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Le jour où Catherine Ashton franchit le mur du çon, ou : pourquoi l'Union européenne n'aura pas de politique internationale, Jean-Pierre Bensimon
15/03/2010


15/03/10

Sur le site Objectif-Info, 14 mars 2010


Catherine Ashton n'est pas n'importe qui. Membre du parti travailliste anglais, elle s'est illustrée depuis longtemps dans les causes de la gauche européenne, en particulier celle du désarmement nucléaire. Cette militante, qui n'a jamais été élue, a connu sous l'aile de Tony Blair une rapide envolée de sa carrière. Nommée pair à vie, elle a été reconnue comme le leader de son parti à la Chambre des Lords. Et voilà que Gordon Brown lui a permis d'être nommée au poste enviable de Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Elle est censée représenter l'Union européenne et donner consistance à une arlésienne - la politique internationale du vieux continent.

Avant de prendre dimanche la route du Proche-Orient (elle doit prononcer un discours-programme au Caire), Catherine Ashton a lancé de fortes paroles, exclusivement des accusations et des injonctions adressées à Israël.

En voici quelques-unes :

« Nous avons besoin d'un règlement de paix négocié et il faut qu'il aboutisse rapidement, tout de suite. »

Parlant de Netanyahou, elle a ajouté :

« il est dans une position unique, il a une bonne cote en Israël et, ce qui n'est pas toujours le cas, il y a eu un mois de calme relatif… La possibilité d'un calme à long terme et la prospérité… cela ne peut être obtenu qu'à condition d'arriver à un règlement... Aujourd'hui, il n'est pas trop tard mais si on attend encore plus de deux ans, il sera trop tard… Ma visite est le signe de l'importance que l'Union européenne attache à des relations étendues, en profondeur, avec nos partenaires méditerranéens et le monde arabe. »

Résumons. Mme Ashton veut des négociations israélo-palestiniennes maintenant, sans délai. Et à qui adresse-t-elle cette demande - qui est une accusation sans voile ? A Netanyahou, c'est-à-dire à Israël. Or, dès sa prise de fonctions il y a 11 mois environ, Netanyahou a proposé une reprise immédiate des pourparlers. Les Palestiniens n'ont manifesté aucun empressement.

C'est alors que se déploya la première version de la politique d'Obama envers le monde arabe, qui se traduisit par un flot d'exigences humiliantes pour Israël, et au premier chef, le gel immédiat et total de la « colonisation » en Cisjordanie et à Jérusalem-est.

Voyant cela, Mahmoud Abbas et les siens conclurent très logiquement qu'ils n'avaient qu'à se croiser les bras et laisser l'Amérique faire plier Israël pour leur compte.

Désireux d'épargner autant que possible une dégradation des relations israélo-américaines, Netanyahou fit alors deux concessions majeures. Il donna son accord pour la création d'un Etat palestinien (ce qui n'était pas dans son programme) et un gel temporaire des constructions dans les implantations de Cisjordanie, mais pas à Jérusalem, la ville devant rester la capitale unifiée d'Israël.

L'administration américaine accueillit favorablement ces concessions, jugeant que les condition d'une reprise des négociations étaient réunies. Elle se heurta alors au refus de Mahmoud Abbas qui, entre temps, avait augmenté la liste de ses exigences : gel total des constructions, accord préalable pour une partition de Jérusalem, préalable des frontières de 1967, etc. Nous étions à la fin d'octobre 2009. Depuis, près de cinq mois se sont écoulés, et les Palestiniens campent fermement sur leur position de refus de négocier, sans tout à fait rejeter l'hypothèse fragile d'entretiens indirects, arrachée par l'envoyé d'Obama, Georges Mitchell.

Et au lieu de mettre en cause Mahmoud Abbas ou la mascotte de l'Occident, Salam Fayyad, Mme Ashton met en cause Israël et Netanyahou, qui sont prêts à commencer dès demain des négociations directes !

Comment expliquer cette inversion totale de la réalité, du vrai et du faux ? Mme Ashton est-elle totalement ignorante du conflit proche-oriental ? Elle l'est, assurément, jusqu'à un certain point. Son épreuve de compétence devant le parlement européen a été désastreuse et elle n'a jamais travaillé sur les problèmes internationaux. Mais elle n'est pas seule. Ses déclarations ont été soigneusement préparées par son état-major et elles reflètent la politique de la majorité des états-membres de l'Union consistant à battre Israël comme plâtre dans l'espoir d'obtenir les faveurs arabes.

En tout état de cause, Mme Ashton a accusé Israël de ne pas faire ce à quoi Israël essaie vainement d'aboutir depuis des mois, laissant entendre que les Palestiniens sont privés de pourparlers du fait de ceux qui les réclament sans succès. Elle attribue à Israël un refus calculé, alors que celui-ci est le fait exclusif des Palestiniens. L'Etat juif se trouve un peu dans la situation des Juifs allemands à l'époque nazie. Ils étaient accusés de vouloir la guerre. Alors que c'étaient justement leurs accusateurs qui voulaient la guerre.

Le renversement des attitudes des Israéliens et des Palestiniens ne se cantonne pas aux négociations. Ashton et l'Union européenne font aussi dépendre la création d'un Etat palestinien de la volonté exclusive des Israéliens : les Palestiniens, eux, désirent un état pour réaliser leurs aspirations nationales. S'ils ne l'ont toujours pas, c'est parce qu'Israël le leur interdit, ouvertement ou en catimini.

Or, il ne faut pas être grand clerc ni grand historien pour savoir que tout au long d'une histoire presque centenaire, les Palestiniens [plutôt : les Arabes de Palestine. (Note de debriefing.org)] ont obstinément refusé la création d'un Etat palestinien, assortie de la pérennité d'Israël. Les refus palestiniens les plus récents sont ceux de Camp David en juillet 2000, de Taba au début 2001, et celui opposé par Abbas à Olmert en 2008.

En juin 2009, Saëb Erekat, le responsable palestinien des négociations, affirmait :

« Il y a eu une érosion régulière des positions israéliennes au cours des années, au point qu'ils ont récemment offert aux Palestiniens 100% du territoire ; les Palestiniens n'ont donc aucune raison de se précipiter pour accepter les offres d'Israël. » (Memri, 13 juillet 2009).

Rien n'illustre mieux que cette déclaration la volonté palestinienne d'un  refus des négociations, et a fortiori d'un accord.

Presque au même moment, Abbas Zaki, l'ambassadeur de l'OLP au Liban, un des grands notables et penseurs de l'OLP, précisait encore le point de vue palestinien :

« A mon avis, avec la solution des deux États, Israël s'effondrera, parce que, si on le chasse de Jérusalem, qu'en sera-t-il de tous les discours sur la Terre Promise et le Peuple élu ? A quoi auront servi tous les sacrifices qu'ils ont faits ? Seulement à être contraints de partir ? Ils considèrent que Jérusalem a un statut spirituel. Les Juifs considèrent que la Judée et la Samarie sont partie intégrante de leur rêve historique. Si les Juifs quittent ces endroits-là, l'idée sioniste commencera à s'effriter. Elle régressera d'elle-même. Alors nous irons de l'avant. » Déclaration télévisée du 7 mai 2009 (http://www.memritv.org/clip_transcript/en/2109.htm).

Que signifie « nous irons de l'avant », si ce n'est liquider Israël ?

Mme Ashton, son équipe d'experts, et l'Union européenne dans son ensemble, ne sont ni sourds ni mal informés. Ils savent tout cela, ils savent que les Palestiniens, en tout cas ceux qui les représentent, ne veulent ni négociation ni paix. Ils savent parfaitement que ce que recherchent les Palestiniens, toutes obédiences confondues, c'est la fin d'un pouvoir non islamique dans ce qu'ils estiment être une terre d'islam - la fin de l'Etat juif.

Mais les Européens croient que leur influence auprès des Arabes dépend du degré d'obséquiosité qu'ils sauront manifester, et que, pour flatter les Arabes, il faut accabler Israël.

Malheureusement l'influence dans les affaires internationales n'a jamais été acquise par la flatterie et la simple bassesse. Elle repose sur la force de l'acteur, sur la cohérence de sa vision et sa capacité à faire valoir des solutions réalistes. Elle repose aussi sur l'identification des vrais enjeux. Or, aujourd'hui, pour les Etats arabes comme pour Israël, le problème c'est l'Iran nucléaire. Et ils ont besoin d'Israël pour traiter cette menace. L'Union européenne frappe la mauvaise cible au mauvais moment. Sur cette lancée, qu'il s'agisse de la force, de la cohérence et de l'unité, qu'il s'agisse du diagnostic et des solutions, l'Union européenne demeurera un non-acteur, une impuissance, et Mme Ashton est l'incarnation de cette impuissance.

Cette semaine, on va l'entendre tonner et accuser, puis, sa parole s'assourdira. Le rapport des forces se noue, pour l'essentiel, en dehors de l'Union européenne et de son « Haut représentant ».

Qu'ils gesticulent l'une et l'autre si ça leur chante !

 

Jean-Pierre Bensimon


© Objectif-Info


Mis en ligne le 15 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org