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Israël (lynchage médiatique)

Le lynchage politico-médiatique de l'Etat Israël. Un antisémitisme décomplexé ? Etat des lieux, Annick Azerhad
19/06/2010

 

[Un article qui vient fort à propos, en ce qu'il décrit la climat anti-israélien qui règne, non seulement dans le monde, mais en France, et l'intoxication des médias et de l'opinion publique dont il est responsable, avec tout ce que ce phénomène comporte de menaces pour l'intégrité d'Israël. (Menahem Macina).]


En 1991, je dialoguais avec un Juif d'URSS récemment émigré en Israël. A une question relative à l'antisémitisme dans son pays d'origine, mon interlocuteur me fit, le plus naïvement du monde, la réponse suivante : « Non, il n'y a pas d'antisémitisme. Il y a simplement des débats télévisés au cours desquels les invités se demandent si les Juifs sont responsables des problèmes du pays »...

En 2010, quelle réponse obtiendrait-on si l'on interrogeait un citoyen français ?

Certes, l'antisémitisme d'Etat n'existe pas. Les Juifs s'intègrent d'une manière générale dans le paysage républicain sur le plan socio-économique, avec les hauts et les bas que nous connaissons tous en cette période de crise.   

Qu'en est-il, cependant, sur le plan psychologique ? Que vit, sur le plan psychique, un citoyen d'origine juive, attaché à Israël, qui écoute la radio, regarde la télévision, lit les journaux et dialogue avec ses voisins ou ses collègues de travail ?

Pas un jour, en effet, ne passe sans que les médias nationaux ne vitupèrent Israël au point que, pour un jeune abreuvé d'informations données à l'état brut et sans recul historique, cet Etat apparaît comme une entité obscure aux instincts sanguinaires, avide de persécuter des Palestiniens. Une bête féroce à abattre, en somme.

Que les habitants de Sdérot, une ville israélienne proche de celle de Gaza – évacuée par l'Etat hébreu et prise par un coup d'état par le Hamas –, reçoivent une pluie de roquettes de la part de ses voisins est un fait négligeable pour les Européens : les Israéliens n'ont qu'à s'y faire. En France, une ville bombardée par une entité voisine impliquerait immédiatement une réponse de l'Etat à la grande satisfaction des citoyens mais en Israël, ce n'est pas pareil. Le Juif serait-il, par essence, celui qui doit recevoir les coups sans mot dire ?

Un inconscient issu de traditions millénaires revient au galop....

Aucune condamnation n'est portée contre ceux qui, au lieu de faire fructifier le territoire dont ils se sont emparés, préfèrent acheter des armes perfectionnées pour anéantir l'entité juive. Les chefs du Hamas, qui terrorisent leur propre population, oppriment les femmes, mutilent leurs opposants, sont absous par essence : serait-ce parce qu'ils sont face à des Juifs ? Curieux inconscient que celui qui anime l'esprit des commentateurs – on n'osera pas employer le terme de journaliste.

Tandis que le premier génocide du XXIe  siècle frappe des millions de gens au Darfour, seul le sort des Palestiniens préoccupe les médias français. C'est leur ennemi qui intéresse...

Aucune manifestation n'a été organisée dans les rues de France de la part du NPA, de la gauche, aucune déclaration n'a été faite par Dominique de Villepin, ni par Roland Dumas, pour dénoncer les atrocités perpétrées au Soudan... Comme ce sont des Arabes qui tuent leurs frères musulmans pour des raisons raciales délirantes, il est un peu plus gênant de dénoncer ces horreurs. L'enjeu est d'ailleurs trop négligeable sur le plan politique et électoral. Serait-ce, somme toute, à leurs yeux « un génocide sans importance » (1) ? 

A noter tout de même que les droits-de-l'hommistes français n'ont pas encore balayé devant leur porte à propos de l'accusation de la France, par les Tutsis, de collaboration au génocide dont ces derniers ont été  victimes. Qu'en pensent les hommes et femmes de gauche ? La lumière a-t-elle été faite ? Y a-t-il eu une demande d'enquête internationale impartiale sur un million de morts ?  


Une opportunité merveilleuse


Ces derniers jours, avec l'arraisonnement d'un bateau de militants pro-Hamas, dont certains ont des liens avérés avec le terrorisme, l'occasion est trop bonne : quelle jubilation de pouvoir encore condamner ce qui est considéré comme l'abcès du Proche Orient, le cancer du monde à éradiquer !

Roland Dumas, amoureux fou des Etats arabes et n'ayant jamais éprouvé la moindre sympathie pour l'Etat hébreu, donne des leçons d'histoire à Elisabeth Lévy sur France 3 : il compare l'occupation de la Rhénanie par Hitler à celle de Gaza par les Israéliens ! Comparaison hallucinante et intéressant transfert : les Français peuvent se laver ainsi de la souillure de Vichy et de tous leurs autres péchés en jetant sur l'Autre leur sentiment d'opprobre.

Dominique de Villepin, déjà en quête de son électorat pour les présidentielles, éprouve un besoin irrépressible de s'exprimer sur le problème du Proche-Orient. Aurait-il hâte de fermer la « parenthèse de l'histoire » que constitue l'Etat hébreu aux yeux de nombreuses personnalités françaises ? Le Hamas, en revanche, doit devenir un interlocuteur. Les intérêts des uns et des autres deviendraient-ils communs sur certains plans ?

L'Iran serait un partenaire respectable et les témoignages des opposants au régime des Mollahs torturés, mutilés n'émeuvent personne. Là encore, aucun défilé n'a jamais été organisé par la gauche française pour dénoncer les atrocités perpétrées à l'encontre des milliers de personnes qui ne réclament qu'une chose : la liberté.

Les neuf militants qui ont agressé à coups de barre de fer, de couteaux et d'armes à feu les soldats israéliens venus leur demander de se diriger vers le port d'Ashdod, sont bien plus importants aux yeux du monde politico-médiatique. Et pour cause : les soldats agressés ont eu l'aplomb de se défendre ! L'Etat hébreu a l'aplomb de ne pas vouloir céder face au Hamas.

Avant même que les faits soient établis, les condamnations pleuvent de toutes parts, notamment de l'ONU dont la Libye est présidente de sa Commission des droits de l'homme ! 

On s'aperçoit, au fil des jours, que les gentils pacifistes adorés en France ont eu des accointances avec des terroristes, mais quelle importance ? Israël doit faire preuve de bonne volonté…  même depuis que les islamistes sont arrivés au pouvoir en Turquie, et même lorsque ceux-ci proclament leur fraternité avec le Hamas.

 

Quelles conclusions tirer, quelles questions se poser ?


Assistons-nous à une propagande insidieuse digne des années 30, où tout ce qui est relatif à l'Etat hébreu et à tous ceux qui y sont attachés est intrinsèquement diabolique ? Seul le sacrifice du peuple pécheur sauverait, voire rachèterait l'humanité ? N'a-t-on pas là une transposition laïque, à l'échelle collective, d'une haine de l'individu juif ?

Comment un jeune Israélien qui entend le concert des voix de la haine du monde va-t-il se construire ? Aura-t-il le sentiment qu'il peut faire confiance à ceux qui le haïssent dans son essence ? L'Europe, de surcroît en pleine crise économique et morale, lui paraîtra-t-elle crédible ?

Cette Europe où l'on s'évertue à appeler au boycott d'un pays dont la superficie est de trois à quatre départements français…  mais qui a le tort d'exister.

Comment réagira d'ailleurs, à long terme, l'opinion israélienne tout entière si, quelles que soient les mesures prises par son gouvernement, elles sont systématiquement considérées comme monstrueuses ?  La paix avec l'Egypte, le retrait du Sinaï, celui de Gaza sont considérés comme nuls et non avenus par le monde. Alors, que doivent faire les citoyens du pays honni ? Jusqu'où ira leur patience ?

Il faut reconnaître que la propagande palestinienne excelle depuis des décennies. Elle a permis toutes les complaisances de monde à l'égard des exactions à l'encontre des Israéliens. Elle est sans comparaison avec la nullité de celle des Israéliens, qui font preuve, sur ce plan, d'une naïveté déconcertante.

Au nom de la liberté d'expression, les pires mensonges peuvent être proférés à propos de l'Etat hébreu. Une situation de ce genre dans les pays environnants serait impensable.

 

En Israël, des Juifs propagandistes, amoureux fous d'eux-mêmes et avides de montrer leur bonté aux yeux d'un monde prévenu contre leur pays, ont besoin de se mettre du bon côté.  Ils ont toute latitude pour sabrer leur peuple. Ainsi, des enseignants d'université incitent leurs étudiants à ne pas servir dans l'armée. Ils bénéficient pourtant d'années sabbatiques aux frais du contribuable,  de la protection de l'armée qu'ils vilipendent. Le tout dans une totale impunité. Il est si facile d'être un héros à peu de frais.

Il est dommage que ces Narcisse soient incapables de tirer les conséquences de leurs actes pour aller voir ailleurs : qu'ils s'installent en Iran, en Arabie saoudite, en Egypte, au Liban, etc. Ils verront s'ils disposent d'une liberté aussi grande pour exercer dignement leur profession.

Comment va se construire un jeune français juif qui finit, sur le plan psychologique, par être en droit de se considérer comme un citoyen de seconde zone, honni des médias et de nombreuses personnalités politiques ? Jusqu'à quand va-t-il pouvoir supporter l'aura du Hezbollah à la Sorbonne, la haine d'Israël à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm ? Pour faire carrière, faudra-t-il montrer patte blanche et exécrer en public cet Etat dérangeant ? Même avec peu de diplômes et moins de compétences, passera-t-on plus facilement devant un autre étudiant ? Certains disent que c'est déjà le cas. Pour obtenir un poste dans un journal célèbre et pour le conserver faut-il renoncer à ses principes, à ses idées, à son intégrité et à la vérité ?

Jusqu'à quand un Français devra-t-il se justifier s'il s'avise de répondre à un concitoyen sur la destination de ses vacances. Qu'un quidam évoque un voyage en Syrie – pays éminemment démocratique comme chacun sait – un murmure d'admiration et d'envie parcourt les interlocuteurs, qui s'extasient sur la beauté des paysages, l'intérêt des monuments. Personne ne songe à poser des questions d'ordre politique. Il suffit, en revanche, qu'un malheureux naïf évoque un voyage effectué en Israël pour qu'un climat de suspicion s'installe à son encontre. Les interlocuteurs, devenus des inquisiteurs et  qui ne connaissent pas plus le premier pays que le second, se montrent inquiets. La moralité du voyageur est mise en doute : que va-t-il donc faire dans ce pays oppresseur ? Pire encore, la légitimité de l'existence du pays est mise en question. Comme si celle de la Syrie, créée de toutes pièces par l'ONU, allait de soi, comme si celle de la Jordanie, constituée des deux tiers de la Palestine mandataire, n'avait pas à être mise en question – sinon, pourquoi alors parler de Cisjordanie ? -, les réflexes pavloviens vont bon train, les certitudes aussi...

Le monde est rongé par un cancer : celui de la haine de l'Etat d' Israël et de tout ce qu'il représente. Au lieu de chercher des solutions viables pour deux peuples, on demande aux Israéliens de se sacrifier. Ils ne l'accepteront pas et il faudra donc que le monde s'y fasse.

Et si l'on commence à douter de la légitimité de l'existence de cet Etat, il faudra alors s'interroger sur celle de tous les pays du Proche-Orient, de tous ceux qui ont été créés artificiellement par l'Europe et ses acolytes à la fin de l'empire ottoman et de l'empire colonial. Il faudra également regarder de plus près ce qui se passe dans ces pays, où les droits de l'homme et de la femme sont bafoués en permanence. Il y aura alors fort à faire. Mais après tout, pourquoi pas ? Mettons donc les cartes sur la table.

 

© Annick Azerhad *

 

* Responsable « Enseignants » de France-Israël.


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(1) Propos attribué à François Mitterand au moment du génocide des Tutsis au Rwanda. 

(2) Emission de Frédéric Taddei, Ce soir ou jamais, mardi 1er juin 2010. II n'est pas difficile de connaître les positions de l'animateur, qui est en adoration devant Tariq Ramadan et Houria Bouteldjia.

(3) Voir les incidents du 12 mai 2010, relatés par Raphaël Draï et Jacques Tarnero.

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Mis en ligne le 7 juin 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org