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La politique d'Obama consiste à gifler ses alliés, Charles Krauthammer
03/04/2010

 

04/04/10

Sur le site du Washington Post, 2 avril 2010

Article original en anglais : "Obama's policy of slapping allies".


Adaptation française de Sentinelle 5770 [revue et corrigée par Menahem Macina]

Sur le site Desinfos.com


Qu'est-ce que cela fait d'être un allié étranger de l'Amérique d'Obama ?

Si vous êtes Britannique, la tête vous en tourne. Et pas seulement à cause des affronts personnels au Premier ministre Gordon Brown – le cadeau ridicule de 25 DVD, les cinq rebuffades avant que Brown se voie accorder un face à face avec le numéro Un.

Pas davantage pour le geste symbolique d'Obama retournant le buste de Churchill qui trônait dans le Bureau Ovale. – Question : s'il devait absolument se trouver hors de la vue d'Obama, n'aurait-il pas pu être mis ailleurs sur le sol des Etats-Unis plutôt que d'être aussi ostensiblement rapatrié ?

Peut-être faut-il s'offusquer du cas de l'officiel du Département d'Etat qui nia, l'an passé, qu'il ait jamais existé une relation spéciale entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, relation cultivée par chaque président des Etats-Unis depuis Franklin Roosevelt.

Et puis il y a eu l'étonnante prestation d'Hillary Clinton - pratiquement passée sous silence (aux Etats-Unis) – en Argentine, le mois dernier. Elle appelait la Grande-Bretagne à négocier avec l'Argentine au sujet des îles Falkland.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire – ou qui croient qu'elle a commencé le 20 janvier 2009 – et donc ne savent pas pourquoi il s'agissait d'une gifle inattendue administrée à la Grande-Bretagne, voici le fond de l'histoire.

En 1982, la junte militaire argentine envahit les îles Falkland (britanniques). Les généraux croyaient que les Britanniques, qui avaient perdu depuis longtemps le goût des terres étrangères, laisseraient passer la chose. Par ailleurs, les Falkland ont infiniment plus de moutons que de population. Ils (les Argentins, pas les moutons) sous-estimèrent Margaret Thatcher. Elle n'allait pas laisser conquérir une population dont l'allégeance politique et les liens ethniques sont britanniques. Elle envoya la Navy. Britannia reprit son bien.

Après cela, ni Thatcher ni ses successeurs n'ont admis des négociations. La Grande-Bretagne ne convoite pas de dominion étranger ni n'est à court de moutons. Mais elle croit en l'autodétermination, et ne négociera rien jusqu'à ce que, et à moins que les habitants des îles Falkland manifestent leur désir d'être gouvernés par un régime politique chroniquement instable et à la corruption endémique, avec une longue histoire de dictature, de gestion économique désastreuse, et une folie politique occasionnelle (cf. le culte d'Evita [Peron]).

Sans surprise, les habitants des îles Falkland n'ont rien souhaité de tel. Pourtant, de manière inexplicable, [Hillary] Clinton a cherché à relancer une question qui a été réglée depuis près de 30 ans, et ce non seulement pour remuer les cendres sans aucune utilité, mais en prenant le parti de l'Argentine (en matière de négociations) contre la Grande-Bretagne, une nation qui a combattu et versé son sang avec nous depuis une décennie, et dont 10.000 soldats – soit beaucoup plus que tout autre allié –, combattent aujourd'hui aux côtés de l'Amérique en Afghanistan.

Bien sûr, étant donné la façon dont le gouvernement américain a traité d'autres alliés, peut-être ne devrions-nous pas être aussi surpris.

Obama rend visite à la Chine et bientôt à l'Indonésie, négligeant l'Inde, notre alliée naturelle dont l'étoile monte dans la région – même langue, même démocratie, même ennemi djihadiste. En effet, dans son enthousiasme pour la Chine, Obama suggère un intérêt chinois pour la paix et la stabilité en Asie du sud, ce qui constitue un dénigrement sans raison du pouvoir et de la légitimité indiennes, au bénéfice d'un rival régional ayant des ambitions hégémoniques.

Quant à la Pologne et à la République tchèque les bras qui leur en tombèrent quand Obama, cédant à la pression de la Russie et à ses rêves d'hégémonie régionale sur l'Europe de l'est, révoqua, de manière unilatérale, un accord sur des missiles de défense.

Les Honduriens ne peuvent pas comprendre pourquoi les Etats-Unis ont soutenu un allié de Chavez qui ambitionne une extension illégale de sa présidence contre la volonté des colonnes de la société civile – le Congrès du Honduras, la Cour Suprême, l'Eglise et l'Armée –, qui l'ont déposé conformément à l'Article 239 de leur constitution.

Mais les Britanniques, nos alliés les plus vénérables et les plus fiables, sont les plus désorientés.

« Nous Britanniques ne parlons pas seulement la même langue. Nous tendons à penser de la même manière. Nous sommes plus enclins que tout autre à apporter le thé, la sympathie et des soldats »,

écrit Bruce Anderson dans le journal London's Independent, résumant avec une admirable concision le fondement de la relation spéciale entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

« Eh oui », a dit David Manning, ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, à un membre d'une Commission de la Chambre des Communes sur cette pratique relationnelle très particulière :

« [Obama] est un Américain qui a été élevé à Hawaï, dont l'expérience à l'étranger s'est effectuée en Indonésie et qui avait un père kényan. Les réflexes sentimentaux ne sont pas aux rendez-vous, vous comprenez. »

Personnellement je ne suis pas enclin aux diagnostics neuropsychiatriques [*], mais l'hypothèse de Manning est aussi bonne que celle de n'importe qui. Comment peut-on expliquer une politique envers la Grande-Bretagne, totalement dépourvue de sens stratégique et moral ? Et même si on le peut, comment expliquer les gifles imméritées, administrées aux Tchèques, aux Polonais, aux Indiens et aux autres ?

Peut-être quand une Doctrine Obama sera enfin élaborée, saurons-nous s'il s'agissait d'une insulte, d'une position de principe, ou de pure négligence.


Charles Krauthammer *

 

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Note du traducteur
 (Sentinelle 5770) :

 

[*] Charles Krauthammer, très célèbre éditorialiste aux Etats-Unis, et [...] titulaire du prix Pulitzer de journalisme, est médecin et neuropsychiatre de formation.


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© The Washington Post

 

[Texte aimablement signalé par O. Peel.]

 

Mis en ligne le 3 avril 2010, par Menahem Macina, sur le site debriefing.org