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A-Dura / France-2 (développements récents)

Campagne de la reddition, Ben-Dror Yemini
01/07/2010

 

Texte original hébreu : "qampeïn hakni‘ah", Maariv, 25 juin 2010

 

Et sur le Blog de l'auteur.

 

Traduction française : Meir Ben Hayoun, révisée et corrigée.

 

[Toujours aussi peu conventionnel, Ben-Dror Yemini ne manque ni de courage ni de panache, et il assène quelques vérités bien senties, que la grande presse, en général, et celle d'Israël, en particulier, ne relaieront vraisemblablement pas. Je tiens à remercier M. Ben-Hayoun pour sa traduction que je n'ai eu qu'à corriger ici ou là et à peaufiner pour la mettre en valeur. (Menahem Macina).]


ben_dror_yemini.jpg

Je suis désolé mais je ne me joins pas à la campagne de Maariv pour Gilad Shalit. J'ai lu les propos de Yoav Tsour, le rédacteur en chef. Il a raison sur un seul point: s'il s'agit d'encore 20 ou 30 terroristes avec du sang sur les mains en plus des 400 et quelque, à propos desquels il y aurait un accord de principe, il n'y a vraiment pas lieu de traîner. Si Israël est prêt à libérer 400 prisonniers, il peut aller jusqu'à 450.

 

Le problème est que depuis le tout début, il s'agit d'une reddition. Le problème c'est les 400, pas les 450. Le problème est qu'aucun pays raisonnable ici-bas ne s'engagerait dans une telle voie. Des dizaines de militaires, de journalistes et de simples citoyens occidentaux ont été kidnappés en Iraq et en Afghanistan. La plupart ont été libérés. Certains ont été assassinés indépendamment du prix à payer. Mais en aucun de ces cas, un Etat occidental n'a accepté le prix qu'Israël est prêt à payer. Le phénomène a pratiquement disparu parce qu'il n'y a pas eu reddition.

 

Israël fait tout le contraire. Il fait le choix de la reddition. Ce n'est pas la première prise d'otages. Ce n'est pas le premier échange. D'échange en échange, le prix ne fait qu'augmenter et la motivation de l'ennemi aussi. A chaque fois, on nous dit: "c'est la dernière fois". De même cette fois-ci, on a nommé une Commission Shamgar, dont on nous dit que les conclusions ne prendront effet que pour la prochaine prise d'otage. Personne dans le monde ne nous prend plus au sérieux. En fait, la libération massive de terroristes jugés et emprisonnés, les fois précédentes comme cette fois-ci, c'est un sérieux problème. Le prix qu'Israël est prêt à payer est si exorbitant, que la motivation d'effectuer d'autres prises d'otages atteint des sommets. Nous nous faisons du tort. Nous renforçons le Hamas. Nous perdons notre force de dissuasion.

 

De sorte que la campagne de ces derniers jours, dont Maariv est l'un des partenaires, nous accompagnera lors d'autres prises d'otages. Le sang de Gilad Shalit n'est pas plus précieux que le sang du prochain otage. Il n'y a aucune raison pour que le prochain tarif ne soit pas le même. Il est vrai que la réserve d'assassins dans nos prisons diminuera, mais ce n'est pas un problème. De cela également les terroristes se chargeront, parce que la prochaine libération massive de prisonniers amènera avec elle le renouvellement de la vague de terrorisme. Près de 180 Israéliens ont été assassinés par les terroristes libérés des précédents échanges. Il n'y a aucune raison que, cette fois-ci, après le lavage de cerveau subi dans nos prisons, devenues de véritables centres de formation de type Taliban-Hamas, les terroristes deviennent des militants pour la paix. Et même si cela n'a pas lieu immédiatement et que du temps s'écoule jusqu'à la prochaine vague terroriste, les centaines de libérés deviendront les instructeurs de la prochaine génération d'assassins de masse. Ils savent que le crime paye. Les conditions de réclusion dans les prisons israéliennes sont excellentes et, de toute manière, les prochains otages leur garantiront une libération prochaine.

Israël doit faire tous ses efforts pour libérer Gilad Shalit. Mais tout effort ne veut pas dire n'importe quel prix. "L'accord Shalit", comme tous les précédents, est une atteinte stratégique à Israël et une mesure d'encouragement des organisations de meurtre et de terrorisme. Cette campagne de masse n'est pas un signe de force ni de préoccupation pour le sort des militaires faits prisonniers. Au contraire, c'est une campagne de faiblesse et d'affaiblissement. C'est une campagne qui encourage les prochaines prises d'otages. C'est une campagne d'encouragement total du Hamas et du terrorisme. C'est une campagne qui ne peut que renforcer la détermination des chefs du Hamas.

 

Journalisme sans reddition

 

Lors d'un colloque qui a eu lieu récemment, une journaliste française expérimentée a parlé de deux journalistes français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, qui étaient détenus par un des groupuscules terroristes en Iraq. Des cassettes vidéo sont alors parvenues à tous les médias en France pour faire pression. Personne ne les a diffusées. Seule al Jazeera l'a fait. Il n'y a pas eu de campagne publique, ni de marche et ni de pression pour les faire libérer. Les preneurs d'otages exigeaient l'abolition de la loi sur l'interdiction du port du voile dans les écoles publiques. La seule campagne publique qui eut lieu alors consista à refuser de céder aux exigences des kidnappeurs. Finalement, ces deux journalistes ont été libérés. Il y a eu des rumeurs de paiement de rançon. Elles n'ont pas été démenties. Pourvu qu'il en soit de même chez nous.

Chez nous, inutile de le souligner, le tableau est différent. La presse saute comme l'âne qui marche en tête, pour mieux dramatiser. Israël fait la leçon à l'Occident sur la nécessité de ne pas céder au terrorisme. Parfois, il faut le reconnaître, nous devrions prendre une bonne leçon de l'Occident sur la manière de tenir bon face au terrorisme.

 

Post-nationalisme et peut-être antisémitisme

 

Voici un pays dont de près de 90 pour cent de la population est catholique. C'est un des Etats économiquement développés, qui occupe le 17ème rang dans l'échelle du développement mondial. Il n'y a pas chez lui de terrorisme, pas de violence. Si ce n'est que dans ce pays, il y a deux groupes ethniques qui parlent deux différentes langues. Et entre les membres de ces deux ethnies, il y a des différences très minimes. La majorité a l'impression qu'elle porte sur ses épaules la minorité. Selon les suffrages des dernières élections, se dessine une majorité favorable à la séparation en deux Etats. Pas un Etat unique. Deux Etats.

Voilà ce qui se passe en Belgique. Les universitaires nous ont rabâché que l'époque des nationalismes était révolue, que nous sommes entrés dans une ère de multiculturalisme post-national, que la plupart des grands Etats sont des "pays d'immigration", que le temps de l'Etat-nation est anachronique. Mais voilà, la théorie est une chose, et la réalité en est une autre. L'Union soviétique s'est morcelée en plusieurs Etats-nations. La Tchécoslovaquie s'est scindée en deux Etats, la Yougoslavie en cinq, selon une répartition principalement ethnico-nationale.  Il n'y a que chez nous que les barons de l'antisionisme essaient encore de nous convaincre qu'il n'y a aucune justification à un Etat-nation pour les Juifs. Si l'on étudiait les composantes du post-nationalisme comme une partie intégrante de la pensée critique, cela irait. Mais pour une partie des maîtres de conférences des universités il s'agit d'une exploitation cynique de l'institution académique à des fins d'endoctrinement politique. Une manière transparente de prôner la négation du droit des Juifs à un Etat.

Supposons que l'idée post-nationale soit une expression noble du libéralisme éclairé. Le loup cohabiterait avec l'agneau. Pourquoi pas? Mais nous avons une demande à l'adresse des universitaires progressistes qui inoculent le virus du post-nationalisme : ayez l'amabilité de commencer ailleurs. Par exemple, vous pourrez venir chez nous lorsque vous aurez réussi à reconstituer l'Union soviétique, la Tchécoslovaquie, ou la Yougoslavie, et à supprimer l'idée nationale en Hongrie, en Autriche, en Egypte et en Syrie, au profit de votre utopie. Les Juifs ont trop souvent été mis en première ligne des candidats à l'expérimentation pour tout ce qui a trait à la négation des droits. Et si, vous aussi, êtes obsédés par la négation de droits spécifiques, encore une fois s'agissant des Juifs, et d'abord des Juifs, ne nous dites pas que vous êtes antisionistes, vous êtes tout simplement antisémites.

 

Une petite victoire pour la vérité

 

Aucune force au monde, et c'est bien dommage, ne peut changer l'opinion mondiale concernant l'affaire Mohammed Al-Dura. Il y a des places publiques à son nom et des timbres à son effigie. Est-ce que cela signifie qu'il faut laisser le mensonge triompher ? Absolument pas ! Philippe Karsenty, un jeune Juif de France, soutient que cette affaire est un faux. La chaîne française de télévision France 2 et son correspondant en Israël, Charles Enderlin, l'ont assigné en diffamation. En première instance, ils ont eu gain de cause. Dans le cadre de son appel, Karsenty a obligé la chaîne à montrer l'intégralité du film. Les choses ont alors changé. La vérité a commencé à se faire jour. Karsenty a gagné en appel.

Après ce verdict – le croiriez-vous ? – la presse française s'est rangée aux côtés d'Enderlin. Une pétition a été publiée pour le soutenir. Une autre importante chaîne française de télévision, Canal Plus, s'est jointe à cet effort, et a tenté de discréditer Karsenty en le présentant comme un hurluberlu comparable à ceux qui soutiennent que les attentats du 11 septembre sont une conspiration. Cette comparaison est spécieuse. Karsenty s'entêta, ne céda pas, et assigna Canal Plus en diffamation. Encore une fois, les arguments ont été exposés devant la cour. Une fois de plus, Karsenty a eu gain de cause et a gagné ce procès, cette fois-ci en tant que plaignant.

L'industrie du mensonge est l'arme la plus dangereuse pour Israël. L'affaire al-Dura est l'un des sommets de cette industrie. C'est justement pour cela que, d'ici, j'envoie toutes mes félicitations à Karsenty. A chaque fois, il s'est dressé devant des forces bien plus formidables que lui, qui menaçaient de le piétiner. A chaque fois, il l'a emporté sur elles.

 

La Coalition qui incite à la sédition

 

Suite à ce que j'ai écrit dans le passé sur la Coalition des femmes ("La gauche contre la gauche", le 24 avril), j'ai eu droit à une lettre d'un avocat pour avoir, selon lui, trompé les lecteurs. Comme je m'efforce d'être précis et juste dans la présentation des faits et que des intimidations de la part d'avocats me parviennent en moyenne une fois tous les dix ans, je prends au sérieux toute critique.

 

J'avais écrit que le New Israel Fund soutient la "Coalition des Femmes pour la Paix", qui prône le boycott d'Israël. Un des groupuscules de cette Coalition est l'organisation "Femmes en Noir" et, dans l'un des sites des "Femmes en Noir", on peut lire un compte-rendu de Barbara Lubin qui est, dans sa totalité, une calomnie meurtrière à l'encontre des militaires de Tsahal.

Dans sa lettre, l'avocat indique que les "Femmes en Noir" sont un "réseau de protestation internationale" et que "la 'Coalition des Femmes' n'est pas liée à l'organisation des 'Femmes en Noir de Belgique', dont le site avait publié le compte-rendu de Barbara Lubin". C'est vrai. Ce n'est pas le New Israel Fund, comme je l'avais indiqué originellement, qui est responsable de la diffusion de ce compte-rendu, ni la "Coalition des Femmes pour la Paix", ni les "Femmes en Noir d'Israël". Il n'y a aucun lien entre elles et cette Lubin, et on ne peut les lier à ses propos. Mais je n'ai pas soutenu qu'il y avait un lien direct de cette nature. Ce que j'ai soutenu et ce que je soutiens toujours, c'est que ceux qui  affirment que "l'Etat d'Israël perpètre un massacre" (Naomi Hazan, Présidente du New Israel Fund), et ceux qui appellent à "traduire les militaires de Tsahal et Tsippi Livni en justice" pour "crimes de guerre" (Coalition des Femmes pour la Paix) appartiennent aux sections spéciales des diffuseurs de diffamations, de même que cette Barbara Lubin.

Aucune accusation de diffamation à mon encontre ne pourra masquer le fait que cette Coalition est devenue l'une des figures de proue de la diabolisation d'Israël. Après les événements de la flottille pour le Hamas, cette Coalition a couronné Hanan Zoabi en tant que "courageuse dirigeante pour la paix". Il n'y a plus de limite. Même lorsqu'il n'y a aucun lien entre cette Coalition et Lubin, le fonds de vermine de cette demeure ce qu'il est.  


Ben-Dror Yemini

 

© Maariv

 

Mis en ligne le 1er juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org