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Iran

Volte-face américaine? [Les Etats-Unis semblent résignés à s'accommoder d'un Iran nucléaire] Asculai, Ephraim
09/03/2010


Article publié le 8 mars 2010

Titre original : A US Volte-Face ?
 
INSS Insight No. 166, March 8, 2010 

Traduction française : Objectif-info

Rédaction d'Objectif-info:

Nous sommes sans doute en train d'assister à l'une des capitulations les plus désastreuses de l'histoire de l'Occident. Les signes sont innombrables qui montrent que les Etats-Unis d'Obama sont en train d'accepter que l'Iran des mollahs et des milices se dote d'armes nucléaires et d'un dispositif balistique capable de menacer le Moyen-Orient et l'Europe. Ce basculement stratégique se déroule sous nos yeux, dans une certaine indifférence, alors qu'il constitue une victoire inouïe de la barbarie et qu'il brouille pour le monde toutes les perspectives d'un avenir rationnel, maîtrisé, centré sur la réponse aux défis immenses de l'alimentation, de l'eau, de la santé, rudement posés à l'humanité. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas, le régime sanguinaire de Téhéran n'ayant caché depuis près de quatre décennies aucun de ses projets, aucun aspect du genre de vie et des rapports sociaux qu'il entend instaurer.
Faisons l'hypothèse que l'administration américaine a abouti à la conclusion implicite que l'Iran se dotera inévitablement d'armes nucléaires, quelle que soit leur volonté et celle de la communauté internationale de l'en empêcher. Si cette éventualité se révélait conforme à la réalité, quelles en seraient les répercussions ? Quelle serait l'attitude de l'administration si cette conclusion devenait publique ? Comment ferait-elle pour réduire au minimum les dommages consécutifs à cette révélation, au plan intérieur et sur la scène internationale ?

Si cette conclusion était rendue publique, ses effets seraient à peu près semblables à une prise de conscience que l'Iran a effectivement réalisé son programme. Sans entrer dans les détails, les principaux problèmes seraient vraisemblablement les suivants : un accroissement des menaces pesant sur les Etats-Unis et leurs alliés dans les États du Moyen-Orient, ceux du Golfe en particulier ; les menaces et les tensions sur le marché du pétrole ; l'altération sérieuse du prestige et de la position stratégique des État-Unis ; le renforcement de la posture de la Russie et de la Chine dans l'arène internationale ; la menace aggravée de la Syrie et du Hezbollah envers Israël ; et enfin, un accroissement probable des activités terroristes dans le monde. Il est également possible que faute d'une gestion habile, l'acceptation de l'Iran nucléaire coûte son poste au président Obama, et leur majorité au Congrès aux Démocrates. Il est difficile d'identifier en regard les bénéfices à long terme que les USA tireraient d'une telle situation. Il n'empêche qu'à court terme, les Etats-Unis devront se demander comment s'y prendre pour calmer une situation qui pourrait facilement échapper à leur contrôle.

S'ils considèrent que l'Iran nucléaire est inévitable, les Etats-Unis devront agir prudemment sur plusieurs fronts pour éviter une augmentation sensible des tensions avec l'Iran. Ils seront contraints de faire croire qu'ils n'ont pas renoncé à s'opposer à l'Iran nucléaire; il faudra qu'ils donnent à leurs alliés l'assurance qu'ils ne permettront pas à l'Iran d'utiliser cette nouvelle source d'influence pour promouvoir ses ambitions dans la région de Golfe et au-delà. Ils devront également à décourager Israël de prendre des initiatives militaires contre les installations nucléaires de l'Iran, qui pourraient mettre le feu aux poudres. Globalement, on peut condenser tout cela en une formule : gagner du temps. Si l'hypothèse ci-dessus s'avère fondée, tout cela reflète une rencontre d'intérêts entre les Etats-Unis et l'Iran. Une fois la position de l'administration américaine rendue publique - ou perçue comme telle par tout le monde -, rien ne serait résolu mais l'explosion d'une crise serait reportée, ce qui est en soi un résultat. .

Gagner du temps n'est pas si simple en l'espèce dans la mesure où l'Iran conduit à pleine vapeur son programme d'enrichissement, sa recherche sur les techniques de l'explosion nucléaire (si ce n'est pas déjà fait), et le développement de son système de lanceurs, des missiles sol-sol de moyenne portée. Actuellement, le taux d'enrichissement n'est pas très élevé, mais la mise au point de nouveaux modèles de centrifugeuse à gaz pourrait modifier très rapidement ce paramètre. A l'exception de quelques états (la Russie et la Chine à leur tête), il y a aujourd'hui un large consensus pour considérer que le projet iranien vise à se doter d'une importante capacité de production d'armes nucléaires. Il n'est pas très important de savoir si la décision de mener à terme ce développement ait été prise dans la mesure où les délais nécessaires entre la prise de décision et l'accomplissement effectif de cette opération sont relativement brefs.

Ainsi, si les Etats-Unis se sont résignés à la réalité inévitable de l'Iran nucléaire, que va faire l'administration en place ? Elle devrait jouer le retardement, en particulier en favorisant l'adoption de résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU comportant des sanctions. Pour ne pas provoquer de crise, elle devra accepter que les sanctions incluses dans les résolutions soient allégées, mais en même temps n'appuiera pas des actions fortes venant d'alliés de "même sensibilité". Elle ne fera pas de déclarations vigoureuses condamnant le développement d'armes nucléaires par l'Iran et elle n'agira pas pour donner à ses alliés du Golfe l'assurance qu'ils sont protégés contre les actions hostiles de l'Iran. Elle s'efforcera de convaincre les plus puissants alliés de l'Iran (comme la Syrie) qu'ils feraient mieux de ne pas renforcer leur alliance actuelle et de se rapprocher de l'Occident. Elle entreprendrait aussi une puissante action diplomatique pour s'assurer qu'Israel ne prendra pas pour son propre chef l'initiative d'une attaque de l'Iran.

Mais n'est-ce pas exactement ce qui est en train de se produire? Toutes les dates limite ou les pseudo dates limites qui ont été posées depuis que M. Obama assume la présidence ont été franchies et se sont évanouies, sans la moindre explication. Il y a d'abord eu un report après les élections iraniennes, puis les négociations (infructueuses) du mois d'octobre. Si l'accord sur le transfert du combustible avait été réalisé, il n'aurait donné aux Etats-Unis qu'un répit illusoire d'une année au maximum. A la fin de 2009, la date limite d'un an pour un accord de suspension de l'enrichissement par l'Iran a été franchie. Plus récemment la secrétaire d'état Clinton a déclaré qu'il faudrait plusieurs mois pour résoudre la question des sanctions.

Et voila qu'on annonce que les sanctions ne seront pas aussi sévères qu'on l'avait cru, qu'elle ne viseront pas la banque centrale iranienne mais seulement les Gardes de la révolution, et qu'on fera tout pour épargner des difficultés au peuple de l'Iran, même si c'est ce qui pourrait provoquer un changement de régime. De fait, les États-unis n'ont pas soutenu activement le soulèvement populaire qui a suivi la révélation des fraudes dans les élections iraniennes. En outre, Newsweek a signalé que la nouvelle version de l'Évaluation nationale des services de renseignement (NIE ou National Intelligence Estimate) qui était censée corriger les erreurs de la précédente évaluation de 2007, ne serait pas présentée dans un proche avenir en raison de divergences de vues et de conflits d'interprétation entre les agences de renseignement. Même si un accord survenait entre elles, il n'est pas certain qu'une version déclassifiée soit publiée. Ce faisant, l'administration s'épargne l'obligation d'entreprendre sans délais une action d'envergure.

Les Etats-Unis sont en train d'accroître les capacités de défense aérienne de certains Etats du Golfe, ce qui constitue un autre signe impressionnant que les Etats-Unis acceptent l'inévitable. Il en est de même de l'incroyable ballet aérien en direction d'Israël de personnalités de l'administration pour le persuader pour ne pas attaquer l'Iran, certainement dans le contexte d'une plus vaste épure. Compte tenu de ce qui précède, les Etats-Unis doivent déployer de puissants efforts pour persuader leurs interlocuteurs que l'hypothèse selon laquelle ils sont prêts à accepter un Iran nucléaire est fausse, même s'ils ne l'avouent pas immédiatement.

Les États-unis sont aujourd'hui la seule puissance internationale qui pourrait, si elle le voulait, empêcher l'Iran de se donner les moyens de devenir un état nucléaire. Si, comme on peut le penser, ils ne vont pas agir dans cette direction, les pays qui pourraient être affectés par cette orientation devront réévaluer la situation et fixer les options qui leur conviendront pour l'avenir.