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Christianisme

« Juifs et Chrétiens : surmonter le passé pour construire un avenir de paix mutuelle », conférence du Cardinal Kasper à l'Université Hope (R.-U)
21/06/2010

Original anglais : "« Jews and Christians: Overcoming the Past to Construct a Shared Future of Peace », A Lecture by Cardinal Kasper, at Hope University".


Traduction française : Menahem Macina pour rivtsion.org

 

Le Cardinal Kasper, Président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité Chrétienne, a donné une conférence à l'Université de Hope (Grande-Bretagne), le lundi 24 mai 2010.

 

Développements récents en matière de Relations judéo-chrétiennes

 

C'est pour moi un grand plaisir d'être dans cette université et de pouvoir vous faire part de quelques réflexions sur de récents développements et sur l'avenir des relations entre le christianisme – spécialement l'Eglise catholique – et la communauté juive. Quoique je n'aie aucune expertise et que mes connaissances universitaires en cette matière soient des plus limitées, je vous suis néanmoins très reconnaissant de votre invitation, et j'apprécie d'avoir l'opportunité de parler de ce thème qui est devenu une part essentiel de ma vie et ma tâche quotidienne depuis que j'ai pris la présidence de la Commission Pontificale pour les Relations Religieuses avec les Juifs, il y a onze ans.

En tant qu'Allemand, ce ne fut pas pour moi une décision facile que d'accepter cette responsabilité quand le défunt pape Jean-Paul II m'appela à assumer cette fonction. J'avais 12 ans quand prit fin la Seconde Guerre mondiale. Alors, l'Allemagne et toute l'humanité étaient remplis de honte et confrontés au crime sans précédent et inimaginable de l'Holocauste. En tant qu'Allemands, nous étions anéantis, non seulement matériellement mais aussi moralement. Mais alors, mes amis juifs m'ont rendu assez facile l'exercice de cette nouvelle fonction. Il n'y eut jamais le moindre signe de réticence de leur part du fait de mon origine, ce qui fut pour moi un signe et un encouragement attestant que, même après cette triste page d'histoire, un nouveau commencement était possible.

Dans le présent exposé, je voudrais présenter une vue d'ensemble du développement de nos dialogues. Dans les seconde et troisième parties, je mettrai en relief quelques-unes des principales questions théologiques.

 

I.

Comme le sait tout un chacun, l'histoire des relations judéo-chrétiennes est complexe et difficile et remonte aux débuts de l'Eglise, au premier siècle de notre ère. La jeune communauté chrétienne de Jérusalem prenait encore part aux prières dans le Temple et jouissait d'une très grande estime. En fait, dans ses voyages missionnaires, l'apôtre Paul allait d'abord dans les synagogues et ensuite seulement chez les païens. Mais la scission entre les Juifs et les Chrétiens et le schisme entre les Juifs et l'Eglise des Juifs et des Gentils s'étaient déjà produits au premier siècle, spécialement après la destruction du second Temple par les Romains en 70. Cette histoire a connu aussi des périodes positives, comme lorsque des évêques prenaient des Juifs sous leur protection contre des pogroms de la populace ; mais elle eut également ses périodes sombres dont le souvenir s'est imprimé de manière particulière dans la mémoire collective juive.

Cet antijudaïsme à base théologique et ces pogroms doivent être distingués de l'antisémitisme racial primaire qui s'est développé au XIXe siècle, menant à l'idéologie nazie et culminant dans les crimes brutaux – sans parallèle historique – de la Shoah, et le meurtre organisé et cautionné par l'Etat d'approximativement six millions de Juifs européens, ce qui constitue le niveau le plus absolu de régression humaine de cette histoire. L'Holocauste ne peut être attribué à la Chrétienté en tant que telle, du fait qu'il comportait aussi des aspects antichrétiens clairs. Cependant, un antijudaïsme théologique chrétien séculaire a également joué un rôle, favorisant une large antipathie envers les Juifs, qui a permis à un antisémitisme à motivation idéologique et raciale de réussir d'aussi terrible manière, tandis que la résistance à cette brutalité inhumaine scandaleuse n'a pas atteint l'ampleur et la clarté qu'on eût pu attendre.

Malheureusement, il a fallu le crime sans précédent de la Shoah pour qu'une reconsidération se fasse jour. Cela se produisit en 1945 dans toutes les grandes Eglises. Du côté catholique, la déclaration [du Concile] Vatican II, Nostra Aetate [§ 4], constitua le tournant décisif. Le Pape Jean XXIII peut être considéré comme le père spirituel de cette déclaration. Lorsqu'il était nonce à Istambul, il était intervenu énergiquement pour sauver de nombreuses vies juives. Au début de son pontificat, après une rencontre historique avec l'illustre érudit Jules Isaac, il avait demandé au Cardinal allemand Augustin Bea, qui était aussi un savant bibliste renommé, de préparer une déclaration conciliaire sur cette question. Celle-ci fut officialisée, après d'âpres polémiques, au cours de la dernière session du Concile, en 1965, par le pape Paul VI, et, comme l'a très clairement affirmé, une fois de plus, le Pape Benoît XVI, lors de sa visite à la synagogue de Rome, le 17 janvier 2010, elle est irrévocable. Elle est irréversible du simple fait que les attendus théologiques décisifs de la Déclaration Nostra Aetate sont fermement affirmés dans deux Constitutions conciliaires de plus haut niveau : la Constitution Dogmatique sur l'Eglise (n°s 6, 9, 16) et la Constitution Dogmatique sur la Révélation Divine (n°s 3, 14).

Deux formulations ont une importance particulière dans la déclaration fondatrice Nostra Aetate. Fondamentale est la reconnaissance des racines juives du Christianisme et de son héritage juif. Le Concile rappelle les affirmations de Saint Paul : "Ils sont Israélites, et c'est à eux qu'appartiennent la filiation, la gloire, les alliances, le don de la Loi, le culte et les promesses ; à eux appartiennent les patriarches et c'est de leur race qu'est issu, selon la chair, le Christ (Rm 9, 4-5), le fils de la vierge Marie" [i].

Le Concile était pleinement conscient de ce que Marie était une femme juive et que tous les apôtres étaient Juifs. Sur la base de ces racines communes et de cet héritage commun, comme l'a dit le pape Jean-Paul au cours de sa visite à la synagogue de Rome le 13 avril 1986, le Judaïsme n'est pas extrinsèque au Christianisme, mais il lui est mais intrinsèque ; le Christianisme a une relation unique avec lui. Cela a annulé l'ancien anti-judaïsme. Le Pape Pie XI avait déjà émis la pensée que, spirituellement, tous les Chrétiens sont des Sémites.

La seconde affirmation importante du Concile concerne la condamnation de l'anti-sémitisme. Dans la Déclaration [Nostra Aetate], l'Eglise déplore « toutes les explosions de haine, les persécutions, et les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. » L'une et l'autre affirmations ont été explicitement confirmées par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, à plusieurs reprises, particulièrement au cours de leurs visites à la synagogue de Rome et à Auschwitz, entre autres occasions. La cérémonie émouvante de repentance du premier Dimanche de Carême du Jubilé de l'An 2000, qui impliquait entre autres la relation avec le peuple juif, est bien connue.

La déclaration du Concile n'est pas restée lettre morte : depuis, beaucoup de choses décisives ont eu lieu dans le but de traduire cette déclaration en une réalité vivante. Plus que tout, les visites des papes Jean-Paul II et Benoît XVI à la Synagogue de Rome et en Terre Sainte, et de même les visites à Rome de délégations juives de haut niveau, ont éloquemment exprimé cette relation nouvelle et l'ont consolidée. Ainsi, l'aliénation mutuelle a été réduite, et une relation de confiance, de coopération et d'amitié s'est instaurée. De plus, la reconnaissance de l'Etat d'Israël par le Saint-Siège et l'établissement de relations diplomatiques officielles en 1993 n'ont été possibles que sur la base de Nostra Aetate.

En 1974, le Pape Paul VI a créé la Commission pour les Relations Religieuses avec les Juifs en lui fixant pour tâche de promouvoir des relations et une coopération avec les Juifs ; cette entité spécifique fait partie du Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité Chrétienne au sein de la Curie romaine. Dans ce contexte, j'aimerais souligner deux points. Premièrement, cette Commission ne fait pas partie du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, mais du Conseil pour le dialogue œcuménique – c'est-à-dire inter-chrétien, parce que notre relation avec le Judaïsme est différente, par sa nature même, de toutes les autres relations interreligieuses. Deuxièmement, nous sommes responsables des relations religieuses, attendu que les relations politiques avec l'Etat d'Israël sont de la responsabilité de la Secrétairerie d'Etat, avec laquelle nous sommes en étroite coopération.

Par l'intermédiaire du Comité International Catholique Juif de Liaison [International Catholic Jewish Liaison Committee (ICJLC)], la Commission mène des dialogues avec le Comité Juif pour les Consultations Interreligieuses (IJCIC), qui est un consortium de plusieurs organisations juives majeures. La Commission a publié des documents importants pour la compréhension et l'application de Nostra Aetate (Directives et Suggestions pour la Mise en Œuvre de Nostra Aetate [1974], et Notes pour une Manière Correcte de Présenter les Juifs et le Judaïsme [1985], ainsi que sur la Shoah (Nous nous Souvenons [1998]). En outre, depuis 2003, la Commission a mené, dans un climat d'extrême et chaude amitié, un dialogue fructueux avec le Grand Rabbinat de Jérusalem.

De plus, dans toutes les Conférences épiscopales concernées, il y a des comités et des dialogues au niveau national, et une coopération fructueuse s'est développée dans le domaine théologique et dans beaucoup d'autres. "Semaines de fraternité", anniversaires de Nostra Aetate, etc., veulent maintenir vivace la préoccupation de réconciliation et de dialogue avec le Judaïsme dans un plus vaste secteur de l'opinion publique. Les documents publiés sur ce sujet jusqu'en 2000 remplissent deux épais volumes qui totalisent environ 1 800 pages (1). Il est virtuellement impossible de faire la liste du vaste nombre de publications sous forme de livres ou d'articles, et de collections de travaux. Ainsi, les traités Pro Iudeis [pour les Juifs] ont remplacé les anciens traités Adversus Iudeos [contre les Juifs]. Tout cela témoigne de l'émergence d'une situation radicalement différente.

La priorité de ces dialogues nationaux et internationaux était d'affronter le passé et de rétablir la confiance. En particulier dans l'éducation des jeunes générations, le souvenir de ce qui fut demeure une tâche importante en tant qu'avertissement pour l'avenir. Au-delà de cela, nos amis juifs nous ont encouragés à ne pas regarder seulement en arrière, mais en avant, dans le but de construire un avenir meilleur pour nos enfants et les enfants de nos enfants. Ainsi, depuis la rencontre de Buenos Aires en 2004, sur le thème « Tsedeq et Tsedaqah - Justice et Charité », l'attention est maintenant concentrée sur notre commune responsabilité pour le présent et pour l'avenir. C'est une question de travail en commun pour édifier un monde dans lequel d'aussi terribles événements que la Shoah ne seront plus possibles. Des rencontres ultérieures à Cape Town en 2006 et Budapest en 2008 ont été organisées dans cette perspective.

Bien sûr, après une si longue histoire d'aliénation et du fait des différences fondamentales qui subsistent entre le Judaïsme et le Christianisme, il était inévitable que des controverses se produisent et continuent de se produire. Il s'agissait, entre autres choses, de la nouvelle formule d'invocation du rite extraordinaire de la liturgie du Vendredi Saint ; de la perception de l'attitude du Pape Pie XII à l'égard de la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale, et du problème de la mission à l'égard des Juifs. Cherchant le meilleur intérêt des deux parties, la correspondance et les conversations au niveau officiel ont assez rapidement clarifié et apaisé, dans une certaine mesure, les controverses parfois brûlantes, grâce à la confiance qui s'était développée dans l'intervalle. Toutefois, dans le domaine public, ces questions sont toujours présentes et occasionnent nombre de débats, parfois polémiques.

 

II.

Avant d'en venir au problème théologique fondamental, permettez-moi de faire quelques brefs commentaires sur le prétendu silence du pape Pie XII. Je le répète : Ce sont seulement de brefs commentaires. Je ne suis pas un expert en cette matière et n'ai pas l'intention de proposer une analyse exhaustive ni une réponse. De nombreuses questions restent ouvertes et exigent une recherche supplémentaire.

Pie XII fut pape (de 1938 à 1958) durant une des plus difficiles époques de la papauté, au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors que Rome était sous la botte de Mussolini et occupée plus tard par l'Allemagne. L'appréciation de son pontificat durant la Seconde Guerre mondiale était alors plutôt positive. Dans son radio-message de 1942, le Pape fut très clair et les Nazis comprirent très bien ce qu'il voulait dire. Le New York Times, qui n'a pas la réputation d'être un journal à la dévotion de l'Eglise, avait déjà publié en 1941 un éditorial dans lequel il parlait du pape comme étant le seul dont la voix s'était élevée avec courage dans le silence et les ténèbres. Après la déportation de 1 000 Juifs de Rome (dont seuls 15 survécurent), il ordonna, en octobre 1943, que tous les couvents et maisons ecclésiastiques, y compris au Vatican et à Castel Gandolfo, accordent un asile général. Selon des estimations autorisées, environ 4 500 Juifs furent cachés.

Après la mort du Pape [1958], Mme Golda Meir, alors Premier ministre d'Israël, remercia le Pape en termes chaleureux de ce qu'il avait fait pour le peuple juif durant cette période sombre. De même, le rabbin Herzog, alors Grand rabbin de Jérusalem, loua le Pape pour ce qu'il avait fait. Ce ne sont là que quelques témoins de haut rang et de personnes bien informées qui étaient bien au courant de ce qui s'était passé, et qui peuvent être appelés témoins de l'époque.

A partir de la fiction théâtrale de Hochchut, Le Vicaire (1963), la perception changea radicalement. Depuis lors, l'accusation de silence sur l'extermination des Juifs s'est largement répandue. Hochchut n'était pas historien et aujourd'hui, nous avons une preuve qu'il dépendait de sources communistes (2). L'un des premiers à défendre Pie XII fut Joseph Lichten, un diplomate juif polonais qui, plus tard, en tant que directeur du Département des Affaires Internationales de la Ligue Contre la Diffamation, du B'nai B'rith, joua un rôle éminent dans le dialogue interconfessionnel. La recherche historique sérieuse récente est partagée. Il y a encore aujourd'hui des Juifs qui défendent Pie XII (3), et, d'autre part, il y a des auteurs catholiques qui sont critiques envers son attitude (4). Aussi, n'y a-t-il pas de frontière claire à ce sujet entre Juifs et Catholiques (5) [ii], quoique la majorité des Juifs, spécialement en Israël, soient encore critiques. Je laisserai ouverte la question de savoir si c'est en partie dû à un manque d'information concernant les travaux de la recherche plus récente.

Le problème majeur est l'accès aux sources. La demande d'ouverture des archives du Vatican est légitime. Depuis 2003, on peut accéder à celles qui vont jusqu'à la fin du pontificat de Pie XI, en 1939, période durant laquelle le futur pape Pie XII était Secrétaire d'Etat. Le matériel déjà accessible prouve que Pie XII n'a jamais été le pape de Hitler (comme l'a écrit John Cornwell dans son ouvrage de 1999). Au contraire, il fut le plus proche collaborateur du Pape Pie XI pour la publication de l'encyclique Mit Brennender Sorge [Avec une brûlante anxiété] (1937), qui constituait une ardente condamnation de l'idéologie raciale nazie. Le département des Archives travaille actuellement, sous une intense pression, au projet de donner accès à celles du pontificat de Pie XII, mais l'enregistrement et la préparation de millions de documents, avec le professionnalisme requis, prend du temps ; il sera achevé dans cinq ou six ans, après quoi, un accès général sera accordé aux chercheurs. Car nous croyons que nous n'avons rien à cacher, et que nous ne devons pas avoir peur de la vérité.

Onze volumes de documents du Saint-Siège ont déjà été publiés (6) et, récemment, beaucoup d'autres documents originaux ont été rendus accessibles (7). Mais connaître les faits n'est qu'un aspect des choses ; en effet, l'histoire n'est pas qu'une question de faits, mais aussi d'interprétation historique des faits ; dans ce cas, il s'agit de faits qui se sont produits il y a plus d'un demi-siècle, dans un contexte qui n'est pas seulement politiquement et mentalement radicalement différent du nôtre, mais également difficile à comprendre pour une génération qui peut s'estimer heureuse de ne pas avoir subi une telle expérience.

La question fondamentale est le débat entre ceux qui eussent préféré une déclaration plus prophétique et ceux qui sont d'accord avec l'attitude de jugement prudentiel du pape. Pie XII n'était pas un homme d'attitudes prophétiques ; c'était un diplomate, et il a décidé non pas de rester silencieux, mais de garder la modération dans ses déclarations publiques, car il savait que des mots trop forts n'arrangeraient absolument rien, mais qu'au contraire, ils provoqueraient une brutale vengeance et feraient empirer la situation. C'est pourquoi il décida non pas tant d'agir par des mots, mais plutôt d'aider concrètement dans la mesure où ce lui serait possible. C'est de cette manière seulement qu'à Rome, il sauva des milliers de vies juives.

C'était une décision de conscience dans une situation historique extrême qui doit être considérée en fonction de la situation donnée, de l'information et des possibilités alors disponibles, et non en fonction des perceptions et des possibilités d'aujourd'hui. C'est là un point important pour ce qui concerne une éventuelle béatification (8). Pour le cas dont il s'agit, il ne s'agira pas d'évaluer historiquement mais de discerner spirituellement si le Pape, dans la situation où il était, a obéi à sa conscience personnelle et a fait la volonté de Dieu comme il la comprenait dans sa situation. Ainsi, une éventuelle béatification n'empêchera pas une recherche et une interprétation ultérieures, ni n'exclura l'appréciation que d'autres personnes ayant un caractère différent auraient pu parvenir à des conclusions différentes et agir de manière différente.

Je le répète, je ne suis pas un historien. Je présume que la controverse en matière d'interprétation continuera et que la question historique restera ouverte à des interprétations différentes même après l'ouverture des archives, et peut-être le restera-t-elle jusqu'à la fin des temps. Car qui peut prétendre avoir le dernier mot à propos d'un événement aussi scandaleux que la Shoah ? La seule réponse adéquate possible est la honte et le repentir de ce que les catholiques n'aient pas réagi plus énergiquement, et ensuite, la metanoia, c'est-à-dire un nouveau mode de pensée et un nouveau comportement, aujourd'hui, afin de construire de nouvelles relations avec le peuple juif.

La Déclaration de notre Commission, Nous nous souvenons. Une réflexion sur la Shoah, du 16 mars 1998, se terminait en ces termes [iii]:

"Nous prions pour que notre douleur face à la tragédie que le peuple juif a endurée au cours de ce siècle conduise à de nouvelles relations avec le peuple juif. Nous désirons transformer la conscience des péchés du passé en une ferme résolution en vue d'édifier un avenir nouveau dans lequel il n'existera plus de sentiment antijuif parmi les chrétiens, ni de sentiment antichrétien parmi les juifs, mais au contraire un respect mutuel partagé, comme il convient à ceux qui adorent l'Unique Créateur et Seigneur et qui ont un Père commun dans la foi, Abraham. […] Se souvenir de cette terrible expérience, c'est devenir pleinement conscient de l'avertissement salutaire qu'elle contient : jamais plus il ne faudra permettre aux semences empoisonnées de l'antijudaïsme et de l'antisémitisme de s'enraciner dans le cœur humain."


III.

Ceci m'amène maintenant aux problèmes fondamentaux qui existent entre le judaïsme et le christianisme, et qui transcendent les problèmes du jour, ainsi qu'aux différentes positions qui sont capitales pour l'une et l'autre communautés. Cela inclut spécialement des questions-clé, telle la confession chrétienne de Jésus comme étant Christ (c'est-à-dire le Messie) et Fils de Dieu, laquelle est en relation directe avec la compréhension trinitaire du monothéisme biblique, la signification du salut universel en Jésus, et d'autres questions similaires.

Bien entendu, il ne peut être question que disparaissent les divergences profondes à propos de ces questions, au profit d'une espèce de syncrétisme, ni de les relativiser. Il est hors de doute que cette discussion n'implique aucun prosélytisme caché. Au contraire, le fondement du dialogue consiste à reconnaître que les juifs et les chrétiens divergent sur ces questions et doivent se respecter et s'apprécier mutuellement dans leur altérité. Mais, précisément en raison de l'appréciation et du respect mutuels, dans le nouveau climat de confiance qui s'est établi, l'objectif primordial doit être de réduire les anciens malentendus et de développer de possibles approches de compréhension des positions respectives.

Une première tentative louable – bien que discutée de manière critique de différentes parts – a été faite par des universitaires juifs, en l'espèce du texte « Dabru Emet : Dire la vérité » (2000) [iv]. Par la suite, sur la suggestion de la Commission pour les Relations Religieuses avec les Juifs, un groupe de théologiens chrétiens, officieusement constitué, a commencé à se réunir en 2006 ; des spécialistes et des amis juifs ont été invités à participer en tant qu'observateurs critiques. Leurs travaux ont été consacrés à la question spécifique de savoir comment faire le lien entre la signification du salut universel en Jésus-Christ et la continuation de la vie d'Israël avec Dieu. Notre Commission Pontificale a encouragé ce dialogue et a été tenue informée de ses progrès. A ma grande joie, le groupe de travail sera bientôt en mesure de publier ses résultats. Quiconque étudie attentivement les contributions rassemblées dans ce volume reconnaîtra rapidement que cet échange n'est nullement terminé. Nous ne sommes qu'au début d'un nouveau commencement. De nombreux problèmes exégétiques, historiques et méthodologiques sont encore ouverts, et il est probable qu'il y aura toujours des problèmes de cette nature. Aussi, n'y a-t-il pas, à ce jour, de théorie définitive qui soit plus ou moins généralement acceptée en matière de relations entre judaïsme et christianisme, si tant est qu'il en existe une.

De mon point de vue, cependant, aujourd'hui déjà, quelques lignes de force se dessinent qui ne prétendent pas à l'exhaustivité. Je me limiterai à quatre points, que, dans le contexte actuel, je peux seulement présenter dans leurs grandes lignes. Tous ces points sont développés à partir d'une perspective chrétienne et nous ne nous attendons pas à ce que nos partenaires juifs dans cet échange puissent être d'accord avec leur totalité.

 

1. Dans le passé, Israël a souvent été décrit collectivement comme un peuple maudit et rejeté par Dieu. Depuis Nostra Aetate [§ 4], ce point de vue a été complètement battu en brèche. Selon Saint Paul, Israël est le peuple choisi et aimé par Dieu, le peuple de l'Alliance qui n'a jamais été annulée ni révoquée (Rm 9, 4 ; 11, 29). C'est pourquoi on ne peut dire que l'alliance avec Israël a été remplacée par la Nouvelle Alliance. La Nouvelle Alliance pour les chrétiens n'est pas le remplacement (substitution), mais l'accomplissement de l'Ancienne Alliance. Elles sont en relation mutuelle de promesse ou d'anticipation et d'accomplissement. Cette relation doit être comprise dans le contexte de toute l'histoire de l'alliance. Toute l'histoire de Dieu avec son peuple se déroule dans une suite de diverses alliances avec Abraham, Moïse, Josué, Ezra ; à la fin, le prophète Jérémie promet une nouvelle alliance (Jr 31, 31). Chacune de ces alliances reprend l'alliance précédente et en même temps la réinterprète à nouveau. Ainsi, pour nous, la Nouvelle Alliance est la réinterprétation finale, promise par les prophètes, de l'Ancienne Alliance. C'est le oui et l'amen définitifs à toutes les promesses de Dieu (2 Co, 1, 20), mais non leur suspension ni leur abolition.

Le problème n'est pas seulement la relation entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance, mais le problème – différent – de la relation entre l'Eglise et le judaïsme post-biblique et talmudique, qui n'est apparu qu'après la destruction du Second Temple en 70 de l'ère commune. Les canons et les structures de l'une et de l'autre se sont formés en parallèle. C'est pourquoi le Nouveau Testament ne peut nous donner de réponse claire – et surtout pas uniforme – à cette question.

Après la destruction du Second Temple, une interprétation juive rabbinique et chrétienne de l'Ancien Testament s'est développée de manière parallèle et en interaction, l'une et l'autre se basant sur leurs présupposés religieux respectifs. Cependant, le document de la Commission Biblique Pontificale, Le Peuple Juif et ses Ecritures Saintes dans la Bible Chrétienne (2001) [v], remarque explicitement que l'une et l'autre sont des interprétations possibles du texte de l'Ancien Testament (§ 22). A cet égard, la Déclaration Nostra Aetate [§ 4] prend tout son poids, lorsqu'elle dit que selon le témoignage de l'Apôtre [Paul], les Juifs « sont toujours aimés de Dieu à cause de leurs Pères, car ses dons et sa grâce sont irrévocables ». Aussi – comme l'a exprimé le pape Jean-Paul II, lors de sa visite à la Synagogue de Rome en 1986 –, notre relation avec les Juifs n'est pas seulement pour nous une réalité extrinsèque, mais appartient, en un certain sens, à la réalité intime de notre religion. Nous avons en partage un important héritage commun. Les Juifs sont « nos frères aînés dans foi d'Abraham ».

Par conséquent, entre le judaïsme et le christianisme, il y a une différenciation qui n'est ni une simple coexistence parallèle, ni une opposition. En effet, Paul a montré, dans ses considérations sur l'histoire du salut en Romains 9 à 11, que les deux sont dialectiquement liés l'un à l'autre dans leur différence. Cette relation peut difficilement se réduire à une formule simple à retenir. C'est, en définitive, comme le dit Paul, un mystère (Rm 11, 33-36). Si l'on le veut, on peut essayer de décrire ce mystère de manière analogue à la formule du Concile de Chalcédoine (en 451) et définir la relation entre l'une et l'autre par une double négation : sans confusion et sans séparation [vi].

Plus utile, peut-être, qu'une clarification conceptuelle est l'image à laquelle recourt Paul dans sa Lettre aux Romains, pour décrire la relation entre le judaïsme et le christianisme. Il parle de la racine d'Israël sur laquelle les branches sauvages des Gentils ont été greffées (Rm 11, 16-20). Cette image, qui remonte au prophète Isaïe (Is 11, 1), exprime de deux manières la notion de distinction dans l'unité. D'une part, il est dit que les branches sauvages n'ont pas poussé de la racine elle-même et ne peuvent en tirer leur origine. La greffe est quelque chose de nouveau : c'est une action irréductible de Dieu lui-même. L'Eglise n'est pas une simple branche, un fruit ou une ramification d'Israël. D'autre part, l'Eglise doit tirer sa vigueur et sa force de la racine d'Israël. Si les branches greffées sont coupées de la racine, elles se dessèchent, s'affaiblissent et, finalement, meurent. Ainsi, le fait de se couper de sa racine juive durant des siècles a affaibli l'Eglise, un affaiblissement qui est apparu évident dans la trop faible résistance à la persécution des Juifs.

Mais l'inverse aussi est vrai. Sans les branches greffées, la racine demeure stérile. Les branches greffées donnent à la racine une vitalité et une fertilité nouvelles. Ainsi l'Eglise a-t-elle diffusé universellement parmi les nations le monothéisme d'Israël et les Dix Commandements comme le noyau de la loi mosaïque, et, par là même, a contribué au fait que la promesse assurant à Abraham qu'il serait une bénédiction pour toutes les nations (Gn 12, 3 ; 18, 18 ; etc.) s'est avérée véridique. Israël sans l'Eglise court le risque de devenir trop particulariste et isolé, tandis que l'Eglise sans Israël, comme l'a illustré l'exemple du Marcionisme, court le risque de perdre son fondement historique et de devenir anhistorique et gnostique. Judaïsme et christianisme ont besoin l'un de l'autre et dépendent l'un de l'autre. Un véritable œcuménisme sans Israël est impossible.


2. Une définition bien pensée de la relation entre Israël et l'Eglise est fondamentale pour répondre à la question extrêmement controversée de la mission chrétienne auprès des Juifs. C'est, pour les Juifs, une question très délicate et sensible, parce que, pour eux, c'est la question de l'existence même d'Israël qui est en cause. Mais la question est également délicate pour les chrétiens, parce que la
signification salvifique universelle de Jésus-Christ et la mission universelle de l'Eglise sont fondamentales pour la foi chrétienne. Dans ses voyages missionnaires, Pierre lui-même allait toujours d'abord (Rm 1, 16) aux Juifs, et ce n'est qu'après s'être heurté à une opposition qu'il se tourna vers les Gentils. Aussi, en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas nier l'universalisme de la mission chrétienne de prêcher l'Evangile de Jésus-Christ. Mais nous pouvons et nous devons reconnaître que cet universalisme peut et doit s'appliquer de manières différentes selon qu'il s'agit de païens ou de Juifs. Parce que les Juifs ne sont pas des païens, ils croient en un seul Dieu et ne doivent donc pas abandonner les idoles fausses et mortes pour se tourner vers le Dieu vivant et véritable (1 Th 1, 9). Cela signifie que le commandement de la mission est aussi valable pour les Juifs que pour les païens, mais il doit être effectué différemment en ce qui concerne les Juifs qu'en ce qui concerne les païens.

Cette différence n'a pas toujours été bien respectée et, malheureusement, il existe un passé de conversions forcées de Juifs. En principe cependant, et spécialement aujourd'hui, l'Eglise tient compte de cette différence. Contrairement à certains mouvements évangélistes fondamentalistes qui se livrent à un travail missionnaire, l'Eglise ne patronne pas spécifiquement une œuvre missionnaire institutionnelle en direction des Juifs. C''est davantage qu'un simple fait : c'est une réalité ecclésiale importante. Cela ne veut pas dire que l'Eglise et les chrétiens doivent se comporter de manière passive entre temps et se contenter de rester les bras croisés. L'exclusion d'une mission institutionnellement orientée n'interdit pas – mais implique, au contraire – qu'il soit généralement requis des chrétiens et de l'Eglise qu'ils donnent aux Juifs le témoignage de leur foi en Jésus-Christ aujourd'hui. Un tel témoignage chrétien sera, surtout après la Shoah, discret et humble, il devra se garder de toute apparence de triomphalisme et faire preuve de respect et d'estime pour la conviction du partenaire juif. Selon les Ecritures, être un témoin (martys) n'est pas peu chose, et cela doit se faire avec sincérité.

Il ne faudra pas exclure que quelques Juifs  – comme ce fut le cas d'Edith Stein – puissent se convertir à Jésus-Christ, exactement comme, en sens inverse, il y a des chrétiens qui se tournent vers la foi juive. En tout état de cause, il s'agit de décisions personnelles prises en conscience, et elles doivent être respectées par les deux parties, mais elles ne constituent, ni pour l'une ni pour l'autre, un objectif stratégique. Selon Paul, le salut de tout Israël est laissé à Dieu à la fin du temps (Rm 11, 26ss.). C'est en ce sens que la Commission Biblique Pontificale dit : "L'attente messianique juive n'est pas vaine" ; à la fin du temps, tant les Juifs que les chrétiens reconnaîtront "Celui qui vient", le messie eschatologique [PBC 2001, § 21].


3. L'héritage commun aux Juifs et aux chrétiens inclut la vocation conjointe d'un commun témoignage du Dieu unique et de ses commandements, qui, en tant que source d'orientation, est d'une urgence spéciale pour notre société moderne. Ce point important a été mis en valeur par le Pape Benoît XVI lors de sa visite à la Synagogue de Rome. Cela implique de démasquer les idoles et les nouveaux faux dieux de notre temps, et d'en émettre une critique prophétique ; cela implique aussi un engagement partagé pour la dignité humaine, la justice et la paix dans le monde, pour la dignité et la valeur de la famille et de l'intégrité de la création. Et – ce qui n'est pas moins important – Juifs et chrétiens doivent porter le témoignage d'un dialogue, d'une coopération et d'une réconciliation, qui sont possibles même après une histoire difficile et complexe. De même, ils peuvent s'unir pour la teshuvah, c'est-à-dire la repentance et la réconciliation. De plus, avec la célébration du Shabbat et du Dimanche, ils rendent un service indispensable à la liberté du peuple : ils montrent qu'en ce monde, il doit y avoir un temps sacré consacré à Dieu, et que la condition humaine ne doit pas se limiter au travail, à l'économie, aux affaires et au plaisir.

Par-dessus tout, Juifs et chrétiens regardent vers l'avenir : ils portent témoignage ensemble  – au milieu de nombreux dilemmes et d'exemples de désespoir dans le monde – de l'espoir d'une parfaite justice et du Shalom [paix] universel que Dieu seul inaugurera à la fin du temps. Ainsi, ils contribuent à construire un monde juste et humain, dans lequel un événement aussi terrible que la Shoah ne pourra se répéter.

Que le dialogue puisse, dans un avenir pas trop éloigné, contribuer aussi à promouvoir le processus de paix au Moyen-Orient lui-même est le désir de toutes les parties, mais il reste malheureusement inaccompli jusqu'ici. La solution de ces problèmes politiques n'est pas de la responsabilité ni de la compétence de notre Commission. La manière dont nous pouvons contribuer à cet urgent problème politique et humain est de préparer et d'encourager une mentalité qui permette une approche raisonnable de ces questions. Nous pouvons porter témoignage que, même après une histoire difficile et complexe, une réconciliation peut être possible.

Permettez–moi donc de conclure.

Personne ne pouvait prévoir, il y a quarante-cinq ans, que nous parviendrions au point où nous sommes aujourd'hui dans la relation entre Juifs et chrétiens. Nous avons progressé plus que nous ne pouvions l'imaginer alors. Mais aujourd'hui, nous voyons aussi plus clairement que le chemin l'un vers l'autre, et de concert avec l'autre, n'est pas encore achevé et qu'il y a encore une longue route à parcourir. Nostra Aetate [§ 4] est loin d'avoir rempli son programme. Mon espoir est que le fait d'avoir exposé où nous en sommes aujourd'hui nous encouragera à poursuivre la route pour le bien de toute l'humanité et de la paix (shalom) dans le monde.

 

© Cardinal W. Kasper

 

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Notes de l'article

 

(1) Voir  Rolf Rendtorff & Hans Hermann Henrix, eds., Die Kirchen und das Judentum. Volume I: Dokumente von 1945 bis 1985  (Paderborn/Gütersloh: Bonifatius/Gütersloher Verlagshaus, 2001), 746 pages ; et Hans Hermann Henrix & Wolfgang Kraus, eds., Die Kirchen und das Judentum. Volume II. Dokumente von 1986  bis 2000 (Paderborn/Gütersloh: Bonifatius/Gütersloher Verlagshaus, 2001), 1036 pages.

(2) L'ancien général de la Securitate [ancienne police secrète roumaine, N.d.T.], Ion Mihai Pacepa, a déclaré que la pièce de  Hochhuth et de nombreuses publications qui accusent Pie XII d'avoir soi-disant été un sympathisant nazi, étaient des forgeries du KGB et des services secrets du bloc marxiste de l'Est, qui faisaient campagne pour discréditer l'autorité morale de l'Eglise et le Christianisme à l'Ouest. Pacepa affirme aussi qu'il a été en contact avec des agents de l'Est proches du Vatican, pour concocter l'histoire qui a servi à attaquer le pape du temps de guerre. Un article de La Civilità Cattolica, paru en mars 2009, signale que les accusations selon lesquelles la pièce de Hochhuth a été largement connue proviennent non de milieux juifs, mais du bloc communiste. C'est Radio Moscou qui, le 2 juin 1945, proféra à l'encontre de Pie XII l'accusation d'avoir refusé de protester contre les exterminations dans les camps de concentration nazis. Elle fut aussi la première à l'appeler « le pape de Hitler ». Cf. Giovanni Sale, Il Novecento tra genocidi, paure e speranze, Jaca Book, Milan, 2006, p. 214, cité dans La Civiltà Cattolica 2009, I, p. 540. Ce fut la surprise quand, en mars 2005, au cours d'une interview, Hochhuth défendit le publiciste britannique David Irving, qui fut condamné à plusieurs reprises pour négation de l'Holocauste (à Munich, en 1993, à Londres, en 2000, et à Vienne, en 2006), et à qui il est interdit d'immigrer en Allemagne.

(3) Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, 1967 [traduction française : Rome et les Juifs, Seuil, 1967, N.d.T.] ; Rabbi David Dalin, The Myth of Hitler's Pope [Traduction française : Pie XII et les Juifs. Le Mythe du pape d'Hitler, Tempora, 2007, N.d.T.], affirme que les critiques de Pie XII sont des libéraux catholiques, et des ex-catholiques qui « exploitent la tragédie subie par le peuple juif durant l'Holocauste au profit de leur objectif politique visant à imposer des changements dans l'Eglise catholique d'aujourd'hui » ; il affirme également qu'en réalité, Pie XII  a contribué à sauver la vie à de nombreux milliers de Juifs. La Fondation Pave the Way et son fondateur, Gary Krupp, ont publié 2 300 pages de documents datant des années 1940-1945, qui, affirment-ils, montrent que Pie XII « s'est employé avec diligence à sauver les Juifs de la tyrannie nazie ». Le 17 septembre 2009, la fondation Pave the Way a proposé au Mémorial de l'Holocauste Yad Vashem de mettre Pie XII au nombre des Justes des Nations. Les efforts de la Fondation ont permis de réunir 3 000 nouveaux documents originaux sur la vie de Pie XII et son action de sauvetage des Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale.

(4) Publications plus récentes : K. Kühlwein, Warum der Papst schwieg. Pius XII und der Holocaust, Düsseldorf, 2008 ; H. Wolf, Papst und Teufel. Die Archive des Vatikan und das Dritte Reich, München, 2009 ; R. Rychlak, Hitler, the War, and the Pope, 2000.

(5) La Commission Historique Internationale Catholique-Juive, constituée en 1999 par la Commission Pontificale du Saint-Siège pour les Relations avec les Juifs, n'est pas parvenue à une réponse consensuelle.

(6) Pierre Blet, Robert A. Graham, Angelo Martini, Burkhart Schneider, Actes et documents du Saint–Siège relatifs à la seconde Guerre Mondiale, Vatican, 1965–1983 ; Hubert Gruber (ed), Katholische Kirche und Nationalsozialismus 1933–1945. Ein Bericht in Quellen, Paderborn, 2005.

(7) De nouveaux documents sont venus au jour récemment grâce à un décret promulgué en 1997 par Bill Clinton, déclassifiant des documents du temps de guerre et postérieurs à la guerre, dont beaucoup sont actuellement aux Archives Nationales Américaines et au Mémorial de l'Holocauste, incluant de la correspondance diplomatique, des documents d'espionnage américains, et même des décryptages de communications allemandes. De nouveaux documents dorénavant accessibles proviennent du gouvernement argentin et du ministère britannique des Affaires étrangères, ainsi que du journal de l'évêque Joseph Patrick Hurley ; ces documents fournissent en particulier de nouvelles informations sur les actions de Pie XII concernant le régime oustachi, les génocides de Pologne, les finances de l'Eglise du temps de guerre, la déportation des Juifs de Rome, et les filières d'exfiltration ("ratlines") de nazis et de fascistes qui, après la guerre, fuyaient l'Europe.

(8) Le Pape Paul VI a ouvert le procès de béatification en 1965. La Congrégation pour la Cause des Saints proclama en mai 2007 l'héroïcité des vertus de Pie XII. Le Pape Benoît XVI a défendu son prédécesseur lors du cinquantième anniversaire de sa mort, le 9 octobre 2008. Le 19 décembre 2009, il a entériné le degré d'héroïcité des vertus.


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Notes du traducteur

 

[i] L'insertion, à l'intérieur des guillemets de la citation néotestamentaire, du dernier membre de phrase – « le fils de la vierge Marie » – ne signifie évidemment pas que ces mots figurent dans le texte original de Rm 9, 5. Par contre, ils figurent bien dans la Déclaration sur les Religions non chrétiennes, Nostra Aetate, § 4, non sans que le rédacteur ait pris soin de séparer cet ajout de la citation néotestamentaire elle-même par la mention de la référence à ce passage de l'Epître aux Romains.

[ii] Voir "Commission d'experts juifs et chrétiens, chargée d'analyser les actes du S.S. durant la Seconde Guerre mondiale: dossier de la controverse".

[iii] La traduction citée ici est tirée de la version française de cette déclaration qui figure sur le site du Vatican, sous le titre « Nous nous souvenons : une déclaration de repentance ».

[iv] Version française sur le site Relations judéo-chrétiennes.

[v] Texte français sur le site du Vatican.

[vi] Précisons qu'à Chalcédoine, il s'agissait de formuler les relations entre les "personnes" de la Trinité. C'est donc par analogie que le cardinal Kasper réfère à cette ancienne définition de foi.


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Mis en ligne le 21 juin 2010, par Menahem Macina, sur le site rivtsion.org