristes qui sont la plus grande fierté de Darshan-Leitner :

« Il y a seulement une décennie, l'argent coulait librement des mains des États parrainant le terrorisme à celles des terroristes eux-mêmes. L'exemple de l'Iran est flagrant. Nous avons réussi à établir et à prouver le lien Téhéran-Hamas-attentats, et avons donc assigné l'Iran en justice aux États-Unis et exigé des centaines de millions de dollars de dommages et intérêts. Nous avons gagné ce procès et, en conséquence, les comptes bancaires de l'État iranien ont été saisis, ses biens immobiliers également. C'est une guerre certes moins médiatisée que la guerre "conventionnelle", mais c'est une guerre qui porte ses fruits puisque nous freinons très clairement les activités terroristes. Par exemple, la société iranienne de pétrole possède un compte en banque en Italie, d'une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars. Nous avons obtenu la saisie de ce compte et cela a plusieurs conséquences. D'une part, dans ce cas particulier, l'Iran a été contrainte de reconnaître indirectement ses liens avec le terrorisme. Ensuite, elle a dû demander l'aide de toute personne susceptible de la tirer de ce mauvais pas - en l'occurrence, le Vatican. Elle a été forcée de louer les services d'une vingtaine d'avocats les plus réputés pour tenter de changer le cours du procès, mais surtout, elle a été contrainte de transférer tout son argent sur un compte en Thaïlande avant que la saisie ne soit officialisée. C'est la raison pour laquelle la plupart des pays terroristes et organisations terroristes ne possèdent plus de compte en Europe ou aux États-Unis et je vous assure que cela leur rend la vie bien plus difficile. Imaginez qu'ils doivent financer leurs activités sans dollars et sans euros alors que les banques palestiniennes ne travaillent qu'avec ces monnaies-là. Le seul moyen de faire parvenir des dollars dans la bande de Gaza est désormais de les faire passer clandestinement par les tunnels de contrebande de Rafiah. C'est aussi grâce à notre action qu'on entend de plus en plus parler d'officiels palestiniens attrapés à la douane en flagrant délit de transfert de fonds… cachés dans leur mallette ! »


Mettre le terrorisme en faillite

Lorsque nous demandons à Darshan-Leitner si son action obtient le soutien des autorités, elle a un sourire désabusé :

« Tout dépend de quelles autorités on parle. Tsahal et les services de sécurité nous soutiennent à 100 %. Un agent du Mossad qui s'était tourné vers la Deutsche Bank afin de l'inciter à fermer un des comptes de la Banque centrale iranienne, directement impliquée dans le financement du programme nucléaire de Téhéran, s'est vu opposer un refus catégorique. Lorsque, un mois plus tard, ce même agent a indiqué au directeur de la banque qu'il existait un cabinet d'avocats en Israël, représentant des victimes du terrorisme, qui allait le poursuivre s'il s'entêtait, le directeur a pris un virage à 180° et a ordonné la fermeture du compte, qui était crédité de la modique somme d'un milliard de dollars ! Dans le même ordre d'idées, un haut fonctionnaire du Mossad nous a affirmé que les poursuites juridiques de l'Israel Law Center avaient réduit les activités terroristes en provenance de la bande de Gaza de 60 % ».

Car si l'argent est le nerf de la guerre, il est également celui du terrorisme.

« Par contre, poursuit-elle, en ce qui concerne les instances juridiques israéliennes et le ministère des Affaires étrangères, ils sont beaucoup moins satisfaits de nos actions en justice. Ils en sont encore à agir en vertu du principe que seul le dialogue peut aider à vaincre le terrorisme. Je crois pourtant que nous avons clairement réussi durant ces dix dernières années à démontrer que la mise en faillite du terrorisme était un procédé on ne peut plus efficace... »


Laly Derai


© Hamodia

[Article aimablement signalé par M.G., Israël]

 

Mis en ligne le 5 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org