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Non, Président Obama, nous ne pouvons pas, Avi Ifergan

 

[On aura saisi, je l'espère, l'ironie du titre. Obama n'a cessé, durant sa campagne, de marteler son mantra : "Yes, we can" - Oui, nous pouvons. A quoi fait écho Ifergan en affirmant: "Non, nous ne pouvons pas" et en répétant l'antienne tout au long de son article courageux et mesuré. (Menahem Macina).]

Sur le site Jewish Press


Texte anglais : "No We Can't, President Obama", 14 avril 2010

Traduction française: Menahem Macina pour France-Israël.

Au début de ce mois, la Secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, a dit à un forum de dirigeants juifs que « parfois des amis doivent se dire l'un à l'autre de dures vérités. » Je voudrais, au nom de mon peuple, lui rendre la politesse par le biais de ces mots adressés directement au Président Obama.

Monsieur le Président, vous avez toujours été, en paroles, favorable à Israël, mais l'inadéquation de vos actes [avec vos paroles], au cours de la première année de votre présidence, nous a plongés – nous les Israéliens comme les Juifs dans le monde - dans la plus grande perplexité. 

Non, nous ne pouvons pas prendre de risques s'agissant de la sécurité physique de notre terre et de notre peuple – dont celle de mes trois filles qui ont toutes moins de six ans. Nous n'avons pas droit à l'erreur. La sécurité est notre priorité majeure. Vous savez, nous tirons les leçons de notre histoire, et elle nous enseigne cette simple vérité :

Non, nous ne pouvons pas compter sur les promesses de protection d'autres nations quand notre peuple fait face à une menace existentielle. Le monde a assisté sans broncher à notre massacre par les nazis. A chaque décennie de son existence, ses voisins ou les Palestiniens nous ont fait la guerre, et le monde a regardé dans un silence relatif. Dans les années postérieures au soi-disant traité de paix d'Oslo, le monde s'est tu alors que les Israéliens étaient l'objet de centaines d'explosions-suicide, d'attaques à l'arme blanche, de tirs à partir de véhicules et d'enlèvements. Malgré cela, le monde s'est cru autorisé à nous critiquer ouvertement quand nous avons mis en place des postes de contrôle et construit une barrière de sécurité pour nous protéger.

Non, nous ne pouvons pas comprendre que, alors qu'en 2006, des milliers de missiles tirés par le Hezbollah pleuvaient sur un tiers de la population israélienne, les dirigeants du monde ont jugé important de critiquer la réaction militaire d'Israël. De même, nous avons lu et entendu leur critique durant l'opération « Coulée de Plomb » à Gaza. Ils sont restés muets, plutôt que d'émettre la moindre appréciation pour la retenue de l'armée israélienne durant les années au cours desquelles les roquettes Kassam tirées de Gaza obligeaient la population du sud d'Israël à dormir dans des abris contre les bombardements. Mais, bien entendu, ils ont recouvré la voix quand l'armée israélienne est entrée dans Gaza pour localiser et détruire les lanceurs de roquettes du Hamas.

Non, nous ne pouvons pas supporter l'idée d'une négation de l'Holocauste par le président iranien qui finance le Hezbollah et le Hamas et affirme ouvertement son désir d'avoir un potentiel nucléaire et de détruire l'"entité sioniste".

Non, nous ne pouvons pas concevoir que vous ne fassiez rien de plus que de proposer davantage de sanctions contre l'Iran. Vous appelez cela « endiguement », n'est-ce pas ? C'est-à-dire, jusqu'à ce que ce pays finisse par avoir les armes nucléaires qu'il désire, pas vrai ?

Non, nous ne pouvons pas accepter une Jérusalem divisée. Jérusalem est la capitale éternelle d'Israël et du peuple juif. Elle est la seule ville sainte du peuple juif – et non la « troisième ville sainte », comme elle l'est pour les musulmans – et elle l'a été depuis plus de 2000 ans. Nous ne pouvons pas non plus laisser nos amis nous dicter où nous pouvons ou ne pouvons pas bâtir dans Jérusalem, ni nous voir insulter quand nous agissons à notre guise dans notre terre.

Non, nous ne pouvons pas comprendre pourquoi vous avez passé la première année de votre présidence à donner l'accolade à d'aussi brillants guides de la liberté et de la démocratie que Chavez le Vénézuélien, ou Moubarak l'Egyptien, et à vous prosterner devant Abdullah le roi d'Arabie. Je sais que vous êtes au courant de la brutalité et de l'absence de démocratie qui caractérisent de telles non-démocraties, des décapitations, de l'interdiction faite aux femmes de témoigner en justice ou simplement de conduire, le manque de tolérance envers des gens qui sont différents.

Non, nous ne pouvons pas comprendre pourquoi vous avez choisi de faire si grand cas du fait que des Juifs construisent dans leur ville la plus sainte en Israël, où les Arabes jouissent de plus de liberté que dans n'importe quel pays arabe. Nous sommes une cible facile, nous le savons, mais, s'il vous plaît, ne pensez-vous qu'il vaudrait la peine de trouver quelque chose de plus substantiel dont vous pourriez faire grand cas, et de préférence dans une non-démocratie ?

Non, nous ne pouvons pas nous figurer pourquoi vous ne nous "comprenez" pas encore, nous les Israéliens. Nos  gouvernements ont à plusieurs reprises fait preuve d'un ferme engagement pour la paix, et d'une disposition à payer un prix élevé pour cela. En 1947, nous avons accepté la résolution de l'ONU de partition de la Palestine en deux Etats, malgré le fait que nous n'avions pas le contrôle de Jérusalem ni des quartiers avoisinants. Les Arabes ont rejeté cette résolution et déclaré la guerre à notre Etat nouveau-né. En 1979 nous avons renoncé au Sinaï, un territoire plus grand que la taille de l'Etat d'Israël, pour faire la paix avec les Egyptiens.

En 1999, nous nous sommes retirés du Sud-Liban, permettant au Hezbollah d'établir ses bases sur nos positions. Une année plus tard, le Premier ministre israélien, Ehud Barak, offrit aux Palestiniens 97 % de la Cisjordanie et 100% de Gaza, tout en consentant à démanteler 63 implantations et en acceptant l'idée que des quartiers de Jérusalem-est puissent devenir la capitale d'un nouvel Etat palestinien. Cela aussi fut rejeté par les Palestiniens. En 2005, le Premier ministre, Ariel Sharon, poussa unilatéralement les concessions jusqu'à son plan de désengagement qui conduisit à l'expulsion des Juifs de Gaza.

Non, nous ne pouvons pas vous faire confiance, du moins pas encore. La confiance se mérite. J'apprends à mes filles à ne pas prêter trop d'attention aux mots mais d'être très attentives aux actes. Mon peuple a démontré par ses actes que nous sommes prêts à payer un prix élevé pour la paix et la sécurité. En plus d'une occasion, vous avez dit que vous étiez engagés à la sécurité d'Israël et que vous ne toléreriez pas un Iran ayant une capacité nucléaire. Maintenant il est temps de faire en sorte que vos actes coïncident avec vos paroles. Une solution à deux Etats avec le peuple palestinien a peu de pertinence si l'Iran atteint ses objectifs nucléaires.

Avi Ifergan *

© Jewish Press

* Avi Ifergan occupe une haute fonction administrative ; il vit avec sa femme et ses trois enfants à Rehovot.

Mis en ligne le 22 avril 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org