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Israël (lynchage médiatique)

S'opposer au « pogrom numérique », Daniel Seaman
06/03/2010


06/03/10

The Jerusalem Post, 4 mars 2010


Texte original anglais : "Opposing the digital pogrom".

Traduction française : Menahem Macina, pour debriefing.org


Les médias étrangers ne pouvaient s'attendre qu'à une présentation négative dans les nouveaux communiqués diplomatiques publics.

 

La semaine dernière, l'Association de la Presse Etrangère en Israël a diffusé à ses membres un e-mail contenant un article de Reuters, intitulé "la couverture de presse étrangère est présentée comme stupide et condescendante" [1]. L'article se réfère à la campagne du Ministère de la Diplomatie Publique [sic] invitant les Israéliens à contrer les préjugés anti-Israël, et se plaint de ce que la presse étrangère soit personnellement insultée par les vidéos qui figurent sur le site Web www.masbirim.gov.il  

Je vous entends déjà dire : Ce n'est sûrement pas le cas. Ces journalistes étrangers – qui servent quotidiennement des matériaux malsains, critiques d'Israël, qui dénoncent les politiques de son gouvernement démocratiquement élu, et dont certains accusent son armée de défense de crimes de guerre – devraient certainement être capables d'accepter un brin de critique les concernant.

En toute honnêteté, les vidéos n'avaient nullement l'intention d'offenser la presse, dont je ne doute absolument pas qu'elle soit en mesure de reconnaître la satire quand ils la voient. Cependant, quand ils donnent une image si différente de la réalité aux yeux des Israéliens, et avec si peu de respect pour leur point de vue, à quoi peuvent-ils donc s'attendre ?

Etre présenté comme « stupide et condescendant », comme l'article de Reuters le suggère, n'est pas la plus aimable des estampilles, mais c'est tout de même mieux que d'être dépeint comme dévoreur de bébés, nazi et nettoyeur ethnique, comme certains médias internationaux l'ont souvent affirmé. De même, insiste l'article, qu'est-ce que "des publics européens naïfs" ont à voir dans le tableau ? La presse  nie-t-elle vraiment l'insinuation qu'elle influence ceux à qui elle s'adresse, quand ils rentrent à la maison ?

Ce n'est pas une coïncidence si c'est dans les pays où les médias sont les plus hostiles à Israël, que l'on trouve le plus de sentiments anti-Israël et antisémites dans le discours public. D'ailleurs, cela devient bien plus incongru quand manque le plus important facteur, qu'est le contexte. Les médias étrangers se plaignent d'être offensés par la satire du gouvernement d'Israël, cependant il y a un silence assourdissant sur l'intimidation, les menaces et la violence auxquels ils font face de la part des Palestiniens, particulièrement à Gaza.

C'est ce manque de contexte et ce mépris flagrant concernant les réalités de la vie au Moyen-Orient, qui valent à la Presse étrangère d'être perçue comme simpliste et monochrome.

Pourquoi les titres sur les crimes de guerre et les éditoriaux sur les résolutions de l'ONU sont-ils monnaie courante lorsqu'il s'agit des opérations militaires d'Israël pour défendre ses citoyens, alors que quand les soldats d'autres pays tuent involontairement des civils les « excuses sont acceptées » ? La réalité de la guerre est brutale partout, alors pourquoi les médias adoptent-ils des approches aussi considérablement différentes?

C'est triste à dire, mais le problème est beaucoup plus profond. Israël fait face aujourd'hui à l'impact d'une propagande visant à le délégitimer. Cette semaine est décrétée comme "célébrant" la Semaine de l'Apartheid Israélien sur les campus universitaires partout dans le monde, durant laquelle on propage mensonges et calomnies qui encouragent l'incitation et la haine. Les médias sont un outil majeur de cette stratégie – quand ils n'en sont pas des complices volontaires. La manipulation de la rhétorique par des groupes de défense des droits de l'homme est trop souvent formatée dans les médias, et ainsi gravée dans le marbre de l'histoire. On affirme que des massacres ont été perpétrés dans des endroits où rien de tel n'a eu lieu ; les terroristes qui se fondent dans la population civile restent cachés au regard public.

Ces mythes sont largement répandus dans la blogosphère, par des groupes sur Facebook, des fils d'information sur Twitter, et d'innombrables vidéos sur YouTube, qui constituent les fondations d'un pogrom numérique contre le narratif juif, qui utilise des médias associatifs et des réseaux en ligne pour parvenir à ce que la diabolisation d'Israël fasse partie intégrante du discours dominant.

D'où le but même de la campagne de Masbirim : développer les canaux de communication. Triompher de l'approche, souvent unilatérale, des médias traditionnels. Répondre à ceux qui cherchent à réduire au silence la version israélienne des événements par des boycotts et des mandats d'arrêt. Pour contrer les allégations de ceux qui accusent faussement Israël d'enfreindre le droit international.

Prenant la parole au cours d'une rencontre à Jérusalem, la semaine dernière, David Horovitz, le Rédacteur en chef du Jerusalem Post, a fait observer que les deux domaines dans lesquels la question du boycott a été le plus prédominante sont le journalisme et le milieu universitaire – les deux canaux les plus vitaux de la communication et du savoir.

Même les journalistes les plus chevronnés sont maintenant l'objet d'attaques parce qu'ils partagent l'existence quotidienne d'Israël, ou même du simple fait qu'ils sont Juifs ; le harcèlement dont est victime Ethan Bronner, le directeur du Bureau du New York Times en Israël, est le cas le plus emblématique, mais non le seul, de ces incidents.

Cet isolement et cette diabolisation d'Israël, traité comme un état paria ou un hors-la-loi international, reflètent un effort concerté d'ostraciser l'Etat juif pour avoir dépassé les limites. De même que les échos du passé colorent les ombres sinistres de l'avenir, nous assistons à une tentative de relégation du peuple juif dans un ghetto "virtuel", de nettoyage ethnique du narratif juif expulsé du légitime débat international sur le Moyen-Orient.

Ce processus de délégitimation est un affront à la liberté d'expression et à la liberté de la presse, qui sont des droits fondamentaux dans une démocratie.

Le sionisme lui-même a été conçu par un journaliste [2] qui avait regardé le monde autour de lui et compris que, sans une nouvelle réalité, les Juifs ne seraient plus en mesure d'élever la voix.

Aujourd'hui, Israël a une presse libre ; le gouvernement accrédite des médias étrangers et leur fournit des services, même à ceux qui choisissent de faire leurs reportages de la manière la plus partiale et la plus tendancieuse. Il y a, bien sûr, des journalistes qui accomplissent leur tâche de manière pleinement professionnelle. Ils prennent dûment en considération tant le point de vue israélien que le palestinien, et informent leur public en conséquence.

Toutefois, s'il y a des gens dans les médias qui estiment être perçus comme simplistes ou transmettant une information erronée, je les invite à voir les choses sous un autre angle ; peut-être Israël, ainsi que leurs lecteurs, téléspectateurs et auditeurs, méritent-ils qu'on leur donne une image de la réalité, qui soit plus exacte et plus conforme au contexte.

Sinon, la profession historiquement la plus éclairée risque de contribuer à la résurgence de la haine la plus obscurantiste de l'espèce humaine.

 

Daniel Seaman *


© The Jerusalem Post


* L'auteur est directeur du service de presse de gouvernement.


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Notes du traducteur


[1] Voir "
Israel's PR ministry takes swipe at foreign media" [Le ministre en charge des Relations publiques d'Israël, administre un soufflet aux médias étrangers], sur le site de Reuters.

[2] Il s'agit, bien sûr, de Theodore Herzl.


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© The Jerusalem Post

 

Mis en ligne le 6 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org