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La synagogue du Rambam au Caire, ou l'occasion perdue, Michèle Mazel
19/03/2010

 

19/03/10

L''Egypte et Israël, ennemis naguère et aujourd'hui liés par une paix fragile, ont manqué, en ce début de mars, une rencontre avec l'histoire. Depuis quatre mille ans que de difficiles relations existent entre ces deux pays et ces deux peuples voisins, quelques grandes figures ont émergé qui sont révérées par les uns comme par les autres. Moise est considéré comme un égyptien sur les bords du Nil et son effigie fait face à celle de Joseph dans le musée de cire de Helwan. Il en est de même pour Moise Ben Maimon, le Rambam, le grand philosophe qui fut aussi médecin de Saladin. Après sa mort, Juifs et Arabes ont attribué des vertus miraculeuses à sa Yeshiva, l'école où il s'adressait à ses disciples. Ce petit édifice au coeur de ce qui était le quartier juif du Caire, le Haret el Yehud attirait les malades de toutes les communautés qui venaient y chercher la guérison. Mais les Juifs ont été chassés de ce quartier comme du reste de l'Egypte, et la vénérable Yeshiva a souffert des ravages du temps et de la montée des eaux d'une nappe souterraine. La synagogue adjacente s'est écroulée lors d'un tremblement de terre. Seuls de rares visiteurs étaient autorisés à venir se recueillir en ce lieu. C'est alors que le ministre égyptien de la culture, qui briguait la direction de l'Unesco, a annoncé sa volonté de restaurer des monuments juifs. Il y eut d'abord la grande synagogue du Caire, Shaar Hashamaim, dont le centenaire fut célébré avec faste fin 2007, puis vint le tour de la Yeshiva et de la synagogue. Un admirable travail de reconstruction aboutit à des résultats spectaculaires et tout était prêt pour la réouverture de ce lieu de mémoire. La présidente de la petite, toute petite, communauté juive du Caire commença à lancer les invitations. De partout les réponses fusèrent, positives. De France, d'Angleterre, des Etats Unis, des Juifs qui avaient été forcés de quitter l'Egypte près d'un demi-siècle plus tôt avec pour seule richesse le vêtement qu'ils portaient annonçaient leur venue. Un groupe de rabbins appartenant à la mouvance Chabad, qui fait du Rambam la clé de son enseignement religieux [*] se décida à faire lui aussi le voyage. Et puis, brutalement, vint l'annonce du gouvernement égyptien. Que les Juifs fêtent entre eux et dans la discrétion : les Egyptiens quant à eux inaugureraient l'endroit en grande pompe une semaine plus tard – sans eux. Deux dates furent donc fixées : le dimanche 7 mars, pour les Juifs et le suivant pour les Egyptiens… On se demande quel personnage au sein du gouvernement de l'Egypte a pu prendre une décision aussi invraisemblable que choquante. Nous y reviendrons. Le jour venu, des petits groupes de gens plus très jeunes ont pris le chemin de la synagogue. Dans ce pauvre quartier où aucune rue n'est asphaltée, les autorités avaient pris soin de goudronner la veille une unique ruelle, la seule par laquelle les visiteurs étaient autorisés à passer. Les riverains avaient été priés de rester chez eux et de fermer portes et fenêtres, pour éviter tout contact ; à chaque rencontre avec une autre allée, des bâches de tissu bariolé avaient été tendues pour en barrer l'accès. C'est en pure perte que journalistes égyptiens et étrangers voulurent entrer au temple : les uns et les autres furent vigoureusement refoulés par les forces de l'ordre, dont le nombre dépassait celui des participants. La consigne était stricte : l'événement devait se passer sans publicité aucune. Il y a vingt ans, dix ans peut-être, c'eût été possible. A l'heure du blackberry et des téléphones intelligents, la bataille était perdue d'avance, d'autant que les rabbins étaient venus avec une caméra de télévision pour commémorer ce qui, pour eux, était une occasion historique. Le soir même, on pouvait voir sur CNN et sur la deuxième chaîne de la télévision israélienne les images d'une cérémonie, toute simple mais profondément émouvante, en présence de l'ambassadeur d'Israël, Itzhak Lebanon, et de Margaret Scobey, ambassadeur des Etats-Unis ; le lendemain, la presse égyptienne s'en faisait écho, les journaux d'opposition en particulier. Il y avait ceux qui protestaient contre l'usage de fonds publics pour restaurer un site juif, et ceux, non moins nombreux, qui s'indignaient de la présence de l'ambassadeur d'Israël dans un haut lieu musulman. Tous s'accordaient à évoquer les festivités prévues pour la semaine suivante.

Au bout de quelques jours, les officiels égyptiens ont enfin compris ce que de telles festivités auraient de grotesque sans les Juifs. Mais comment annoncer leur annulation sans perdre la face ? En blâmant Israël et les Juifs évidemment. Un communiqué très officiel expliqua donc que la célébration prévue n'aurait pas lieu, et ce pour deux raisons. D'une part, on ne pouvait fêter la rénovation d'une synagogue alors que les Israéliens portaient atteinte à la liberté du culte des musulmans dans les territoires occupés ; de l'autre le spectacle des vénérables rabbins buvant de l'alcool durant la cérémonie avait profondément choqué les Egyptiens. En ce qui concerne le premier argument, s'agissant d'une inauguration purement égyptienne sans le moindre Juif ou Israélien, on ne voit pas très bien le rapport. Pour le second, les Juifs ont bien le droit de se conduire comme ils l'entendent à l'intérieur de leurs temples.

La restauration et la rénovation de ces deux sanctuaires, si chargés de signification pour le peuple juif, auraient pu, auraient dû être l'occasion d'une rencontre fraternelle avec le peuple égyptien au sein duquel Moïse Maimonide a vécu. Cela, le régime ne l'a pas voulu. C'est bien dommage.

© Michèle Mazel *


* L'auteure est l'épouse de Zvi Mazel, ancien ambassadeur d'Israël au Caire.

L'article a été aimablement transmis par M. Grinberg par l'intermédiaire de D.E. G.


Note

[*]
Selon D.E. G., l'affirmation selon laquelle « la mouvance Chabad, fait du Rambam la clé de son enseignement religieux », est erronée.

Mis en ligne le 19 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org