Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Elie Wiesel : « Jérusalem est au-dessus de la politique »
19/05/2010


[Plusieurs activistes juifs ont traduit ce texte. Conformément à mon habitude, j'ai cru devoir faire ma propre traduction de ce beau texte, à partir de l'original, sans que cela implique la moindre dépréciation des efforts méritoires des autres traducteurs. (Menahem Macina).]

 

Texte original anglais : "Elie Wiesel Jerusalem is Above Politics", reproduit par la Rédaction de Arutz Sheva, 17 avril 2010

 

Traduction française : Menahem Macina, pour France-Israël

 

Auteur et avocat de renommée mondiale de la cause juive, lauréat du Prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah Elie Wiesel a exprimé ses vues sur la ville de Jérusalem dans une pleine page [payante] des plus importants journaux américains, l'International Herald Tribune, le Washington Post et le Wall Street Journal du 16 avril 2010, et dans le New York Times du 18 avril 2010.

 


C'était inévitable, Jérusalem est, une fois de plus, au centre de débats politiques et de tempêtes internationales. De nouvelles et d'anciennes tensions se font jour à un rythme inquiétant. Dix-sept fois détruite et dix-sept fois reconstruite, Jérusalem est encore au centre d'affrontements diplomatiques qui pourraient mener à un conflit armé. Ni Athènes, ni Rome n'ont suscité autant de passions.

Pour le Juif que je suis, Jérusalem est au-dessus de la politique. Elle est mentionnée plus de six cents fois dans l'Ecriture, et pas une seule fois dans le Coran. Sa présence dans l'histoire juive est écrasante. Il n'y a pas de prière plus émouvante de l'histoire juive que celle qui exprime notre ardent désir de retourner à Jérusalem. Pour beaucoup de théologiens, elle EST l'histoire juive ; pour de nombreux poètes, elle est une source d'inspiration. Elle appartient au peuple juif et, beaucoup plus qu'une ville, elle est ce qui lie un Juif à l'autre d'une manière qui reste difficile à expliquer. Quand un Juif visite Jérusalem pour la première fois, ce n'est pas la première fois, c'est un retour chez soi. La première chanson que j'ai entendue était une berceuse de ma mère à propos et en faveur de Jérusalem. Sa tristesse et sa joie font partie de notre mémoire collective.

Depuis que le roi David a pris Jérusalem pour capitale, des Juifs ont vécu dans ses murs, à l'exception de deux interruptions : lorsque les envahisseurs romains leur interdirent l'accès à la ville et, à nouveau, sous l'occupation jordanienne [de 1948 à juin 1967], quand il était interdit aux Juifs, quelle que fût leur nationalité, de se rendre dansle vieux quartier juif, pour méditer et prier au Mur, dernier vestige du temple de Salomon. Il est important de se souvenir que, si la Jordanie ne s'était pas jointe à l'Egypte et à la Syrie dans la guerre contre Israël [en juin 1967], la vieille ville de Jérusalem serait encore arabe. Tant il est vrai que si les Juifs étaient prêts à mourir pour Jérusalem, ils ne tuaient pas pour Jérusalem.

De nos jours, pour la première fois de l'histoire, les Juifs, les chrétiens et les musulmans, peuvent, en toute liberté, prier dans leurs sanctuaires. Et, contrairement à certains comptes-rendus de presse, Juifs, chrétiens et musulmans PEUVENT construire leur maison en n'importe quel point de la ville. L'angoisse à propos de Jérusalem, n'est pas une question foncière, mais une question de mémoire.

Quelle est la solution ? La pression n'aura aucun effet. Y a-t-il une solution ? Il doit y en avoir - il y en aura - une ! Pourquoi s'attaquer prématurément au problème le plus complexe et le plus sensible ? Pourquoi ne pas prendre d'abord des mesures qui permettront aux communautés israéliennes et palestiniennes de trouver le moyen de vivre ensemble dans un climat de sécurité ? Pourquoi ne pas laisser le plus difficile et le plus délicat problème pour ce moment-là ?

Jérusalem doit rester la capitale spirituelle juive du monde, non pas un symbole d'angoisse et d'amertume, mais un symbole de confiance et d'espérance. Comme l'a dit le maître hassidique, Rabbi Nahman de Bratslav : « Tout dans ce monde a un cœur ; le cœur lui-même a son propre cœur. »

Jérusalem est le cœur de notre cœur, l'âme de notre âme !


© Elie Wiesel


Mis en ligne le 23 avril 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org