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Iran

Israël, les Etats-Unis et l'option militaire contre l'Iran, Shalom Zaki et Jonathan Schachter
18/03/2010



18/03/10

[Israël semble prêt à intervenir contre l'Iran, seul s'il le faut (Objectif-Info).]

INSS Insight, n° 169, 18 mars 2010


Texte anglais original : "Israel, the United States, and the Military Option against Iran"

 

Titre original : Israel, the United States, and the Military Option against Iran (Israël, les États-Unis, et l'option militaire contre l'Iran)

 

Traduction française : Objectif-info

 

Dans un discours prononcé à l'Institut de Politique du Proche-Orient, de Washington (Washington Institute for Near East Policy), le ministre de la Défense, Ehud Barak, s'est longuement étendu sur l'Iran, sur ses tentatives d'accéder à des capacités nucléaires, et des conséquences politiques qui en découleraient pour les grandes puissances et pour Israël. En dépit de l'opacité relative de son propos, Barak a fait des déclarations qui présentent un intérêt indiscutable. Il a procédé à une évaluation de la situation qui fait consensus en Israël sur les objectifs nucléaires de l'Iran, donnant des indications sur l'écart entre les points de vue d'Israël et ceux de l'Administration américaine et les conséquences de cet écart dans l'optique d'Israël. En voici les points les plus importants.

a. l'Iran est une menace pour Israël mais aussi pour la communauté internationale tout entière. Il est difficile d'imaginer un ordre du monde stable avec un Iran nucléaire. L'Iran tente « de défier, de tromper, et de dissuader » le monde entier  à propos de ses ambitions nucléaires et il cherche à gagner du temps pour parvenir à se doter d'un potentiel nucléaire militaire.

b. L'objectif de l'Iran n'est pas simplement l'aboutissement de l'équivalent d'un "Projet Manhattan" pour un engin militaire sommaire. Son but est de sauter directement « à la seconde génération ou à la seconde et demie » avec des ogives nucléaires adaptables à des missiles sol-sol dont la portée couvrirait Israël mais aussi Paris et Moscou.

c. Un Iran nucléaire signifiera la disparition du régime international de non-prolifération. L'Arabie Saoudite et peut-être un ou deux autres Etats de la région se sentiront à leur tour contraints d'acquérir des capacités nucléaires propres. Ultérieurement, on pourrait voir des dictatures de troisième ordre faire de même.

d. Le modèle iranien ressemblera davantage à celui du Pakistan qu'à celui de la Corée du Nord. Cela signifie que l'Iran tentera presque certainement d'acquérir un armement nucléaire conséquent, avec des ogives nombreuses et une capacité de lancement contre des cibles distantes, plutôt qu'une seule fusée pour impressionner.

e. Ces circonstances nécessitent l'adoption d'une politique claire vis-à-vis de l'Iran, avant qu'il parvienne à mettre en œuvre son programme nucléaire. Une telle politique doit être « intense, concrète et convaincante ».

f. Il y a une réelle tentative de mettre en place des sanctions contre l'Iran. La sévérité de ces sanctions - qui vont de « ciblées », « douloureuses », « écrasantes », à «paralysantes » - n'est pas claire. Israël donne sa préférence à l'option la plus sévère.

g. Israël ne se dérobera pas à ses responsabilités, il n'entrera pas dans un cycle d'aveuglement volontaire et il ne fermera pas les yeux sur ce qui se passe juste devant lui. Par conséquent, il recommande de n'écarter de l'ordre du jour aucune option – en ce compris l'option militaire.

Les déclarations de Barak suggèrent qu'il y a un écart entre les analyses américaines et israéliennes sur les activités nucléaires de l'Iran, sur leur signification, et sur la sévérité de l'attitude nécessaire Selon les propos de Barak, les États-Unis peuvent, semble-t-il, vivre avec un Iran nucléaire, en dépit de ses déclarations qui prétendent le contraire. En revanche, Israël ne peut pas accepter cette éventualité. En tout état de cause, Israël doit donner la priorité à ses intérêts existentiels propres, au point, s'il le faut, de ne pas coordonner toutes ses actions avec l'Administration américaine.

Barak et d'autres personnalités israéliennes gouvernementales de premier plan ont vraisemblablement déjà envoyé des messages similaires, si ce n'est plus clairs, aux importants responsables de l'Administration américaine. Il en est résulté, à l'évidence, qu'Israël a réussi à convaincre l'Administration que sa menace d'une action autonome contre l'Iran est crédible. Si c'est le cas, c'est le signe d'une détermination stratégique israélienne impressionnante. Cela implique d'abord que l'Administration américaine considère qu'Israël a des capacités militaires suffisantes pour constituer une véritable menace pour le projet nucléaire de l'Iran, et, en second lieu, qu'il a la détermination requise pour mettre en œuvre cette option. Cela signifie que les menaces d'Israël d'attaquer l'Iran ne relèvent pas seulement d'une tactique du type « retenez-moi » pour forcer l'administration à prendre des mesures agressives contre ce pays ; et qu'en fait, il faut accorder aux menaces d'Israël un degré élevé de crédibilité.

Cette analyse explique les visites régulières de responsables de premier plan de l'Administration américaine en Israël ces derniers mois :

a. Le directeur de la CIA, Léon Panetta, s'est rendu en Israël en mai 2009, puis à nouveau, en janvier 2010.

b. Le président du Conseil des chefs d'Etat-major Michael Mullen, s'est rendu en Israël trois fois depuis qu'il a été nommé à ce poste, et dernièrement ce mois-ci, au plus fort de l'importante offensive terrestre en Afghanistan.

c. Le conseiller à la sécurité nationale du président Obama, Jim Jones, est venu en Israël en juillet 2009 et en janvier 2010.

d. Le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat, le sénateur John Kerry, s'est rendu en Israël en février 2010. Il a évoqué explicitement l'intention de l'Administration d'empêcher une attaque israélienne contre l'Iran.

e. Pour le même motif, le vice-Président Joe Biden est venu en Israël début mars 2010.

Ces rencontres de dirigeants américains en Israël s'ajoutent à d'autres rencontres avec des responsables israéliens de premier plan aux États-Unis, comme le chef d'Etat-major, Gabi Ashkenazi.

En même temps, la donne stratégique créée par Israël a suscité de grandes attentes d'une action militaire contre l'Iran. S'il s'avère, comme c'est probable, que les efforts pour arrêter l'activité nucléaire de l'Iran échouent, Israël pourra difficilement éviter d'agir. En l'absence de circonstances particulières, si Israël ne mettait pas à exécution ses menaces contre l'Iran, il s'exposerait à un affaiblissement de la crédibilité de la nation et de sa force de dissuasion.


Shalom Zaki et Jonathan Schachter,

Université Bar Ilan (Israël)


© INSS Insight

 

Mis en ligne le 18 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org