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Discours du Premier Ministre Benjamin Netanyahu à Yad Vashem pour le Yom haShoah

Texte anglais mis en ligne sur le site du Bureau du Premier ministre d'Israël, le 11 avril 2010

Texte anglais : "PM Netanyahu's Speech at the Holocaust Martyrs' and Heroes' Remembrance Day Ceremony".

Traduction française: Menahem Macina, pour France-Israël


Ce soir, en cette veille du Jour du Souvenir des Martyrs et Héros de l'Holocauste, nous nous souvenons de nos frères et sœurs qui ont été assassinés dans les camps de la mort, dans les forêts et dans les champs où avaient lieu les massacres. Nous écoutons la voix des survivants, qui sont comme la voix des millions qui sont morts.

Avant de périr, beaucoup de victimes ont supplié :

« Ne nous oubliez pas. Racontez ce qui nous est arrivé ; dites au monde, dites aux générations à venir, combien grande a été notre souffrance, à quel point l'horreur a été terrible, quelle a été l'ampleur de notre sacrifice. »

Nous avons une très grande dette envers les survivants, pour le courage qu'ils ont eu de reprendre le cours de leur vie, de créer des familles, et de contribuer à l'édification du pays, et pour avoir eu le courage de témoigner et de raconter leur expérience. Ce n'est qu'au cours de ces dernières années que nous avons fait davantage pour aider les survivants et leur faciliter les choses pour, et nous continuerons à le faire.


Chers invités,

Il y a quelques mois, j'ai pris la tête de la délégation israélienne à la cérémonie marquant le 65ème anniversaire de la libération des camps de la mort d'Auschwitz et Birkenau. La veillée aux flambeaux a eu lieu à l'extérieur, devant le monument. La température était de 15 en dessous de zéro, mais il faisait encore plus chaud que le terrible hiver de 1944-1945, lorsque la température varie de 30 à 35 degrés en dessous de zéro. Nous sommes restés environ 30 minutes lors de la cérémonie, habillés en conséquence, mais néanmoins nous étions gelés. Soudain, j'ai compris la simple et terrible vérité sur les millions de mes frères et sœurs, qui ont fini en ce lieu maudit ; Ceux qui n'ont pas été brûlés, ont été gelés, et ceux qui n'ont pas été gelés ont été brûlés.

Plusieurs mois auparavant, j'avais visité la villa de Wansee [1] à Berlin. Là j'ai vu, j'ai vu l'original de l'invitation à la réunion de hauts responsables nazis, au cours de laquelle ils ont décidé d'éliminer le peuple juif. Sur l'invitation qui a été envoyée par le chef adjoint de la SS, on pouvait lire :

« Le chef du bureau de la sécurité du Reich, Reinhard Heydrich, vous invite cordialement à une discussion sur la Solution Finale du problème juif. Le petit déjeuner sera servi à 9 heures. »

C'est ainsi que, dans une élégante villa de la rive d'un lac pastoral, au cours d'un déjeuner accompagné de verres de cognac, quinze hommes décidèrent de détruire notre peuple. Il n'y a pas eu un battement d'yeux, personne n'a exprimé de doute sur la mission, ni sur sa nécessité, ni sur son équité. Immédiatement après le repas, ils ont commencé leur travail pour effacer la descendance d'Abraham de la surface de la terre.

Tandis que je circulais dans la villa, allant d'un document à l'autre, j'étais rempli d'une rage impuissante, et ce sentiment a continué de grandir jusqu'à m'inonder. A la fin de la visite, mon hôte allemand m'a demandé d'écrire quelque chose dans le livre d'or. Je me suis assis dans le fauteuil et la tristesse et la colère ont jailli et se sont mises à déborder. Et, à cause de cette tempête d'émotions je n'ai écrit que trois mots : Am Israel haï. [Le peuple d'Israël est vivant].

Ce soir, sur le Mont Herzl, je redis ces mots : Am Israel haï. Et le peuple d'Israël continuera à vivre. Il a rétabli son pays, rassemblé ses exilés, construit son armée, peuplé sa patrie et réunifié sa capitale, Jérusalem. « La Terre d'Israël est le lieu où est né le peuple juif » : tels sont les termes par lesquels David Ben Gourion a fait débuter la Déclaration d'Indépendance [2]. L'Etat d'Israël est né de ruines et de cendres, et aujourd'hui, il impressionne le monde entier par la force de sa créativité et de sa capacité d'innovation, par ses recherches et ses connaissances avancées, par l'élan de son économie et de sa société libre et démocratique.

En quelques décennies, l'Etat d'Israël est devenu l'un des pays les plus avancés du monde : les produits israéliens contribuent à guérir des maladies et à nourrir des millions de personnes ; les progrès de la technologie israélienne aident à irriguer les champs et les vergers sur tous les continents ; et les inventions israéliennes aident à économiser de l'énergie dans tous les coins de la planète. Israël est une riche source d'innovations pour le monde, et est prêt pour l'avenir.

Toutefois, aujourd'hui, nous devons poser la question : Avons-nous tiré les leçons de l'Holocauste ? Je crois qu'il y en a trois : affermir notre force, enseigner à bien agir, et combattre le mal.

La première leçon – affermir notre force – nous concerne d'abord et surtout, nous, peuple d'Israël, qui avons été abandonnés et sans défense quand nous faisions face aux vagues de haine meurtrière qui nous ont frappés, à maintes reprises.

« A chaque génération, il y a ceux qui se dressent contre nous. » Et, dans cette génération, nous devons affermir notre force et notre indépendance, afin d'être en mesure d'empêcher l'ennemi d'aujourd'hui de réaliser son plan.

Affermir notre force, est la première condition de notre existence.

En fin de compte, c'est aussi une condition nécessaire que d'inclure dans la dynamique de la paix les voisins qui acceptent notre existence.

La deuxième leçon – enseigner à bien agir – implique d'accepter ou plutôt d'enseigner à accepter l'autre avec ses opinions divergentes. C'est le fait de que tout homme a été créé à l'image de D.ieu et que tout homme a pleinement droit à la liberté, et au choix de sa voie propre.

C'est l'essence d'une société libre. C'est le fondement qui empêche la croissance d'une idéologie nazie ou de toute autre idéologie fanatique qui prêche le génocide et le réalise.

C'est ce que nous enseignons aux enfants d'Israël, qui est un pays magnifique, un modèle de tolérance dans une région ténébreuse et fanatique.

 

Mais, Mesdames et Messieurs, cet enseignement d'avoir à faire le bien a un aspect complémentaire, et c'est la troisième leçon de l'Holocauste : combattre le mal. Il ne suffit pas de se contenter de faire le bien et d'être tolérant. Une société libre doit se demander ce qu'elle fera lorsqu'elle sera confrontée aux forces destructrices du mal qui cherchent à détruire et à fouler aux pieds l'homme et ses droits.

Il n'y a pas de tolérance sans limites, et les limites de la tolérance, doivent être soulignées. Et tous les pays libres doivent définir les limites qui sont les leurs.

L'échec historique de la société libre lorsqu'elle a été confrontée à la menace nazie, a été de ne pas se dresser à temps contre elle, alors qu'il y avait encore une chance de l'arrêter.

Et nous voici aujourd'hui à nouveau, témoins de l'incendie de la nouvelle-ancienne haine, la haine des Juifs, qui est exprimée par des organisations et des régimes associés à l'islam radical, dirigé par l'Iran et ses satellites.

Les dirigeants iraniens se hâtent de développer des armes nucléaires et proclament ouvertement leur désir de détruire Israël. Mais, face à ces appels répétés à effacer l'Etat juif de la surface de la terre, dans le meilleur des cas, nous entendons une faible protestation, et même celle-ci a tendance à s'estomper.

On n'entend ni la ferme protestation qui était requise, ni une condamnation tranchante, ni un cri d'avertissement.

Le monde continue comme à l'habitude, et des critiques nous sont même adressées à l'encontre d'Israël.

Aujourd'hui, 65 ans après l'Holocauste, nous devons dire en toute honnêteté que ce qui est le plus scandaleux, c'est qu'il n'y ait pas d'indignation. Le monde accepte progressivement les déclarations de l'Iran visant à détruire Israël, et nous ne voyons toujours pas la détermination internationale nécessaire pour empêcher l'Iran de s'équiper d'armes nucléaire.

Si nous avons retenu quelque chose des leçons de l'Holocauste, c'est que nous ne devons pas garder le silence, ni nous laisser impressionner face au mal.

J'appelle tous les pays éclairés à se dresser pour condamner avec force et fermement les intentions destructrices de l'Iran, et à agir avec une réelle détermination pour l'empêcher de se doter d'armes nucléaires.

Ce sont les trois leçons de l'Holocauste : combattre le mal, enseigner le bien et affermir notre force.

Mes amis, d'où provient notre force ? De notre unité, de notre héritage, de notre passé et de notre avenir communs. Ensemble, nous conservons précieusement notre passé. Ensemble, nous frayons la voie à notre avenir.

Nous ne sommes pas ici par hasard. Nous sommes revenus sur cette terre parce que c'est notre terre ; nous sommes revenus à Sion parce que c'est notre ville. Nous créons des routes du nord au sud et transformons une terre stérile en un jardin florissant. C'est notre réponse à ceux qui veulent nous détruire.

C'est ce qu'a dit le prophète Isaïe [Is 56, 5]:

"Au lieu de l'épine poussera le cyprès, au lieu de la ronce croîtra le myrte ; et ce sera pour l'Éternel un mémorial ; un signe perpétuel, qui ne sera pas arraché... Et quant à eux, je leur donnerai dans Ma maison et dans mes murs, un monument et un nom [3]… Je leur donnerai un mémorial éternel, qui ne sera pas retranché."


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Notes du traducteur

[1] C'est dans cette villa qu'a été décidé le sort des Juifs d'Europe, ce qu'on a appelé «la solution finale». Sur cette conférence, voir l'intéressante analyse sur Histoblog.

[2] Voir le texte de la Déclaration d'Indépendance qui figure sur notre site.

 [3] C'est la traduction traditionnelle de l'expression hébraïque qui figure dans ce verset : yad vashem.


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Mis en ligne le 21 avril 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org