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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Construire à Jérusalem, Guy Sembel
27/03/2010


[Obama a fait son choix, il a abattu son jeu. C'est le plan de paix arabe imposé, contre la négociation entre les deux futurs partenaires régionaux. Pour Obama, Israël est une parenthèse de l'histoire, comme l'a dit un haut fonctionnaire du gouvernement français [*]. Obama est sans doute le président de la plus grande puissance du monde (plus pour longtemps, à mon avis), mais en se dressant avec superbe contre le Premier ministre du minuscule Israël, c'est la prunelle de l'oeil de Dieu que ce fanfaron a atteinte. Lui, ainsi que tout pays qui aura contribué à la ruine d'Israël seront amoindris, vaincus, comme les grands empires qui jadis ont écrasé Israël, puis Juda. Où sont les Assyriens, où sont les Babyloniens?... On ne parlerait plus de ces anciennes grandes puissances tentaculaires d'autrefois, si les prophètes n'avaient prédit, puis immortalisé leur chute retentissante... (Menahem Macina).]

27/03/10

Repris du site Desinfos.com, 26 septembre 2010

 
La crise diplomatique entre Israël et les Etats-Unis dure depuis plus de deux semaines. Elle s'est sans doute aggravée à l'occasion de la visite de Benyamin Netanyahou à la Maison Blanche. La radio de l'armée israélienne a affirmé que "toutes les tentatives pour surmonter les tensions avec l'administration ont échoué". Les mots de la presse sont éloquents : déception, échec cuisant, bras de fer, pression, crise, guerre froide, etc., les médias israéliens présentent Benyamin Netanyahou comme un homme traqué, "le dos au mur", selon Maariv qui parle même d'embuscade à la Maison Blanche.

Obama s'est montré directif, exigeant et plus ferme que jamais, plaçant le Premier ministre israélien face à un dilemme. Si la reprise des pourparlers avec les Palestiniens est une exigence américaine, l'appui des Etats-Unis dans la lutte que doit mener Israël contre le danger nucléaire iranien demeure indispensable.

Qu'il est difficile de construire à Jérusalem !

"Jérusalem n'est pas une colonie, Jérusalem est la capitale d'Israël". Cette courte phrase prononcée avec solennité par Benyamin Netanyahou au congrès de l'AIPAC la veille de sa rencontre avec le Président américain donnait le ton. Le Premier ministre israélien a souhaité légitimer les décisions prises en matière de construction à l'est de Jérusalem. Il a surtout voulu rappeler que Jérusalem est au centre de la vie juive depuis trois mille ans et au cœur de la vie israélienne depuis 1948. Conquise en 1967, c'est une loi fondamentale israélienne qui en fait la capitale de l'Etat hébreu.

Le classement de Jérusalem comme le troisième lieu saint de l'Islam est assez récent. Employé comme un argument de la propagande antisioniste depuis 1967, il sert aujourd'hui la "communication martyrologique" palestinienne, qui exprime une crainte pour la préservation de leurs lieux saints, pourtant construits sur les vestiges juifs les plus précieux. Il fait croire qu'une guerre de religions menace, réduire les options politiques de l'actuel gouvernement israélien à une stratégie de judaïsation de Jérusalem. Il invite à déduire qu'un gouvernement de droite fermera volontairement toutes les portes du dialogue pour la paix.

Oubliés, les missiles Qassam tirés sur le Néguev. Oubliées les tentatives de relancer une troisième Intifada. Oublié, le refus de Mahmoud Abbas de reprendre les pourparlers. Le Président de l'Autorité palestinienne détient les clés d'un chantage qu'Israël ne peut accepter.

Jérusalem est la capitale d'Israël dans tous les sens du terme : historique, politique, économique. Son maire est un laïque soucieux de développement économique et d'harmonie sociale. La nécessité de construire à Jérusalem échappe largement aux considérations spirituelles, mais répond d'abord à un souci démographique, une exigence sociale.

Campé sur la ligne palestinienne qui exige un retour aux frontières de 1967, Obama reste donc convaincu que la paix au Proche-Orient passe par la création d'un Etat palestinien, coûte que coûte. L'échec de la rencontre était annoncé, et Netanyahou s'est en outre retrouvé face à un homme dopé par le succès du vote historique sur la réforme de l'assurance-maladie.

Sans scrupule, Obama a présenté à Netanyahou treize requêtes. Il "attend" une réponse positive. Parmi ces "attentes", une promesse selon laquelle le gel de la construction se poursuivra au-delà des dix mois approuvés par le gouvernement israélien, soit après le 26 septembre. Obama souhaite aussi que les dispositifs mis en place à Jérusalem empêchent des constructions dans les quartiers palestiniens de l'est de la ville.

L'autre "attente" d'Obama est qu'Israël redonne à l'Autorité palestinienne le plein contrôle de tous les territoires qui étaient sous sa responsabilité en septembre 2000. Ce contrôle a été perdu durant la deuxième Intifada. Les autres attentes concernent la libération de plusieurs centaines, voire d'un millier, de prisonniers, sans aucune contrepartie de la part des Palestiniens… Il y a quelques mois encore, leur échange contre Guilad Shalit était pourtant envisagé.

Obama exige aussi l'ouverture de pourparlers sur un accord permanent, qui devront être complétés sous deux ans. Le Président américain demande des réponses immédiates. Dans ce climat de défiance, Obama évoque des questions pratiques tandis que le Premier ministre israélien parle de souveraineté, sécurité, stabilité gouvernementale.

Après 90 longues minutes, Obama s'est conduit en homme pressé. Il a pris congé de son hôte pour dîner en famille, avec Michelle et ses filles, sans lui. Invité à s'isoler dans l'enceinte de la Maison Blanche pour téléphoner à Jérusalem, prendre contact avec son cabinet, et pour annoncer au Président tout changement de position, Benyamin Netanyahou a sans doute connu l'un des pires moments de sa carrière politique.

Une heure et 17 minutes plus tard, les deux hommes parlaient à nouveau. Pendant 25 minutes, le Président a demandé au Premier ministre de prendre les mesures en vue de "bâtir la confiance"…

Sans déclaration commune, sans communiqué de presse, sans photographe, cette rencontre ressemble à un affrontement. Si, comme l'a déclaré Nancy Pelosi, le Congrès américain est aux côtés d'Israël, le Président Obama est, quant à lui, aux côtés des Palestiniens. Choix de politique extérieure oblige, il continue de faire pression sur Israël pour montrer aux pays arabes qu'il est un partenaire crédible voire "équitable", comme il le répète.

Qu'il est difficile de construire à Jérusalem ! Et pourtant, les décisions que l'on reproche au gouvernement sont prises par la municipalité de Jérusalem, et celle-ci fournit des permis de construire des sites industriels, surfaces commerciales et logements aux citoyens de Jérusalem, qu'ils soient juifs, musulmans ou chrétiens.

Le maire de Jérusalem n'entend pas renoncer au développement de sa ville. Le Premier ministre n'entend pas renoncer au caractère indivisible de sa capitale. Le Président américain n'entend pas renoncer aux pressions sur Jérusalem… Si la rencontre entre le Président du pays le plus puissant au monde et le Premier ministre du plus petit pays du monde est déjà écrite comme une page sombre de l'histoire des relations américano-israéliennes, elle a cependant révélé une double détermination. Celle du responsable israélien qui, dans sa posture de coureur de fond, résistant et légitimiste, continue de clamer que Jérusalem est la capitale d'Israël. Celle de Barack Obama, qui adhère plutôt au souci des Palestiniens de faire de Jérusalem la capitale de leur futur Etat.

C'était au mois de juin 2008. Barack Obama était candidat démocrate aux élections présidentielles américaines. En visite en Israël, devant le Mur occidental du Temple détruit, il déclarait alors Jérusalem capitale indivisible de l'Etat d'Israël.

Ce soir, nos pensées vont vers Guilad Shalit, otage du Hamas, soldat de Tsahal et citoyen français, privé de l'amour de ses parents depuis 1370 jours.

© Guy Sembel

 

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Note de Menahem Macina 

 

[*] Dans la version précédente de mon "chapeau" à cet article j'avais attribué, à tort, cette phrase à un "parlementaire européen". Un internaute m'a écrit pour me dire qu'il s'agissait de M. de Villepin. Je l'en remercie. En fait, voici ce qu'en disait, en 2005, Ph. Karsenty, sur son Blog Media-ratings, le 31 octobre 2005: 

"[Cette anticipation] a été rapportée par Jean-Marie Colombani dans son livre paru en février 2002, «Tous Américains ?», propos qu'il attribuait à « l'entourage du président Chirac ». Interrogé en privé pour savoir à qui il faisait référence, le directeur du Monde a répondu qu'il s'agissait de Dominique de Villepin. Questionné en juin 2002 pour savoir s'il reconnaissait avoir effectué cette déclaration, celui qui était alors devenu ministre des Affaires étrangères ne l'a pas formellement démentie."

 

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[Article aimablement signalé par O. Peel.]

 

Mis en ligne le 27 mars 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org