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Shoah

Scandale autour d'une Conférence sur la mémoire de la Shoah, au LFM [Lycée Français de Madrid], le 24 mai 2010
19/06/2010

 


[Je reçois d'un internaute particulièrement vigilant le rapport suivant, que je reproduis sous la responsabilité de cet internaute, car je n'en ai pas trouvé trace sur le Web. Je regrette de ne pouvoir donner plus de contexte pour la raison susdite. Sur le même sujet, mais en pire, voir mon article antérieur : "Face aux blasphèmes antisémites, pourquoi ce silence ?". (Menahem Macina).]


Cette conférence s'intègre dans le cadre des activités sur la mémoire de
la Shoah, inscrites au projet d'établissement, et a été validée au cours du conseil d'établissement du 19 novembre 2009.

Par mail du 6 mai 2010, le proviseur adjoint informe tous les professeurs et plus particulièrement les collègues directement concernés. Selon les recommandations de l'Inspectrice générale, Mme Matringe, cette conférence est obligatoire pour toutes les classes de premières et les professeurs ayant cours à cette heure-là ont la mission d'accompagner et d'encadrer leurs élèves; il n'est pas dit explicitement  mais [c'est], bien sûr, sous-entendu que les professeurs d'histoire annonceront à leurs élèves cette conférence et les prépareront en classe conformément au programme officiel d'histoire dont l'histoire de la Shoah fait partie.


Le jour de la conférence, les élèves se rassemblent devant le théâtre à 11h 15, ainsi que quelques professeurs qui viennent volontairement assister à la conférence [en prenant] sur leur temps libre. En revanche, la plupart des professeurs accompagnateurs (le hasard a voulu qu'il y ait une majorité de professeurs  d'EPS) arrivent ostensiblement en retard, puis, lorsque leurs élèves sont assis, certains s'installent encore ostensiblement au fond de la salle, indifférents à ce que font leurs élèves et manifestent leur désintérêt pour ce que dit le conférencier.

Dès le début de la conférence, qui portera sur “construction et usage de la mémoire de la Shoah”, l'attitude de nombreux élèves, non encadrés par leurs enseignants, s'avère surprenante, voire inquiétante : totalement indifférents aux propos du conférencier les élèves envoyaient des SMS, riaient, parlaient, recopiaient ou révisaient des devoirs d'économie et de physique qu'ils se passaient les uns aux autres, ils dormaient, mangeaient des chips. Nous avons même pu voir une élève qui se  maquillait, et un petit couple qui s'embrassait en se tenant par la main.

 

La deuxième partie de la rencontre était destinée à un échange entre élèves et conférencier.

Voici les questions qui ont été posées :

1º) Pourquoi Hitler s'en est-il pris seulement aux juifs ?

2º) Pourquoi les juifs ne se sont pas révoltés? *

3º) les paysans s'étaient révoltés contre les nobles, eux ! *

4º) [Quelle est] la position des églises ? *

5º) La conscience du génocide dans la société allemande [d']après-guerre.

6º) La conscience actuelle de la jeunesse en Allemagne sur le génocide.

7º) Pourquoi le peuple allemand a[t-il] soutenu Hitler jusqu'au bout ?

8º) Pourquoi est-ce que l'on n'étudie pas des génocides plus actuels comme, le Darfour, les Palestiniens ou les Arméniens ? *

9º) Il faudrait faire un parallélisme entre l'idéologie sioniste et l'idéologie nazie dans la recherche de l'espace vital. *

10º) Israël a été fondé par les USA pour détruire le monde arabe. *


[A la dernière question,] le conférencier a répondu : « je suis ahuri »

* Les questions  suivies d'un astérisque ont déclenché les applaudissements de nombreux élèves, soulignant ainsi qu'ils approuvaient leurs camarades qui n'hésitaient pas à placer le conférencier dans une situation difficile. La réponse ferme et indignée à la dernière question, déclenchera applaudissements et cris parfaitement inopportuns et qui ne ressemblaient en rien à une approbation…  


À ce moment-là un collègue, professeur d'histoire, indigné,  prendra le micro pour  reprocher avec fermeté aux élèves:

- leurs applaudissements intempestifs ;

- d'avoir amené le débat sur des sujets étrangers au contenu de la conférence.

Il précisera  aussi que l'étude d'autres génocides se fait  habituellement dans les cours d'histoire.

 

Notre analyse de ce qui s'est passé  va inclure des informations dont n'avons eu connaissance qu'après la conférence en rappelant des incidents graves qui se sont déroulés dans le passé au LFM.

En ce qui concerne le comportement des élèves pendant la conférence, il est apparu que, sur les 300 élèves environ présents (toutes les classes de premières et deux classes de  terminales accompagnées par  leurs professeurs d'histoire), près des deux tiers des élèves ignoraient ce qu'ils venaient faire car leurs enseignants d'histoire ne leur avaient parlé ni de la conférence, ni de la Shoah… pas plus que les enseignants qui les accompagnaient.

Les interventions des élèves  pourraient être divisées en 2 groupes:

- Des questions d'élèves convenablement informés sur la Shoah.

- Des questions/affirmations d'élèves non informés et, qui plus est, imprégnés des discours simplificateurs, voire mensongers, que  l'on peut entendre fréquemment dans de nombreux moyens de communication pro-palestiniens, ainsi que dans la salle des professeurs et dans certaines classes.  Les applaudissements soulignaient, sans ambiguïté aucune, le caractère agressif de certaines questions. Le conférencier a répondu avec calme et clarté à toutes ces questions  mais a cependant signalé que, même à La Courneuve, il n'avait jamais entendu ce type de questions… Et nous ajouterons que dans le passé, nous n'avions jamais entendu ce type de questions au LFM.

Notre conclusion n'est pas très optimiste.

L'enseignement de la Shoah au LFM se heurte, depuis pas mal de temps, à une grande hostilité, active de la part de quelques enseignants, ou passive de la part de nombreux enseignants. Nous constatons aussi que cette hostilité tend à se manifester avec de moins en moins de retenue… Rappelons que, déjà, en janvier 2008, une enseignante qui avait  refusé d'accompagner sa classe à une conférence du père Patrick Desbois avait justifié sa décision devant ses élèves par ces mots prononcés de manière très ironique, qui avaient provoqué la stupeur et l'indignation d'élèves et de parents:

Je trouve que, de toute façon, la Shoah vous en avez suffisamment entendu parler, on vous en parle depuis que vous êtes petits et ne vous inquiétez pas, l'année prochaine, ils recommenceront.

Cette enseignante avait alors  été soutenue par de nombreux collègues ainsi que par le syndicat majoritaire, au nom de la liberté pédagogique de l'enseignant. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Madame l'Inspectrice générale demandait dans son rapport que ces conférences soient obligatoires pour certains niveaux de classes et ne soient plus soumises à la décision arbitraire d'un enseignant !

Ce qui est incontestable, c'est que les élèves répètent ce qu'ils entendent autour d'eux  et au lycée en particulier… quelques collègues présents et certains élèves ont fait savoir discrètement qu'ils avaient vraiment eu honte ce jour-là !

D'ailleurs Monsieur le Proviseur du LFM, conscient de la gravité de ce qui s'est passé, a pris la décision de convoquer tant les professeurs accompagnateurs, que les professeurs d'histoire des classes concernées. Mais que peut vraiment faire l'institution pour éviter que se reproduise ce type de situations qui contribuent à rendre chaque fois plus difficile l'enseignement de la Shoah au LFM ?

Alors que pendant de nombreuses années, les activités au LFM ont constitué une référence pour le Ministère espagnol de l'éducation, qui a inclus récemment cet enseignement dans ses programmes officiels, l'image publique que donne le lycée après cet  « incident » nous semble pour le moins lamentable et préoccupante.

 

© Yvette Soulairol et Patricia Amardeil

 

[Texte aimablement adressé par P. Golt.]

 

Mis en ligne le 9 juin 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org