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Israël (Société - mentalités)
Israël (défense - apologie d')

Obama a-t-il évoqué le spectre de Titus pour se conduire comme il le fait à l'égard d'Israël ?
17/03/2010


17/03/10

 

On peut lire, dans le traité Gittin du Talmud de Babylone (56b), la légende suivante (1):

 

Onkelos, le fils de Klonikos, neveu de Titus par sa soeur, voulut se convertir. Recourant à la magie, il fit remonter Titus du séjour des morts. S'ensuivit ce dialogue :

 

- Qui a la célébrité dans ce monde-là ?

- Israël.

- Faut-il s'attacher à ce peuple ?

- Leurs obligations sont trop nombreuses, tu ne pourrais pas les pratiquer. Fais-leur la guerre (2) dans ce monde-ci et tu auras le pouvoir, car il est écrit: "Ses oppresseurs sont en tête, ses ennemis sont en paix" (Lm 1, 5). Quiconque tourmente Israël aura le pouvoir.

A l'évidence, le président américain Obama n'est pas un spécialiste de la tradition rabbinique et n'a certainement jamais lu ce passage…

Pas plus d'ailleurs qu'il n'a dialogué avec Titus, le destructeur romain de Jérusalem.


Alors, me direz-vous sans doute, où voulez-vous en venir ? 

A ceci. Quand on a la foi juive, on perçoit le caractère prophétique non seulement de l'Ecriture sainte, mais aussi de certains dires, faits et gestes des anciens rabbins. Aussi, en dehors de l'actualisation que j'en fais ici pour appliquer ce récit prémonitoire à Obama, il faudra bien que quelqu'un de plus savant que moi nous explique comment les Sages du début de notre ère ont pu avoir une idée, dont l'histoire subséquente des tribulations du peuple juif a amplement prouvé la pertinence.

Parmi les explications du sort amer de cette petite nation méprisée (3) - dont la seule existence empêche le monde de dormir -, il en est une, si négligée qu'il n'y a guère que des électrons libres de mon acabit pour la prendre au sérieux, et c'est la suivante.

Même un survol superficiel des expulsions, des persécutions et des calomnies insensées dont les juifs ont été victimes, au fil des siècles, révèle à qui sait lire et comprendre que, depuis les potentats chrétiens qui, en leur qualité de défenseurs de la foi, eurent à honneur de diffamer, rançonner, brûler (avec ses livres saints) ce peuple impuissant, en passant par les brutes nazies qui s'enorgueillissaient de massacrer les vieillards, les femmes et les enfants d'Israël, jusqu'aux intellectuels, aux écrivains en vogue, aux artistes sans talent, aux politiciens en mal de clientèle spécifique, et aux cohortes innombrables de minus habens d'aujourd'hui, tous ont le même exutoire : LE JUIF.

Casser du Juif a deux avantages considérables : l'impunité et la considération à bon compte. C'est ainsi que, depuis l'aube du monde, des brutes se sont fait une réputation de force en s'en prenant aux plus faibles et aux moins considérés, à celles et ceux que le monde méprise, parce qu'ils ne représentent rien.

 

Ceci étant dit, je n'aurai garde d'éluder un élément essentiel. Les Juifs d'aujourd'hui ne sont plus "massacrables" à merci. Ils ont un Etat : Israël. Et si petit qu'il soit, il fait peur. Si, si.

 

La haine irrationnelle du Juif traditionnel s'est muée en une obsession, aussi craintive que paranoïde, à l'égard du même peuple qui, pensent ses ennemis irréductibles, a eu beau changer de costume, se créer une identité nationale en usurpant une terre arabe aux dépens de ses autochtones, mais est toujours le même ramassis misérable d'individus cruels et indignes, dont les fiers et braves Arabo-musulmans viendront à bout, tôt ou tard, car Allah est avec eux. Mais ils seront confondus (Isaïe 66, 5)


Quant aux nations occidentales (au sens large, c'est-à-dire non arabo-musulmanes), à l'instar des Anglais d'après la Déclaration Balfour, qui, ayant senti l'odeur prometteuse du pétrole, ont tourné casaque et pactisé avec les Arabes, il est clair que leurs gouvernants ont déjà fait leur choix. Ils se sont convaincus qu'au moins à court ou moyen terme, on ne peut venir à bout de l'hostilité arabe irrédentiste envers Israël. On ne peut soutenir Israël, si justes que soient ses exigences minimales, sans devenir l'ennemi des Arabes. L'Etat juif est devenu un ami indésirable, au point que désormais, un président américain veut s'en débarrasser à bon compte.

 

Titus, réjouis-toi : tu les as rendus fous !

 

© Menahem Macina

 

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(1) J'ai traduit de manière large, à la limite de la paraphrase, pour rendre clair le propos. Les lecteurs hébraïsants peuvent consulter le texte original (Voir également la traduction française de Mme A. Elkaïm-Sartre, dans ‘Ain Ya'aqov, Verdier 1982, p. 715.)

 

תלמוד בבלי מסכת גיטין דף נו עמוד ב

 

 אונקלוס בר קלוניקוס בר אחתיה דטיטוס הוה, בעי לאיגיורי, אזל אסקיה לטיטוס בנגידא, אמר ליה: מאן חשיב בההוא עלמא? אמר ליה: ישראל. מהו לאידבוקי בהו? אמר ליה: מילייהו נפישין ולא מצית לקיומינהו, זיל איגרי בהו בההוא עלמא והוית רישא, דכתיב: +איכה א'+ היו צריה לראש וגו', כל המיצר לישראל נעשה ראש.

 

(2) Merci à Nicolas Baguelin de m'avoir aidé à préciser le sens de la forme verbale איגרי, qui m'était inconnu.

 

(3) Je fais allusion au titre du magnifique ouvrage de Juda Hallevi (dont je ne saurais trop recommander la lecture), Le Kusari. Apologie de la religion méprisée, Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes de Sciences Religieuses, vol. 100, Peeters, Louvain-Paris, 1994.

 

© Debriefing

 

Mis en ligne le 17 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org