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Alain Finkielkraut

Finkielkraut défend Israël mais continue à s'ériger en donneur de leçons au gouvernement israélien en « J-Callisant » à tout va, Menahem Macina
19/06/2010

 

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Pour voir la vidéo, cliquer sur ce lien ou sur le cliché

Victor Perez me signale fort à propos cette intéressante vidéo. Ecoutez-la attentivement. Son contenu consolera un peu ceux et celles d'entre nous qui n'apprécient pas le ralliement de cet intellectuel talentueux à l'Appel à la raison de J Call (*), qui, selon ses propres termes, « critique et dénonce l'immobilisme du gouvernement israélien ». Personne ou presque ne doute que M. Finkielkraut soit un ami et un défenseur d'Israël, mais pourquoi se croit-il investi de la mission de critiquer et de juger la stratégie politique et les opérations militaires décidées par le gouvernement de ce pays dans lequel il ne vit pas et dont il semble ignorer qu'il n'est pas une dictature ? Les prises de décision à l'échelon politique dans ce pays – sans doute notre philosophe l'ignore-t-il – sont démocratiques et ne sont pas le fait du prince. En outre, il ne s'agit pas d'un Etat « normal » qui fonctionne dans un environnement pacifique comme la plupart des pays démocratiques occidentaux. C'est un pays malheureux, en danger, dont les nations du monde font sans cesse les gorges chaudes, dont les moindres faits, gestes et déclarations sont passés au peigne fin, mis en doute, et « bénéficient » d'un préjugé défavorable…

Par ailleurs, en qualifiant l'opération d'abordage de « fiasco », M. Finkielkraut, qui sait lui, aujourd'hui, ce que ne pouvaient savoir les décideurs politiques et les stratèges militaires, s'arroge a posteriori un discernement prophétique qu'il n'a pas. En outre, je trouve peu honorable l'attitude qui consiste à donner, même involontairement, des armes aux ennemis du pays et du peuple que l'on prétend aimer. Sa réaction est sensitive, voire médiatique. C'est parce qu'il y a des morts qu'il est horrifié, comme l'est le pape, comme le sont toutes les "belles âmes".

Croit-il sérieusement qu'il y aurait eu un tel scandale dans les médias si 9 soldats israéliens avaient péri ? Et c'est bien ce qui se serait produit s'ils ne s'étaient pas défendus en faisant usage de leurs armes.

Pourquoi n'est-il pas venu à l'idée de M. Finkielkraut que c'est précisément pour éviter de déchaîner la rage des passagers du bateau à arraisonner, que les soldats ont d'abord fait usage de fusils à jet de peinture (Finkielkraut semble ignorer ce détail significatif). J'eusse davantage admis qu'il reproche à Tsahal sa naïveté – ce qui, soit dit en passant, n'est tout de même pas un péché mortel, pas même une inconséquence. Qu'il y ait eu erreur d'évaluation sur la détermination meurtrière d'un noyau dur de passagers, c'est probable, et il est possible que des sanctions soient prises contre les auteurs des défaillances, en particulier en matière de renseignement. Mais insister, comme le fait le philosophe polyvalent, sur le terme « fiasco » est pour le moins peu chevaleresque dans la bouche de l'ami d'Israël qu'il veut être, qu'il est sans doute.

Je souhaite la prompte guérison du prurit dont sont atteints trop d'intellectuels juifs, lequel les pousse à enseigner les autres en toute chose et surtout en matières politique, stratégique et militaire, qui ne sont pas de leur domaine d'expertise. Je souhaite aussi que les "simples juifs" comme moi, qui ne sont pas dépourvus pour autant de bon sens et de jugement, et qui ont été témoins une fois de plus – une fois de trop - de l'hubris d'un de nos meilleurs penseurs, le renvoient à son rôle de philosophe, qui consiste à mesurer les choses à l'aune de l'éthique et de la raison, et non à donner des leçons de stratégie militaire et de géopolitique à tout un gouvernement et à ses experts. Peut-être convient-il de montrer le tort considérable que causent, avec les meilleures intentions du monde, les Finkielkraut et autres intellectuels qui traitent Israël comme ceux qu'eux-mêmes stigmatisent par ailleurs pour les mêmes raisons, en refusant à ce seul pays le droit à l'erreur, à la douleur, à la colère, à l'action sous pression, renforçant, par leur hypercritique, tout ce que le monde compte d'Etats-voyous et de politiciens cyniques.

Qu'ils craignent de se voir appliquer la célèbre boutade : « Avec de tels amis on n'a pas  besoin d'ennemis ». Ou encore celle-ci : « Seigneur, protège-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge. »


Menahem Macina

(*) Sur J Call, voir, entre autres : Michel Gurfinkiel, "Qu'est-ce que J Call ?" ; Guy Millière, "Les « idiots utiles » de J Call" ; S. Trigano : "« L'appel de J Call est un encouragement à la guerre pour les ennemis d'Israël »", etc.

© France-Israël

Mis en ligne le 5 juin 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org