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Iran

Obama restera dans l'histoire comme celui qui a permis un Iran nucléarisé, Alan M. Dershowitz
24/03/2010



24/03/10
The Wall Street Journal, 23 mars 2010 Article mis en ligne sur le site Objectif-Info.

Texte original anglais : Obama's Legacy and the Iranian Bomb

 

Traduction française : D.E. G.


Un Iran nucléaire constitue la menace la plus grave pesant sur le monde d'aujourd'hui. Parmi toutes les nations capables de produire des armes nucléaires, l'Iran est la seule qui pourrait bien les utiliser effectivement contre ses ennemis.

Et ce dans différents scénarios.

D'abord en envoyant une bombe atomique sur Israël, comme la menace en a été faite à ses dirigeants, à maintes reprises. L'ancien président, Hashemi Rafsandjani, notait avec jubilation en 2004 qu'une attaque iranienne tuerait au moins 5 millions de Juifs. Il estimait par ailleurs que même si Israël ripostait avec son arsenal nucléaire, l'Iran perdrait probablement 15 millions de ses citoyens, ce qui serait pour lui « un petit sacrifice » consenti en faveur du milliard de musulmans dans le monde.

La seconde hypothèse d'utilisation de l'arme nucléaire par l'Iran consisterait à la transmettre à ses auxiliaires, le Hezbollah ou le Hamas.

En troisième lieu, on peut imaginer qu'un groupe terroriste comme Al Qaïda se retrouve en possession de matériel nucléaire iranien. Cela pourrait arriver avec le consentement de l'Iran ou par le biais d'une collaboration avec des éléments incontrôlés au sein du régime iranien.

Enfin, l'Iran pourrait utiliser ses armes nucléaires sans jamais faire exploser la moindre bombe. En menaçant sans arrêt Israël d'anéantissement nucléaire, il pourrait déclencher chez les Israéliens une appréhension si forte qu'elle provoquerait une émigration de masse, un exode des cerveaux, ou une baisse importante de l'immigration en Israël.

Ce sont là les procédés spécifiques auxquels l'Iran pourrait avoir recours pour utiliser effectivement son arsenal nucléaire, principalement contre l'État juif. Cependant, le reste du monde ne serait pas pour autant à l'abri des entreprises d'un Iran nucléaire.

Premièrement, son accession à l'arme suprême provoquerait une course aux armements des nations du Moyen-Orient pour tenter de disposer, elles aussi, de l'arme nucléaire.

Deuxièmement, l'Iran nucléaire inciterait probablement Israël à déclencher une attaque préventive, ou à titre de rétorsion, ce qui mettrait le feu à l'ensemble de la région, provoquant de nouvelles offensives du Hezbollah et du Hamas contre Israël.

Troisièmement, cela procurerait à l'Iran le parapluie nucléaire idéal pour accélérer son entreprise d'hégémonie régionale. Si l'Irak avait bénéficié d'un parapluie nucléaire quand il a envahi le Koweït en 1990, les forces de Saddam Hussein seraient encore dans ce pays.

Quatrièmement, cela encouragerait les éléments les plus radicaux du Moyen-Orient à poursuive leur guerre idéologique et militaire contre les États-Unis et leurs alliés.

Et pour finir, un Iran nucléaire déclencherait inévitablement tout un engrenage d'effets imprévisibles : pour parler simplement, personne ne connaît l'ampleur réelle des dégâts qu'une telle situation pourrait occasionner.

De ce point de vue, permettre à l'Iran de se doter d'armes nucléaires présente une certaine analogie avec la décision des vainqueurs de la Première Guerre mondiale d'autoriser l'Allemagne nazie à se réarmer dans les années trente. Les nazis eux-mêmes furent surpris de cette complaisance. Joseph Goebbels était sûr que les Français et les Britanniques empêcheraient les nazis de reconstruire la machine de guerre de l'Allemagne.

En 1940, Goebbels raconta à un groupe de journalistes allemands que s'il avait été le Premier ministre de la France au moment où Hitler prit le pouvoir, il aurait dit : « Ce nouveau chancelier du Reich, c'est l'homme qui a écrit Mein Kampf, qui a dit telle et telle chose. On ne peut pas tolérer la présence d'un tel homme dans notre voisinage. Ou bien il disparaît, ou bien nous devons l'attaquer ! » Mais, continua Goebbels, « ils ne l'ont pas fait. Ils nous ont laissés tranquilles et nous avons pu franchir la phase de risque ; nous avons pu franchir tous les récifs dangereux. Et, en fin de compte, quand nous étions bien armés, ils ont commencé la guerre ! »

Aujourd'hui, la plupart des gens ne savent pas que le Premier ministre britannique d'alors, Neville Chamberlain a permis de restaurer la stabilité financière de la Grande-Bretagne pendant la grande dépression, ni qu'il a introduit une législation généralisant les allocations aux chômeurs, les retraites des travailleurs et l'assistance à tous ceux qui avaient été durement frappés par l'effondrement économique. L'histoire n'a conservé que le souvenir de son échec face à Hitler. C'est ce qui restera de Chamberlain devant l'histoire. En sera-t-il de même pour la maîtrise de l'arme nucléaire par l'Iran ? S'il parvient à s'en doter dans les prochaines années, c'est ce que l'histoire retiendra durablement du président Barak Obama. En dépit de l'adoption de la réforme de la santé et malgré une reprise potentielle de l'emploi et de la croissance de l'économie, on se souviendra de M. Obama comme de celui qui aura permis à l'Iran d'obtenir des armes nucléaires. L'histoire ne traitera pas positivement un dirigeant qui aura laissé la première nation-suicide au monde accumuler autant de puissance, une nation dont les dirigeants ont non seulement exprimé leur volonté de sacrifier des millions de leurs habitants pour une mission de destruction apocalyptique, mais qui l'ont effectivement fait durant la guerre Iran-Irak.

Si l'Iran devient une puissance nucléaire, il faudra faire des reproches à beaucoup de monde. Un rapport commun des services de renseignements, publié sous l'égide du président George W. Bush, a manipulé la vérité en prétendant que l'Iran avait mis fin à son programme d'armement nucléaire. Il a aussi fait silence sur la découverte, par ces mêmes services, d'une installation nucléaire à proximité de Qom en Iran, [dont il était évident] qu'elle ne pouvait être utilisée que pour la production d'armes nucléaires. Chamberlain, lui aussi, ne porte pas la responsabilité exclusive du triomphe initial de Hitler. Il est devenu Premier ministre après l'autorisation donnée à Hitler par ses prédécesseurs de réarmer l'Allemagne. Malgré tout, c'est Chamberlain qui a incarné l'échec face à l'ascension de Hitler. Si l'Iran acquiert des armes nucléaires alors qu'il est au pouvoir, c'est également M. Obama qui incarnera l'échec de l'Occident.


Alan M. Dershowitz *

 

* M. Dershowitz est professeur de droit à Harvard. Son dernier livre est "The Case for Moral Clarity" (Camera, 2009).


© The Wall Street Journal

 

Mis en ligne le 24 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org