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Éditorialistes

L'effeuillage [après l'échec de la 'majorité' aux élections régionales en France] Gabriel Lévy
15/03/2010


15 mars 2010

 

L'échec de la majorité, si ce terme est encore exact ce matin, est dû en partie au désamour, ou à la détestation, que le président de la république inspire depuis peu. Il a perdu une partie de sa tunique droite. Quant à sa tunique gauche, imprimée de larges motifs verts, et qui était destinée à consacrer l'élégance de l'habit, elle n'est plus qu'une pochette défraîchie. En définitive, il est presque nu !

Désamour ou détestation sont-ils mérités ? Comme toujours la coupe est à moitié pleine ou à moitié vide. Nul ne peut nier sa détermination à réveiller notre pays, mais comme Voltaire le disait de Diderot : « c'est un four trop chaud qui grille tout ce qu'il doit cuire ».

Un immense espoir était né en 2007, de nombreuses réformes étaient promises, et, en effet, - tâche difficile - quelques-unes d'entre elles ont été faites. Mais la mise en œuvre de ces  réformes s'est déroulée dans la bravade, pour finir souvent dans la reculade. Il reste, cependant, quelques réformes fondamentales, abouties ou inachevées, dont le pays avait besoin : celle de la constitution qui accorde plus de pouvoirs aux parlementaires, celle de l'université qui acquiert son autonomie, celle des collectivités territoriales, censée éviter leur empilement, celle de la fiscalité, qui interdit une contribution supérieure à la moitié de la somme gagnée.

Toutefois, la création de 21 taxes, précaution sémantique pour qualifier de nouveaux impôts, était la dernière chose que les électeurs pouvaient supporter quand leurs dirigeants dépensaient sans compter. Tels étaient le cas des voyages et des dépenses de prestige, des cadeaux en tout genre à chacun des déplacements à l'étranger, le choix paraissant définitivement fait entre deux postures : le « comme c'est grand, comme c'est généreux, la France », de Charles De Gaulle (Alger, 4 juin 1958), et la «  Corrèze avant le Zambèze », de Raymond Cartier (1956). 

Après trois ans d'exercice du pouvoir, les échecs sont jugés sans indulgence, quand le but poursuivi était très secondaire et le style trop flamboyant :

·         foucade, la création d'une Union Pour la Méditerranée, onéreuse dès sa création, avant même la moindre réalisation ;

·         artifice, l'adoption du traité de Lisbonne, contre l'avis de la majorité de Français ;

·         gabegie, la conséquence de ce traité qui multiplie le nombre des organes de décision et le nombre des fonctionnaires ;

·         erreur, l'extension de l'Europe à des pays aux économies fragiles ;

·         indécence, à prétendre refuser l'adhésion de la Turquie tout en la subventionnant pour lui permettre d'acquérir les moyens de satisfaire aux critères de l'adhésion ;

·         incohérence, l'élaboration des plans pour l'industrie française et sa pénalisation par une taxe carbone ;

·         suffisance, l'insistance à vouloir imposer nos vues à la Chine et aux Etats-Unis au sujet d'une responsabilité hypothétique de l'homme dans le réchauffement incertain de la planète ;

·         injure, au bon sens ainsi qu'à la morale politique, l'invitation des électeurs à « sortir  les socialistes » de la gestion des régions alors qu'ils ont été recrutés, nombreux, pour des postes ministériels importants ;

·         renoncement, l'application insidieuse d'une économie administrée par un état de plus en plus interventionniste.

L'erreur ? L'hyper-présidence, avatar de notre constitution qui incite au « subjectivisme » (1).

 

La solution ? Si les Français veulent maintenir un système présidentiel, il faudra réaliser, comme aux Etats-Unis,  une séparation effective des pouvoirs exécutif et législatif. Cette séparation permettra aux députés - qui n'ont pas moins de légitimité que le président de la république, puisqu'ils sont élus comme lui au suffrage uninominal à deux tours -  de ne pas s'effacer devant la fonction présidentielle.

 

Il est probable que le partage du pouvoir aurait évité ces erreurs. L'alternative de la fonction parlementaire ne doit pas être réduite à deux termes : godillot ou grognard.

 

© Gabriel Lévy

 

 

1. « Subjectivisme, terme utilisé par les Brejnéviens pour flétrir les caprices légendaires de Khrouchtchev quand ils le renversèrent ».


Mis en ligne le 15 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org