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Éditorialistes
Krauthammer, Charles

Ces juifs problématiques, Charles Krauthammer
19/06/2010

 

The Washington Post, 4 juin 2010

Texte original anglais : "Krauthammer : Those troublesome Jews".

Traduction française : Menahem Macina, pour France-Israël

[La réputation de Ch. Krauthammer n'est plus à faire ; J'ai déjà loué son immense talent et sa lucidité prophétique, je n'y reviendrai donc pas. Un mot seulement pour dire mon sentiment concernant cette chronique désabusée. Il s'agit d'un état des lieux  - aussi laconique et distancié qu'un diagnostic de maladie fatale (rappelons que s'il est titulaire du prix Pulitzer de journalisme, il est aussi médecin et neuropsychiatre de formation) -. de l'indifférence meurtrière du monde à l'égard du sort d'Israël et de l'injustice mondiale dont il est l'objet. Krauthammer ne vaticine jamais. Son constat est pire que la pire des vaticinations. C'est un acte d'accusation des nations indifférentes qui, non seulement se taisent sur le deux poids deux mesures effarant dont on use à l'égard de ce peuple, mais collaborent, activement ou passivement, à l'élimination politique, voire physique, de son foyer national recouvré, dans la portion congrue ce qui fut et reste sa terre. Krauthammer ne pleure pas, ce n'est pas son genre. Mais il nous fait pleurer, sans pathos, sans menaces ni objurgations, simplement en nous livrant son diagnostic sans appel. (Menahem Macina).]

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Sur l'auteur, voir l'article de Wikipedia

Le monde est indigné par le blocus de Gaza. La Turquie en dénonce l'illégalité, l'inhumanité, la barbarie, etc. Les habituels suspects des Nations Unies, le Tiers Monde et l'Europe se joignent à eux. L'administration Obama hésite.

Mais, comme l'écrit Leslie Gelb, l'ancien président du Conseil des Relations Etrangères, le blocus n'est pas seulement entièrement rationnel, il est absolument légal. Gaza, sous le régime du Hamas, s'est elle-même proclamée ennemie d'Israël, une déclaration appuyée par plus de 4 000 roquettes tirées contre un territoire civil israélien. Bien que s'étant engagé lui-même à mener une guerre incessante, le Hamas adopte une posture de victime quand Israël impose un blocus pour empêcher le Hamas de s'équiper de plus de roquettes encore.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, c'est avec une totale légitimité internationale que les Etats-Unis ont imposé un blocus à l'Allemagne et au Japon. Et durant la crise des missiles d'octobre 1962, nous avons imposé le blocus ("la quarantaine") à Cuba. Des bateaux russes en armes qui se dirigeaient vers Cuba ont rebroussé chemin parce que les Soviets savaient que la marine américaine, les aborderait ou les coulerait. Et pourtant, Israël est accusé de criminalité internationale alors qu'il fait exactement ce qu'a fait John Kennedy : imposer un blocus naval pour empêcher un Etat ennemi de s'équiper d'un armement meurtrier.

Oui, mais les bateaux pour Gaza n'effectuaient-ils pas une mission humanitaire ? Non. Sinon, ils auraient accepté la proposition d'Israël d'amener leurs marchandises dans un port israélien, pour vérifier la présence éventuelle d'armes, et qu'ensuite le reste soit acheminé à bord de camions par Israël jusqu'à Gaza, comme c'est le cas des 10 000 tonnes  hebdomadaires  de nourriture, de médicaments et autres fournitures humanitaires, envoyées par Israël à Gaza.

Pourquoi l'offre a-t-elle été refusée ? Parce que, comme l'a admis l'organisatrice, Greta Berlin, la flottille n'avait pas pour but d'acheminer de l'aide humanitaire mais de briser le blocus, c'est-à-dire de mettre un terme au dispositif d'inspection des cargaisons par Israël, ce qui se traduirait par des livraisons maritimes illimitées à Gaza et donc un armement illimité du Hamas.

Dans le passé, Israël a déjà intercepté, par deux fois, des bateaux, chargés d'armes iraniennes destinées au Hezbollah et à Gaza. Quel pays permettrait cela ?

Et plus important encore, pourquoi donc Israël doit-il recourir au blocus ? Parce que le blocus est la sauvegarde d'Israël, alors que le monde délégitime systématiquement la manière traditionnelle dont il se défend – préventive ou active.

1) Défense préventive : En tant que petit pays densément peuplé environné d'Etats hostiles, Israël a, durant le premier demi-siècle de son histoire, adopté la défense préventive, consistant à combattre sur le territoire ennemi (tels, le Sinaï et les Hauteurs du Golan), plutôt que sur le sien.

Là où c'était possible (au Sinaï, par exemple), Israël a échangé des territoires contre la paix. Mais là où les offres de paix ont été refusées, Israël a conservé les territoires comme une zone-tampon. C'est ainsi qu'Israël a conservé une petite bande du territoire du Sud-Liban pour protéger les villages du nord d'Israël. Et il a subi de nombreuses pertes à Gaza, pour éviter d'exposer les villes-frontière d'Israël aux attaques terroristes palestiniennes. C'est pour la même raison que l'Amérique mène une guerre d'usure en Afghanistan : Il s'agit de les combattre là-bas, pour ne pas être obligé de les affronter ici.

Mais, soumis à une pression extérieure écrasante, Israël a cédé. On a dit aux Israéliens que ces occupations n'étaient pas seulement illégales, mais qu'elles étaient la source des insurrections anti-israéliennes, et donc que le retrait, en supprimant la cause, amènerait la paix.

Les territoires contre la paix. Vous vous en souvenez ? Eh bien, au cours de la décennie écoulée, Israël a cédé des territoires en évacuant le Sud-Liban en 2 000, et Gaza en 2005. Et qu'a-t-il obtenu ? Une intensification de l'état de guerre, une lourde militarisation du camp ennemi, de multiples prises d'otages, des attaques transfontalières et, de Gaza, des années d'incessantes attaques de missiles.

2) Défense active : Ensuite, Israël a dû passer à la défense active, c'est-à-dire aux actions militaires en vue de désorganiser, démanteler et vaincre (pour reprendre la description, faite par le Président Obama, de notre campagne contre les Talibans et al Qaïda) les nouveaux mini-Etats terroristes nouvellement armés, créés au Sud-Liban et à Gaza après qu'Israël s'en soit retiré. 

Résultat ? La guerre du Liban en 2006, et l'opération de Gaza en 2008-2009, qui furent accueillies par une avalanche supplémentaire d'opprobre et de calomnie par la même communauté internationale qui avait demandé les retraits "territoires contre la paix" en premier lieu. Pire, le rapport Goldstone des Nations Unies, qui criminalisait essentiellement l'opération défensive de Gaza et en blanchissant le casus belli – à savoir, la guerre des missiles, qui avait précédé et n'avait pas été provoquée par Israël –, a eu pour effet de délégitimer toute action de défense israélienne active contre ses ennemis terroristes qui s'affirmaient eux-mêmes comme tels. 

3) Défense passive : Sans défense préventive ou active, Israël n'a rien d'autre que la plus passive et bénigne de toutes les défenses: un blocus, uniquement pour empêcher le réarmement de l'ennemi. Cependant, en ce moment même, on se dirige vers une délégitimation internationale de cette action également. Même les Etats-Unis s'orientent maintenant vers l'abolition du blocus.

Mais, si rien de tout cela n'est permis, que reste-t-il ?

Eh bien, c'est toute la question. C'est ce qu'ont compris les idiots utiles et sympathisants du terrorisme de la flottille briseuse de blocus, l'organisation turque qui l'a financée, le chœur anti-israélien automatique du Tiers-monde aux Nations Unies, et les Européens indifférents qui en ont vraiment assez du problème juif.

Que faire d'autre ? Rien. Tout l'objet de cette implacable campagne internationale est de priver Israël de toute forme légitime d'autodéfense, quelle qu'elle soit. C'est pourquoi, la semaine dernière justement, l'administration Obama a rejoint la meute des chacals, et inversé quatre décennies de pratique américaine, en signant un accord consensuel, qui démarque en particulier la possession d'armes nucléaires par Israël, délégitimant ainsi la dernière ligne de défense d'Israël ; la dissuasion.

Le monde est fatigué de ces Juifs qui font problème, ces six millions – encore ce nombre ! c'est dur pour les Méditerranéens – qui refusent toutes les invitations au suicide national. C'est pourquoi ils sont implacablement diabolisés, ghettoïsés et contraints de se défendre, alors même que les antisionistes jurés – iraniens en particulier – préparent une solution plus définitive.

Charles Krauthammer


© The Washington Post


[Original anglais aimablement signalé par M. Taub et Micky S.]

 

Mis en ligne le 10 juin 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org