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Shoah

Album d'Auschwitz de Yad Vashem, version française
24/03/2010

24/03/10

[Bravo et merci à S. Pilczer pour la traduction qu'il a faite de ce document précieux.]

Texte repris du site I Survived

Traduction française : Simon Pilczer


 

Holocaust Survivors and Remembrance Project: "Forget You Not"™
preserving the past to protect the future ...
.

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Oliver Lustig's Text Presentation
of Historic Holocaust Photograps
from
The Album
The Auschwitz Album:The Story of a Transport
Publisher: Yad Vashem, Auschwitz-Birkenau State Museum
.

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French Translation /Traduction française

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by Dr. Simon Pilczer

 


I. La Porte de l'enfer

[I -1]

Voici la fameuse entrée du camp de concentration de Birkenau (Auschwitz II)

.............................

 



II. La "rampe de la mort"

[II-1]

La même photo prise de l'intérieur. Maintenant, nous pouvons voir l'ensemble du complexe de voies ferrées de l'intérieur du camp avec l'espace entre les lignes, désigné comme «la Rampe de la Mort» parce que c'était de cet endroit que, parmi les nouveaux arrivés, ceux qui allaient directement dans les chambres à gaz étaient sélectionnés.

Cet ensemble de lignes de voies ferrées n'a été construit qu'au début de 1944 quand on réalisa que la déportation des Juifs de Hongrie, dont le nord de la Transylvanie et l'Ukraine subcarpathique -- toutes deux annexées à cette époque par la Hongrie - dépasserait tous les quotas connus auparavant. En conséquence, Rudolf Hess, le commandant du camp de Birkenau alla deux fois à Budapest. Là, il rencontra Eichmann (chef de la Gestapo en charge de résoudre une fois pour toutes le prétendu «problème juif»): ce dernier avait temporairement déplacé son quartier général dans la capitale hongroise. Ensemble, ils parvinrent à un accord avec les autorités hörthystes [Hörthy était le dictateur fasciste hongrois], selon lequel ils pouvaient "ajuster" le gazage et la combustion en fonction des crématoires de Birkenau et du taux d'arrivée des trains.

 



III. Sur la "rampe de la Mort"
Dans l'attente d'un nouveau convoi

 

[III-1]

Là nous pouvons voir la "Rampe de la Mort" telle qu'elle était en 1944. Au printemps et à l'été de cette année, 747 trains de fret ont transporté (dans plus de 6000 de leurs wagons verrouillés avec des fenêtres grillagées) 434.351 mères et enfants, femmes et hommes. La population juive entière de la Hongrie et de la Transylvanie S'ARRÊTA ICI. Là, sur cette rampe, la GRANDE SELECTION eut lieu. De chaque convoi (comprenant environ 3000 personnes), 2000 au moins étaient sélectionnées pour la mort. De là, de cette même rampe que vous voyez, qui paraît si paisible et tranquille, 2000 personnes innocentes, qui n'étaient pas différentes de vous, étaient sélectionnées POUR ALLER DROIT DANS LES CHAMBRES A GAZ. Le millier de personnes restant était sélectionné, temporairement, pour un travail d'esclave.

Sur la photo, vous pouvez voir deux trains vides. De ces trains, 5 ou 6 heures avant seulement, le convoi précédent était débarqué. Au premier plan de la photo, nous voyons de petits groupes d'hommes de la SS, inspectant la Rampe pour vérifier que tout est prêt pour «l'accueil» du nouveau convoi. En arrière-fond de la photo, nous pouvons voir certains prisonniers («Häftlings» allemands) du prétendu Komando «Canada» qui achèvent leur travail de transport et de triage de tous les bagages récupérés du précédent convoi.

 



IV. Débarquement d'un Train

[IV-1]

Le train s'est arrêté. Les portes verrouillées des wagons sont ouvertes. A chaque fois, sans exception, devant chaque porte ouverte, vous pouvez entendre gronder les deux mêmes ordres:

Le premier: Alle heraus! (Tout le monde dehors!)

Ces mots nous plaisaient. Nous pouvions alors respirer à l'aise.

Le second: Alles dort lassen!

(Laissez tout ici!) (Tous les bagages restent dans le wagon.)

Ce deuxième ordre nous stupéfiait:

Que signifie TOUT ... Tous les bagages? ... et les vêtements chauds d'hiver? ... et les draps de lit? ... et les couches du bébé ? ... et la nourriture en réserve ? ... et les photos de famille et les livres? ... et la dernière bouteille d'eau? ... et le sac avec les médicaments? ...

Mais aucun moment n'était laissé pour de telles questions, et encore moins pour les réponses.

Le débarquement avait commencé.

 



[IV-2]

On peut ci-dessus voir que la grande majorité de ceux qui sont ici sont des mères avec leurs enfants.

Explication : Depuis 1941, les hommes juifs âgés de 21 à 45 ans (et même davantage) étaient rassemblés en détachements de travaux forcés «assignés» presque exclusivement en Ukraine, pour déminer les champs derrière les lignes de front. De ce fait, la responsabilité complète de diriger une famille au ghetto et pendant la déportation jusqu'à la chambre à gaz reposait sur les épaules de nos «douces et saintes mères».

  



[IV-3]

En dépit de l'ordre répété sans répit "Alles dort lassen" (tout doit être laissé dans les wagons), certains, comme on le voit, ont débarqué en portant des petits bagages ou des sacs. Les hommes de la SS faisaient mine de n'avoir rien vu. L'important pour eux était que tout se déroule sans heurts, et surtout, aussi vite que possible de façon à empêcher toute panique, hurlements, et pleurs, toute altercation ou confrontation violente.

 



[IV-4]

Vue générale de la "Rampe de la Mort" lorsque l'évacuation d'un train entier était terminée. A l'horizon, à l'arrière-plan de la photo, on peut voir deux bâtiments sur la gauche et la droite des voies de chemin de fer), chacune équipée d'une haute cheminée. C'étaient les crématoires II et III. 

 



[IV-5]

Le 9 juin 1944, devant un wagon vide, exactement comme celui-ci, j'étais là avec ma famille. Ecrasés les uns contre les autres, nerveusement, nous étions anxieux de savoir: Où étions-nous? Que comptaient-ils faire de nous? Quel destin nous attendait? Avec une immense appréhension, nous écoutions les premiers mots qu'on nous adressait depuis notre arrestation et notre entrée forcée dans le ghetto. Le monologue adressé aux nouveaux venus ressemblait à cela:

Messieurs et Mesdames,

Nous savons que vous êtes très fatigués, que vous avez eu un voyage très long et épuisant. Aucune nourriture ni eau n'abondait. Nous sommes désolés, mais ce n'est pas notre faute. Maintenant, c'est du passé. Nous allons vous mettre dans un camp. Tous vivront dans des conditions normales.

Nous sommes désolés de devoir vous donner quelques mauvaises nouvelles. Vers le camp, où vous allez vivre et travailler, il y a environ 3 km et il se trouve qu'aujourd'hui nous n'avons pas de transport. Aussi nous vous demandons maintenant que:

Toutes les femmes, mères avec leurs enfants en-dessous de 14 ans, tous les hommes malades ou handicapés se placent à gauche.

Le reste, capable de travailler, et donc capable de marcher jusqu'au camp, restera placé sur la droite de la rampe.

Après l'entassement inhumain dans le train, après la faim et la soif qui nous tourmentaient pendant le voyage depuis le ghetto jusqu'à Birkenau, après la peur et le désespoir qui submergeaient chacun de nous et en particulier nos mères, le surprenant «monologue» de «compréhension et de douceur» nous donnait quelque espoir.

Voilà comment en moins d'une heure, en quelques dizaines de minutes, les membres d'une famille étaient séparés pour toujours les uns des autres.

 



V. La Séparation d'une vie entière

[V-1]

En un clin d'oeil, toutes les mères avec leurs enfants étaient rassemblés du côté gauche de la rampe.

Regardez les petits enfants sur la gauche de la photo. Ils regardent droit vers vous! Regardez la bouleversante innocence qu'ils irradient. Dans quelques minutes, ils marcheront vers leur mort.

Pourquoi tout cela? Qui avait la prérogative de dénier le droit de vivre à plus de UN MILLION de ces enfants qui étaient condamnés à une telle destinée pour la seule raison qu'ils étaient nés Juifs? Que doit-on faire pour que de tels actes barbares qui pleurent vers les cieux ne se répètent jamais et en aucun lieu?

  


[V-2]

Voici un autre groupe de mères avec leurs enfants assemblés devant les wagons de marchandises des chemins de fer, en attendant d'aller, comme on leur avait dit, vers les camions qui les amèneraient au camp où ils resteraient pour toute la durée de la guerre.

La photo silencieuse ne peut exprimer, pas même en une longue scène, le drame immortalisé. Songez, s'il vous plaît, que ceux qui sont sur cette photo pensent qu'ils vont rester ensemble, sous peu, avec leur famille.

Je dois avouer qu'aujourd'hui, après quelque 60 années, la plus profonde blessure dont je souffre encore, qui n'a jamais pu guérir et ne pourra jamais guérir, est celle qui fut infligée sur la «Rampe de la Mort» avec la brisure de ma famille.

J'ai été séparée sans même embrasser ma mère… Sans embrasser mes frères jumeaux, ni le petit Valentin… Qui pouvait imaginer que tout ce que les hommes de la SS nous avaient dit était un énorme mensonge, d'un cynisme inimaginable, que quand je regardais vers ma mère partir en tenant la main de Valentin, en recommandant à mes frères jumeaux de ne pas se tenir éloignés, en vérité je contemplais son dernier voyage.

 



[V-3]

Un groupe d'hommes dans l'attente de leur sélection.

 



[V-4]

Un autre groupe d'hommes dans l'attente de leur sélection. En voyant qu'ils sont photographiés, ils regardent tous droit vers l'appareil photo.

 



[V-5]

Dans ce groupe qui avance vers la commission de sélection, il y en a qui n'ont aucune chance d'être sélectionnés pour le travail. Ils seront extraits et envoyés directement à la chambre à gaz. Par exemple, l'enfant au premier rang (le deuxième à partir de la gauche) est sans sa mère et son père l'a pris dans sa colonne en espérant qu'il passera. En fait, il n'a aucune chance en toutes hypothèses car --avec certitude-- il sera extrait de la formation et envoyé directement vers les crématoires.

Le même sort était en réserve --comme pour beaucoup d'autres-- aux deux vieillards au centre du groupe, qui portent des cannes.

 



[V-6]

Les grands-pères et les grands-mères, les invalides, et les malades qui ne pouvaient plus se tenir debout, étaient aussi regroupés devant les wagons de marchandise de la voie ferrée, dans l'attente des camions qui les emmèneraient.

Les camions viendront, ils seront emmenés, mais pas pour être transportés dans un camp de famille mais pour aller droit vers les chambres à gaz.

 


.

VI. La Sélection Suprême

[VI-1]

Finalement, les groupes d'hommes et de jeunes de plus de 14 ans --d'un côté, et les femmes, les mères et les enfants de moins de 14 ans-- de l'autre côté, sont séparés en deux colonnes distinctes.

Devant chacune des colonnes, les hommes de la commission de sélection de la SS se rassemblent.

La «Sélection Suprême» pour la vie ou la mort va commencer.

 

 

[VI-2]

A chaque fois, la sélection commence par la colonne composée de femmes, de mères et d'enfants. Les plus jeunes femmes qui ne tiennent pas d'enfants dans leurs bras sont extraites de la ligne et dirigées vers une place désignée où les femmes aptes au travail sont rassemblées. Le reste, l'immense majorité de la colonne, avance presque sans arrêt vers les chambres à gaz. Quand le chef de la commission de sélection des SS remarque une jeune femme tenant un bébé (comme on le voit sur la photo), d'un ton poli, il lui dit à peu près ceci:

"Madame, je vois près de vous une femme âgée qui pourrait être la grand-mère de l'enfant ou une tante. Laissez-lui l'enfant de façon à sortir de cette colonne et à vous joindre à ceux qui vont marcher vers le camp.

Certaines acceptèrent de se conformer à la demande, sauvant temporairement leur vie, sans le réaliser. D'autres, serrant encore plus fort leur bébé, ont commencé à pleurer et à crier hystériquement :

"Je n'abandonne pas mon bébé. C'est le mien! Je préférerais mourir que d'être séparée de mon bébé!»

«Madame s'il vous plaît, ne provoquez pas de panique ici», répondit, d'une voix calme, l'homme de la SS. «Je ne vous ai donné aucun ordre. J'ai juste fait une suggestion. Si vous ne voulez pas, c'est parfait. Merci de poursuivre votre chemin." Et la mère, heureuse du résultat, tient son bébé serré d'une main, et de l'autre, essuie ses larmes sur le chemin des chambres à gaz qui n'étaient pas à plus de 500 ou 600 mètres.

 



[VI-3]

La sélection commence de façon ordonnée. Les hommes de la SS sont calmes et leurs mots doux sont en mesure de camoufler leur inimaginable malignité.

Aucun, absolument aucun des membres de la colonne en marche, n'aurait pu imaginer qu'avec chaque pas en avant, chacun d'entre eux était un pas plus proche de la fin sans échappatoire, à désormais moins de 500 mètres de là.

 



[VI-4]

La sélection dans la colonne pour les femmes, les mères et les enfants est presque terminée. Après quelques minutes, la colonne pour les hommes et les jeunes de plus de 14 ans commencera d'avancer.

 



[VI-5]

La sélection des hommes aptes au travail a commencé.

 



[VI-6]

Un groupe d'adultes et d'hommes sélectionnés pour le travail d'esclave.

 



VII. Groupe de femmes sélectionnées pour le travail

[VII-1]

Sur les visages et les yeux de ces femmes sélectionnées pour le travail, nous pouvons voir la préoccupation, l'anxiété, et même la peur.

Comme si elles disaient:

«Quand reverrons-nous les êtres chers dont nous avons été séparées?»

  



[VII-2]

Sélectionnées pour le travail, elles ont commencé à marcher vers le camp des femmes.

 



VIII. Vers les chambres à gaz

[VIII-1]

Des mères, parmi lesquelles une grand-mère, marchent (certaines avec leurs enfants tenus dans leurs bras, d'autres les tenant par la main) le long des rails de la voie ferrée, vers les chambres à gaz.

Dans leur regard, il apparaît qu'elles pensent à tout autre chose qu'à leur mort imminente.

 



[VIII-2]

Deux mères, (l'une avec un petit bébé dans les bras) sont entourées par sept autres enfants qui marchent pour leur dernier voyage.

Il est vraiment accablant de voir les trois garçons devant. Celui du milieu - qui ne peut pas avoir plus de 4 ou 5 ans - tient étroitement ses deux petits frères pour ne pas qu'ils perdent en route vers… vers quoi? Vers leur mort!

Comme tout cela est incroyable… et cependant, la cruelle vérité est que cela est vraiment arrivé.

 



[VIII-3]

Voici l'une des photos les plus connues et les plus répandues. Elle est devenue le «symbole» du voyage --le long des rails de la voie ferrée-- de la Rampe de la Mort vers les Chambres à Gaz. Elle a été suivie par plus d'un million de Juifs, en majorité des mères avec des enfants de moins de 14 ans, les vieillards, et les malades.

 


 

IX. La dernière halte

[IX-0]

Suivent quatre images qui semblent irradier, finalement, le retour du sens vers quelque normalité. Les mères paraissent calmes et plus tranquilles en regardant leurs enfants sans signe de peur.

Et pourtant… Les images qui suivent révèlent une suite horrible de dimensions inimaginables, représentant le moment le plus dramatique de toute leur épreuve.

On n'a pas dit aux mères que vous voyez sur les photos ci-dessous, qu'elles n'iraient pas loin, parce qu'elles apparaissaient fatiguées et apercevant de la verdure proche, décidaient de faire une pause brève. Voyant les arbres tout autour et quelques fontaines, les enfants commencèrent à courir vers elles. Finalement, ils purent boire autant d'eau qu'ils le voulurent. D'autres trouvèrent de la nourriture de réserve dans leurs poches et commençaient à engloutir leur trouvaille. Les mères retrouvaient le sourire en regardant leurs enfants.

Personne ne pouvait prévoir la cruelle vérité. Le groupe d'arbres autour d'eux, dont l'ombre était si appréciée, était planté là exprès pour camoufler la construction derrière, où les chambres à gaz et les crématoires se trouvaient. De là, il n'y avait pas plus de 30 mètres.

L'explication de cette pause non prévue est la suivante :

Malgré la précision prussienne, cette fois, le processus d'extermination a souffert un petit accroc. La fournée précédente n'était pas encore totalement transformée en fumée et en cendres. Ou peut-être était-ce terminé, mais la salle déshabillage ou la chambre à gaz n'étaient pas encore assez ventilées. En toutes hypothèses, le nouvel arrivage devait attendre quelques minutes de plus ou même quelques dizaines de minutes. Après cela, ils commenceraient d'accomplir leurs derniers pas vers la mort sur une trentaine de mètres.

 



[IX-1]

Les êtres humains que vous voyez sur cette photo --les enfants, tout particulièrement les enfants (comme s'ils étaient quelques anges descendus sur la terre), leurs mères aimantes adorant leurs chéris, les vieillards portant en eux la crainte de D.ieu-- étaient coupables d'une seule chose, et c'était d'être nés Juifs. A cause de cela, ils étaient humiliés et déniés comme jamais auparavant.

Ils avaient été humiliés et déniés avec un cynisme inimaginable, un cynisme plus grand que tout acte barbare ou bestial.

Ces êtres humains, innocents et purs, étaient invités par leurs ravisseurs, qui se décrivaient eux-mêmes comme des surhommes («übermensch»), à se reposer un peu dans la verdure alentour avant de poursuivre leur marche vers le camp de famille promis.

En vérité, pour chacun de ceux sur la photo, cela devait être le «dernier arrêt de leur vie». Quelques dizaines de mètres à côté, après le groupe d'arbres, les crématoires bien ventilés les attendaient par la porte ouverte de la salle de déshabillage et, par la chambre à gaz prête à fonctionner avec une capacité de 2000 personnes. Les 15 fours construits au-dessus de la chambre à gaz étaient placés là pour ne pas perdre le moindre temps nécessaire pour les remettre en route.

 



[IX-2]

Ceux de la première rangée ont vu qu'ils étaient photographiés et regardent d'un air calme et naturel vers le photographe.

Ceux dans les rangées à l'arrière plan continuent, d'une façon presque décontractée, leur conversation. Peut-être expriment-ils l'espoir que la partie la plus dure de leur épreuve est derrière eux.

La désastreuse réalité est cependant celle-ci: tous ceux que vous voyez sur cette photo, dans un court laps de temps, se sont levés, ont passé l'arbre du fond, sont entrés dans le bâtiment, ont été poussés et enfournés dans la chambre à gaz, et ensuite, leurs cadavres ont été transformés en fumée et en cendres.

 



[IX-3]

Les enfants attendent calmement. Qu'attendaient-ils? Aucun n'avait de réponse.

En toute hypothèse, ils pouvaient alors respirer l'air frais, ils pouvaient rester allongés, ils pouvaient s'asseoir, et, s'ils le voulaient, ils pouvaient marcher. Les mères également avaient retrouvé leur tranquillité d'esprit. Les deux sur la droite, comme par magie, pouvaient même sourire. Evidemment, pour la dernière fois.

Après quelques dizaines de minutes, elles seraient déshabillées nues, dans la chambre à gaz, elles élèveraient leur enfant vers le plafond pour prolonger leur vie de quelques secondes...

 



[IX-4]

Qui peut imputer le moindre blâme à ces enfants?

Qui ose s'opposer à la préservation de leur mémoire?

 



X. Le triage du butin

[X-1]

Pendant que la sélection avait lieu, dont les deux tiers sélectionnés pour la mort immédiate [poussés dans les chambres à gaz et brûlés dans les fours] et le reste placé dans le camp pour être exterminés par d'autres moyens [travail d'esclave, privation de nourriture, maladies, «Experimente an lebendingen Menschen» (expérimentations médicales), exécutions, etc.], leurs bagages, laissés derrière dans les wagons de marchandises de la voie ferrée étaient triés par les «Häftlings» (les prisonniers) du détachement «Kanada». Le butin était trié et rangé selon diverses catégories : chaussures, draps, vêtements d'homme, montres, bijoux, etc., puis déposés dans l'un des 30 entrepôts, non loin de la «Rampe de la Mort». De là, le butin trié repartait vers l'Allemagne.

  



XI. ...Et le cycle de la mort continue

[XI-1]

Six heures ont passé depuis que les déportés arrivés par le dernier train à Birkenau-Auschwitz ont quitté la «Rampe de la Mort»… Maintenant, un nouveau train va s'arrêter: il transporte 3000 autres Juifs innocents promis à la mort.

Et ce cycle a continué, jour et nuit, sans interruption, pendant le printemps et l'été de 1944.

 



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Thank You Note:
We thank Moise Rahmani of the European Sephardic Institute, Ytzhak Rabin Center, Brussels, Belgium -- < s e f a r a d . o r g 
for his help with various text corrections.

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© I survived.org 

 

[Article aimablement signalé par O. Peel.]

 

Mis en ligne le 24 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org