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Christianisme

Le document «Eglise et Israël» n'est pas un «vade-mecum» pour le dialogue judéo-chrétien, mais une véritable étude théologique, François Clavairoly
01/04/2010

 

1er avril 2010

Sur le site du CRIF

 

Lors du colloque organisé par le CRIF, « Chrétiens et Juifs, rencontre à Jérusalem, » Les Protestants de France ont aussi fait entendre leur voix par le biais de trois de leurs représentants : les Pasteurs Claude Baty, président de la Fédération Protestante de France, François Clavairoly, président de la commission des relations de la FPF avec le Judaïsme et Florence Taubmann, présidente de l'Amitié judéo-chrétienne de France.
L'occasion de revenir ensemble sur la réception de la déclaration Eglise et Israël.
 
« Eglise et Israël »
 
« Contribution des Eglises issues de la Réforme en Europe sur les relations entre les chrétiens et les juifs »
 
Le texte intitulé « Eglise et Israël » est un document récent – du moins selon le temps des Eglises (!) - des Eglises protestantes d'Europe, puisqu'il date de 2001. Il est le fruit du travail théologique des Eglises réunies au sein de la CEPE (Communion des Eglises Protestantes en Europe).
 
Cette communion d'Eglises au plan européen, à laquelle participe évidemment le Conseil Permanent Luthéro-Réformé (CPLR) qui assemble pour sa part les quatre Eglises luthériennes et réformées de France (ERF, EELF, ECAAL, ERAL), avait adopté en 1994 un texte intitulé : « L'Eglise de Jésus-Christ ,  contribution des Eglises issues de la Réforme au dialogue œcuménique sur l'unité de l'Eglise » , dans lequel elle décrivait comment elle entendait mettre en route un processus œcuménique qui aboutisse un jour à l'unité de toutes les Eglises.
 
Dans ce document de 1994, un passage est consacré au dialogue avec le Judaïsme, qui est distingué du dialogue avec les autres religions. Il y est affirmé notamment que la relation de l'Eglise à Israël « fait partie de l'ecclésiologie et constitue donc un aspect incontournable de l'identité de l'Eglise. » (1/1.2.4.)
 
« Lorsque les chrétiens parlent de l'élection éternelle d'Israël, cela implique la reconnaissance du peuple juif en tant que peuple de Dieu. […] le fait que l'Eglise se désigne elle-même comme ‘peuple de Dieu'  ne va pas de soi [... et] peut apparaître comme une usurpation aux yeux des Juifs. » (1/1.3.)
 
« Quoi qu'il en soit, « Le rapport entre l'Eglise et Israël […] qui se reconnaissent chacun comme étant le ‘peuple de Dieu', n'est pas une question marginale pour l'Eglise et la théologie chrétienne. Au contraire, […] par le fondement de sa foi, l'Eglise dépend d'Israël, et sa relation avec Israël fait donc « partie intégrante de la question du fondement de sa foi » (L'Eglise de Jésus-Christ, p. II 109).
 
Il fallait donc approfondir les conséquences théologiques et pratiques d'une telle affirmation. C'est pourquoi, en 1996, la CEL (Concorde des Eglises Leuenberg, ancienne dénomination de la CEPE), a constitué une commission doctrinale chargée, sur la base de la déclaration de 1994, de faire le point du dialogue, d'en préciser les enjeux théologiques et de tracer les perspectives d'un dialogue respectueux de l'autre.
 
Le document « Eglise et Israël » n'est donc pas un « vade-mecum » pour le dialogue Judéo-Chrétien, mais une véritable étude théologique qui entend faire une première approche des questions, même si elles restent encore à approfondir. Il faut encore souligner que ce texte parle d'Israël ou du peuple d'Israël en tant qu'entité religieuse, il ne fait que peu référence à l'Etat hébreu et, lorsqu'il le cite, il parle explicitement de l'Etat d'Israël.
 
Ce texte qui commence par le souci de la repentance s'achèvera par une demande de pardon. Entre les deux nous trouvons trois parties :
 
- le chapitre 1. Israël et l'Eglise, présente l'état de la question et des discussions,
 
- le chapitre 2. L'Eglise et Israël, tente définir de façon théologique et dogmatique comment l'Eglise doit concevoir son rapport avec Israël aujourd'hui.
 
- le chapitre 3. L'Eglise dans l'aujourd'hui d'Israël, donne des éléments pratiques pour développer ce dialogue dans le respect et la vérité.
 
Parmi les affirmations de ce texte, trois sont à retenir ici :
 
- Tout d'abord celle qui rappelle que la théologie de la substitution est fausse, et qui dit la nécessité de revisiter l'ecclésiologie chrétienne, comme celle de s'interroger sur la place de l'Eglise dans une alliance unique dont Israël et l'Eglise sont les bénéficiaires.
 
Le texte ne conclut pas, mais invite à la recherche dans ce chantier inédit, rappelant que :
 
«  Le titre de ‘peuple de Dieu' place l'Eglise dans un cadre général plus vaste, relativisant sa place propre - ce qui a un effet salutaire -, et montrant la perspective de la volonté de salut de Dieu pour toute l'humanité. Mis à part le rapport instauré au fondement à partir d'une théologie de l'élection et de l'alliance, la perspective eschatologique est la caractéristique principale d'une compréhension qualifiant d'un point de vue théologique la notion de « peuple de Dieu ». Même l'Eglise en tant que ‘peuple de Dieu' n'est pas encore le lieu de l'accomplissement, elle est bien plutôt en route vers le royaume promis de la gloire de Dieu. C'est pour cette raison que la désignation de l'Eglise comme ‘peuple de Dieu' n'est nullement une « autodésignation » quand on considère son contenu théologique. Il s'agit au contraire d'un titre honorifique accordé à l'Eglise sola gratia, titre dont elle devrait plutôt rougir que se glorifier au vu de l'image qu'elle donne d'elle-même dans les faits. Par elle-même, l'Eglise ne peut pas prétendre être le ‘peuple de Dieu', et dans cette mesure, elle ne peut tirer aucune conséquence de cette désignation face au monde. Elle peut seulement redécouvrir sans cesse et célébrer le fait que ce titre honorifique lui a été accordé et reconnu dans la « praxis » du Christ vivant. » ( E&I, II,259)
 
- Ensuite, celle qui dénonce la mission envers les Juifs.
 
« La prédication chrétienne se déroule en public et s'adresse à tous les humains. Elle retentit dans le contexte du dialogue avec les religions mondiales et dans le dialogue avec des représentations du monde non religieuses. Il va de soi que les chrétiens témoignent de leur foi en paroles et en actes vis-à-vis de ces différents groupes.
Il en va de même dans leurs rencontres avec des Juifs. Le témoignage commun rendu au Dieu d'Israël et la confession de foi dans l'élection souveraine du Dieu unique constituent un argument de poids pour proscrire, de la part des Eglises, toute forme d'activité dirigée de façon spécifique vers les Juifs pour les convertir au christianisme.
  »( E&I, II, 32)
 
- Enfin, celle qui énonce la solidarité qui nous lie à Israël, même si le document autorise un regard critique sur la politique actuelle de l'Etat d'Israël :
 
« Pour des raisons historiques et théologiques, l'Eglise est liée par la solidarité avec Israël. Ceci demeure valable même si les Eglises prennent position de façon critique sur le conflit israélo-arabe et sur des décisions politiques actuelles du gouvernement de l'Etat d'Israël. Elles s'opposent à toutes les tendances qui cherchent à diffamer le mouvement sioniste – qui a conduit à la fondation de l'Etat d'Israël – en le qualifiant de raciste. Les Eglises soutiennent tous les efforts de l'Etat d'Israël et de ses voisins, en particulier du peuple palestinien, pour parvenir à une paix sûre, durable et juste dans le respect mutuel, et pour la sauvegarder.
La question du sens théologique de la fondation et de l'existence de l'Etat d'Israël pour les chrétiens obtient des réponses différentes selon les Eglises et demeure un défi pour celles-ci. Dans ce contexte, toute application directe à la politique des promesses bibliques relatives à la terre doit être récusée. Il faut également rejeter toutes les interprétations tendant à considérer ces promesses comme dépassées à la lumière de la foi chrétienne. La prise en compte par les chrétiens de l'élection d'Israël en tant que peuple de Dieu ne peut en aucun cas conduire à légitimer l'oppression de minorités politiques, ethniques et religieuses au nom de considérations religieuses. »
( E&I, III, 1.1.3  )
 
Même si l'on doit constater que ce document, qui émane des milieux luthériens, réformés, vaudois (1) et méthodistes de plus d'une centaine d'Eglises d'Europe qui sont en pleine communion, n'a pas encore reçu tout l'écho qu'il attend en retour, car la phase de réception est encore en cours, il n'en demeure pas moins que nous avons là le seul document de cette envergure sur le sujet. Il est le fruit d'une réflexion théologique commune au plan européen. En France quatre revues en ont rendu compte :
 
Foi et Vie (Février 2002) a publié la version française et la présentation qu'en a faite le professeur Elisabeth Parmentier.
 
Istina a publié le texte. Dans sa préface, le père Dupuy note que ce texte doit être rapproché de la contribution catholique Le Peuple Juif et ses Saintes Ecritures  et qu'il s'agit d' « un moment et d'un lieu théologiques majeurs sur notre route ».
 
La revue Sens, a proposé une lecture juive du document par Mme Colette Kessler qui y trouve un véritable motif d'optimisme et d'espérance pour l'avenir du dialogue entre Juifs et chrétiens, car, dit-elle, « il aborde honnêtement les questions difficiles ».
 
La revue Yerushalaïm, du comité œcuménique pour la repentance envers le peuple juif, a publié un résumé de ce texte rédigé par le pasteur de l'Eglise réformée de France, Jacques Gruber.
 
« Le document de Leuenberg est un jalon posé dans le dialogue qui s'ouvre aujourd'hui entre les Juifs et les Chrétiens. S'il récapitule et exprime d'une seule voix les positions des Eglises issues de la réforme en Europe, il nous invite à faire teshouva et à repérer les perspectives nouvelles de cette démarche ».
 
François Clavairoly *
 
* président de la commission des relations de la Fédération Protestante de France avec le Judaïsme
 

(1) Il s'agit des Eglises protestantes d'Italie (du nom du pré-réformateur Pierre Valdo).
 
Photo : D.R.

© CRIF

 

[Article aimablement signalé par O. Peel.]

 

Mis en ligne le 1er avril 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org