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Post-sionisme

S. Trigano : « L'appel de J Call est un encouragement à la guerre pour les ennemis d'Israël »
03/05/2010


Texte repris du site de l'UPJF


Interview de Shmuel Trigano au site Upjf.org, à la veille du lancement officiel de l'appel J CALL à Bruxelles, et alors que la contre-pétition recueille déjà plus de signatures que celle de J Call, Shmuel Trigano a confié en exclusivité à l'
UPJF les raisons de son engagement et de l'initiative de l'appel "Raison Garder", qu'il a prise avec d'autres intellectuels, Juifs et non-Juifs.

 

UPJF - Shmuel Trigano, vous êtes un des initiateurs de l'appel "Raison garder", qui est une contre-pétition lancée en réaction à "l'appel à la raison" [sic] de l'organisation J Call, qui appelait l'Union européenne à faire pression sur Israël. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez jugé bon de réagir à cet appel et en quoi celui-ci constitue une atteinte et un danger pour la démocratie et pour Israël ?

C'est une déclaration que nous avons initiée, Raphaël Draï et moi-même, et dont les co-signataires sont quelques intellectuels et universitaires, Juifs et non Juifs, notamment Pierre André Taguieff et Michèle Tribalat. [Cette déclaration] est en passe de recueillir 4000 signatures (www.dialexis.org) *. Objectivement, et quelle que soit l'intention des signataires de J Call, leur déclaration appelle à imposer à Israël - et Israël seul est présenté comme un obstacle à la paix – une « solution » qu'ils définissent comme « la paix ». On ne ferait pas mieux pour court-circuiter les procédures du seul Etat démocratique de la région et le mettre sous tutelle internationale, c'est-à-dire saper les bases de sa souveraineté. Comment peut-on définir ainsi le « souci d'Israël » dont se recommandent les signataires ? Indexer une prise de position partisane à la « raison », à la « morale » et à « l'honneur » relève d'une forme de ce que l'on appelait au XVIIIe siècle le « despotisme éclairé ». La raison est d'ailleurs étrangement invoquée alors que la légitimité qu'invoquent les signataires s'abreuve à leurs origines identitaires.

UPJF – Comment expliquez-vous que des intellectuels réputés pro-Israéliens, comme A. Finkielkraut ou Bernard Henri Lévy, considèrent qu'il est nécessaire que l'UE fasse pression sur Israël, et se rangent aux côtés d'un personnage comme Daniel Cohn Bendit, qui n'a rien d'un ami d'Israël ? S'agit-il de naïveté, d'ignorance, ou peut-être d'arrogance ?

C'est tout à fait regrettable, car leur espoir est mis en Obama et dans l'Union Européenne dont on sait l'inimitié contenue qu'ils manifestent envers l'Etat d'Israël, des acteurs politiques dont l'engagement [en faveur] de la cause arabe et palestinienne est absolument incontestable. Il faut espérer que les signataires se sont suffisamment informés avant de prendre une position aussi pointue [lire : en pointe], de façon à en assumer pleinement les conséquences, dans une période où la délégitimation de l'Etat d'Israël – qui met en jeu son existence – va bon train dans tous les pays occidentaux, y compris aux Etats-Unis. Il y a une grande naïveté dans une telle posture, car, aux yeux des ennemis d'Israël, c'est comme si l'on donnait le signal de l'hallali. Il n'y a pas de meilleure façon d'encourager la guerre à l'époque de la menace nucléaire iranienne et des Scud que la Syrie vient de transférer au Hezbollah. Il n'y a pas de meilleure façon d'accabler la moralité d'Israël auprès de l'opinion publique. Je n'ai vu aussi aucun de ces signataires manifester son scandale face aux falsifications du Rapport Goldstone (1) - pourtant un document capital dans le courant antisémite contemporain - ni face au bellicisme palestinien fondamental qui s'exprime par tous les pores de la société civile et de la politique palestiniennes. L'Autorité Palestinienne est le cerveau de la campagne mondiale du boycott d'Israël. C'est vrai, ce n'est pas chic de dire cela dans le politiquement correct contemporain et cela vous ferme les portes de la « bonne société ». C'est néanmoins la vérité. Qu'on me démontre le contraire ! En démocratie, il est légitime que les acteurs défendent leurs intérêts. Je crois que les Palestiniens et leurs alliés mondiaux suffisent à la tâche de défendre les leurs. Il est temps de rétablir les choses dans leur juste mesure.

UPJF – Vous avez participé il y a longtemps à des réunions de La Paix Maintenant – dont J Call est le dernier avatar – et vous connaissez ce mouvement de près. En quoi est-il dangereux pour Israël et comment expliquer qu'il s'accroche désespérément aux mêmes slogans depuis plusieurs décennies, alors que ceux-ci sont démentis par les faits ?

Il y a de cela fort longtemps... en 1979, j'avais participé à un des premiers colloques israélo-palestiniens à Washington, organisé par la revue israélienne New Outlook, c'est dire le chemin parcouru au fil des expériences que j'ai pu faire des Palestiniens et aussi de la base psychologique et théorique de leurs soutiens. C'est très complexe. L'impératif du « Maintenant/Akhchav » témoigne depuis toujours d'un volontarisme intempestif qui est à l'opposé de la diplomatie et de la politique. L'idée aussi de s'adresser à New York et à Londres plutôt qu'aux citoyens israéliens, à Dimona et à Tibériade, pour faire pression sur le gouvernement que ces derniers ont élu m'a toujours choqué et fait douter de l'identité de « gauche » de ce mouvement originellement israélien. L'idée de la « Paix maintenant » est une idée messianique, [ni plus ni] moins que celle du « Bloc de la foi ». Elle n'a rien de « rationnel ». Elle est un défi à une approche stratégique. De ce point de vue-là, elle ne peut conduire qu'à l'échec dans l'ordre du politique et, hélas, de l'existence. Un Etat palestinien qui serait érigé sans que la paix soit absolument assurée deviendrait un tremplin pour la destruction - violente ou douce - de l'Etat d'Israël. Comment peut-on encore tenir une telle position après l'échec du retrait de Cisjordanie sous l'égide du processus d'Oslo, du retrait du Liban et de Gaza ? Le retrait auquel appelle J Call ouvrira sur une catastrophe semblable, déjà trois fois répétée. J'attendrais de J Call (ou d'un « P(alestinian) Call » à venir) qu'il appelle les Palestiniens à reconnaître en Israël un Etat juif légitime, tout comme l'Autorité Palestinienne a défini la future « Palestine » comme « arabe » et « islamique », et à renoncer officiellement au droit au retour des réfugiés en vertu de l'échange de populations qui s'est produite avec le monde arabe, à l'issue de la guerre d'extermination qu'ils avaient lancée avec les pays arabes contre le jeune Etat d'Israël.

UPJF – Face à l'appel de J Call, les institutions communautaires juives françaises se sont montrées remarquablement unies dans leur soutien au gouvernement démocratiquement élu de l'Etat d'Israël. Comment faire entendre la voix majoritaire des Juifs de France, solidaires d'Israël, régulièrement étouffée dans les médias, qui préfèrent donner la parole aux intellectuels alter-juifs ou proches de l'extrême gauche israélienne ?

Je tiens à souligner que notre déclaration est fondamentalement le fruit de l'initiative de personnalités indépendantes qui n'ont pour toutes ressources que la pensée et la conscience morale. Son succès auprès du public et des institutions juives est encourageant. Il y a là un vrai courant d'opinion qui n'embrasse pas seulement des cercles sélects mais toute la société civile dans ses moindres recoins. Or, depuis la deuxième Intifada, cette opinion est refoulée, bafouée, caricaturée, par ce qu'il faut bien appeler « l'idéologie dominante ». Vous voyez déjà de quels soutiens de presse bénéficie J Call, dont tous les communiqués ont été repris par presse et médias. On voit de quels appuis il bénéficie au Parlement européen. Le traitement que nous a réservé la dépêche de l'AFP  (le 28/04/10 à 13h 14) est très symptomatique :

« Cet appel crée des remous dans la communauté juive française. Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a déploré à l'AFP des "formulations pas acceptables dans ce texte". Sur internet, les réactions sont nombreuses et JSSNews.com, un webzine d'opinion israélien ayant pour langue principale le français, a lancé une campagne baptisée "Raison garder" pour "contrer J Call", relayée par l'Union des patrons et des professionnels juifs de France ».

En somme, notre déclaration ne peut venir que des institutions d'une communauté « communautariste » et ses auteurs ne peuvent être que des étrangers, de surcroît israéliens, mais parlant pourtant bizarrement français.

Depuis la deuxième Intifada, tous les médias ont ouvert leur micro à des voix juives hostiles aux communautés juives et à Israël, dont la plus grave des responsabilités est d'avoir dénié la réalité de l'antisémitisme. Elles ont accaparé la représentativité des Juifs tout en prétendant être en proie à la persécution d'une communauté juive, accusée de « tribalisme », de « communautarisme », d'« intégrisme », etc., alors que cette dernière et les intellectuels qui pensaient autrement ont été systématiquement exclus de la scène publique nationale, ou caricaturés avec stridence.

UPJF – L'appel "Raison Garder" va-t-il être suivi d'autres initiatives ? Comment peut-on vous aider ?

C'est à voir. Nous ne sommes qu'au début des problèmes et des défis à venir. Ils vont se précipiter. Il est important que l'opinion que nous avons cristallisée continue à s'exprimer et à tracer son sillon dans le paysage français et européen. Nous avons surtout besoin de relais et de moyens qui nous permettent de continuer à manifester cette présence.


© Shmuel Trigano et Upjf

Propos recueillis pour le site Upjf.org

 
(1) [Falsifications] démontrées par a + b dans 250 pages d'études factuelles, diplomatiques, juridiques de la dernière livraison de Controverses (n° 13, mars 2010).

 

* N.d.R : L'appel "Raison Garder" vient de dépasser les 4 000 signatures.


[Texte aimablement signalé par V. Perez.]

 

Mis en ligne le 3 mai 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org