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Israël (Société - mentalités)
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Conférence de presse de B. Netanyahu, spécialement consacrée aux efforts pour la libération de Gilad Shalit
05/07/2010

 

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Bureau du Premier ministre

 

Texte hébreu original : "Dibrei Rosh ha-Memshalah bemesibat ‘itonaïm meyuhedet benose hemshekh hama'amatsim leshihruro shel hehayal hahatuf Gilad Shalit", 1er juillet 2010

 

(Texte revu pour publication.)

 

Traduction française de l'hébreu : Menahem Macina

 

Quatre ans se sont écoulés depuis l'enlèvement de Gilad Shalit, et le peuple israélien est unanime dans son désir de le voir revenir, sain et sauf, parmi les siens, chez lui, dans son pays.

Il n'y a pas parmi nous ceux qui veulent son retour et ceux qui ne le veulent pas. En chacun de nous palpite le désir intense de voir Gilad revenir parmi les siens, son père et sa mère, Avivah et Noam, son grand-père, Tsvi, sa sœur, Hadas, et son frère Yoël.

Il n'est aucun de ceux qui ont rencontré les membres de la famille Shalit qui ne se dise : Gilad aurait pu être mon fils ou mon frère ou mon petit-fils. Et c'est pourquoi la réaction de la famille est naturelle, et la volonté de l'aider, de l'épauler, d'élever la voix, tout cela aussi est naturel. Nous le comprenons tous, je le comprends aussi.

L'Etat d'Israël a toujours été prêt à payer un prix élevé pour la libération de ses victimes d'enlèvement. Je connais bien ce prix. J'ai perdu mon frère Yoni, z"l, dans l'opération de libération des otages de l'avion d'Air France à Entebbe. J'ai moi-même été blessé dans l'opération de sauvetage des otages de l'avion de la Sabena, sur l'aérodrome Ben-Gourion.

Dans ces situations et dans d'autres, comme lors de la tentative de sauver le soldat enlevé, Nahshon Waxman, z"l [1], il y avait une possibilité d'action et l'Etat d'Israël n'a pas hésité à mettre en danger les meilleurs de ses fils pour libérer son prisonnier et otage. Dans d'autres circonstances, l'Etat d'Israël a décidé plusieurs fois de libérer des terroristes et des assassins en échange de la libération d'Israéliens.

La transaction la plus célèbre fut celle de Jibril, en 1985, dans le cadre de laquelle furent libérés 1 150 terroristes. Près de la moitié ont repris des activités terroristes, et ont recommencé à assassiner, de leurs propres mains, des dizaines d'Israéliens. De plus, des libérés de la transaction Jibril ont constitué le noyau dur des dirigeants de la première Intifada, au cours de laquelle des centaines d'Israéliens perdirent la vie dans des opérations-suicide et des attentats terroristes.

On peut dire : « C'était il y a 25 ans, les temps ont changé » ; mais il y a eu d'autres cas. Par exemple la transaction Tannenbaum, qui eut lieu en janvier 2004, et dans le cadre de laquelle ont été libérés 400 terroristes.

Voici ce qui se produisit suite à cette transaction :

Le 17 janvier 2004, fut libéré le militant du Hamas, Musaab Hashalmun, conformément aux conditions de la transaction Tannenbaum. Le 31 août 2004 – six mois seulement après sa libération – il a participé à une attaque terroriste contre deux autobus simultanément à Beer Sheva. 16 citoyens israéliens furent assassinés et plus de cent autres blessés dans ces attentats.

D'autres libérations effectuées dans le cadre de la transaction Tannenbaum ont causé l'assassinat de

  • deux jeunes filles et trois jeunes gens, dans le club Stage à Tel Aviv, en février 2005 ;
  • deux jeunes filles de 16 ans, un soldat appelé sous les drapeaux et deux femmes, au centre commercial Sharon, de Netanya, en juillet 2005 ;
  • et une autre femme, assassinée dans un attentat terroriste à Dimona, en février 2008.

Au total les prisonniers libérés dans le cadre de la transaction Tannenbaum ont assassiné 27 Israéliens après leur libération en 2004. On peut le dire aujourd'hui avec le recul de ces dernières années.

Aussi, la décision de libérer des terroristes est-elle une décision difficile et complexe pour tout gouvernement. Il ne s'agit pas seulement de sauvetage de vies, mais de mise en danger de vies, et ceci du fait de

  • l'encouragement à d'autres enlèvements,
  • à d'autres meurtres commis par des terroristes libérés,
  • à la création d'un groupe de dirigeants terroristes prêts à agir contre des citoyens israéliens par la suite.

Ce n'est pas un hasard si les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et d'autres Etats refusent totalement de négocier avec des terroristes pour la libération d'otages.

En raison de la complexité de cette décision, en raison de la responsabilité nationale générale qui repose sur les épaules de tout Premier ministre en Israël, j'ai refusé, quand j'étais chef de l'opposition, de critiquer le gouvernement Olmert à propos de l'affaire Gilad Shalit.

J'ai également donné pour directives aux collègues de mon groupe de ne pas exercer quelque pression que ce soit à ce sujet. Et je dois dire qu'en effet, ils se sont conformés à ces instructions. J'ai dit qu'il nous était interdit de transformer le cas de Gilad Shalit en ligne politique. Et c'est ainsi que je me suis comporté personnellement.

J'ai dit qu'il fallait faire porter la pression et les exigences publiques non pas sur le gouvernement israélien, mais sur le Hamas, organisation terroriste cruelle et meurtrière, qui n'a pas permis à la Croix-Rouge de rendre visite à Gilad Shalit, ne serait-ce qu'une fois, durant ses années de captivité. C'est ainsi que je me suis exprimé et c'est ainsi que j'ai agi.

Quand je suis entré en fonction en tant que Premier ministre, il y a plus d'un an, j'ai pris les quatre initiatives suivantes :

  1. J'ai nommé Hagaï Hadas médiateur des actions du gouvernement concernant l'affaire de Gilad Shalit.
  2. J'ai donné mon accord à la participation aux négociations du médiateur allemand, qui a une solide expérience des  négociations de cette nature.
  3. Nous avons obtenu une vidéo importante dans laquelle on voit Gilad parler, marcher et faire preuve d'un bon fonctionnement cognitif et physique. Mon but était de clarifier l'état de Gilad et d'imprimer dans la conscience mondiale, de fixer dans la conscience internationale la responsabilité directe du Hamas dans son état de santé et sa libération.
  4. Après une négociation difficile, j'ai accédé à la proposition, faite par le médiateur allemand, d'une transaction qui ramène Gilad Shalit, mais qui garantisse simultanément la sécurité des citoyens d'Israël.

Maintenant je veux expliquer ce que contient cet agrément et ce qu'il ne contient pas :

Le gouvernement précédent a accepté les grandes lignes d'une libération de 450 terroristes du Hamas. La transaction n'a pas eu lieu car il n'a pas été possible de parvenir à un accord  sur les noms des prisonniers à inclure. Le précédent gouvernement avait également donné son accord à la libération de 550 prisonniers sécuritaires, l'accord ne fut pas mené à bien faute d'entente sur l'ensemble des noms. De plus, le gouvernement précédent avait accepté de libérer 550 prisonniers sécuritaires comme geste en faveur de l'Autorité Palestinienne, sous l'égide de l'Egypte.

J'avais la possibilité de rejeter la transaction du tout au tout – ce qui aurait rendu douteuse la libération de Gilad  dans un avenir prochain –, ou d'essayer de la concrétiser d'une manière qui ne mette pas en danger la sécurité de nos citoyens. J'ai choisi de suivre cette voie, aussi ai-je accepté la nouvelle proposition du médiateur allemand.

Que ce soit clair ; c'est une proposition difficile, elle inclut la libération de 450 terroristes, dont, d'ailleurs, le Hamas lui-même a donné les noms. Il a fourni une liste plus longue et nous y avons choisi 450 noms.

Au total, il y a dans cette proposition du médiateur allemand, que nous avons acceptée, la libération de 1000 terroristes. Tel est le prix que je suis prêt à payer pour ramener Gilad à la maison.

J'ai dit oui à la transaction et elle peut s'effectuer immédiatement. Mais il y a des prix que je ne suis pas disposé à accepter et ils ne sont pas inclus dans cette proposition.

Je m'en tiens fermement à deux principes fondamentaux :

1. Le premier principe est que les terroristes dangereux ne reviendront pas dans les territoires de Judée et Samarie, d'où ils pourraient continuer à nuire à des citoyens israéliens.

Les terroristes que les milieux sécuritaires définissent comme dangereux, tels certains de ceux qui ont été libérés lors de l'échange Tannenbaum, pourront être libérés pour aller à Gaza, ou à Tunis ou partout ailleurs, mais ils ne pourront pas entrer dans les territoires de Judée et de Samarie. Car, de là, ils peuvent parvenir dans toutes nos villes.

Ils peuvent arriver en tout lieu non seulement en Judée et en Samarie, ils peuvent, par les brèches, les passages existants aujourd'hui, par les espaces qu'il y a dans la barrière, parvenir à Raananah, à Petah Tikvah, à Kfar-Saba, à Nahariah, à Haïfa, à Tel Aviv, à Jérusalem, partout.

C'est précisément la raison pour laquelle le Hamas insiste pour qu'ils puissent retourner en Judée et en Samarie. Je ne suis pas prêt à revenir à la politique qui, à l'épreuve du temps, a mené à l'assassinat de dizaines d'Israéliens.

2. Le second principe consiste à s'opposer à la libération d'assassins de masse.

Car, en sortant de prison, ils renforceront considérablement la direction du Hamas et inspireront grandement de nouvelles vagues de terreur.

Il s'agit des archi-meurtriers qui ont organisé et exécuté les attentats terroristes les plus terribles et les plus choquants, dont furent victimes un grand nombre de citoyens innocents et pacifiques de l'Etat d'Israël.

 

C'est d'un cœur lourd, en veillant au respect de ces deux principes, que j'ai donné mon accord à la proposition du médiateur allemand. Jusqu'à cet instant, le Hamas n'a pas donné de réponse à la proposition du médiateur allemand. Et ces derniers jours, certains de ses porte-parole ont même accru leurs exigences. J'estime que le Hamas fait une erreur, mais la décision lui appartient.

Nous voulons tous le retour de Gilad. Je veux son retour. J'agis en faveur de son retour par des voies diverses, visibles et secrètes. Mais la responsabilité nationale générale m'incombe également.

Je regarde les yeux remplis de douleur de la famille Shalit et je souffre avec vous, famille Shalit. Je regarde aussi les yeux remplis de douleur des centaines de membres des familles de victimes de la terreur, et je souffre avec eux. Dans le même souffle, je pense aussi à ces familles dont les êtres chers seront assassinés dans d'autres attentats terroristes si sont enfreints les principes d'Israël en matière de libération d'assassins.

Comme chef du Gouvernement je me dois de peser toutes ces considérations. En nous hâtant, en perdant notre discernement, nous risquons de réitérer les erreurs du passé et de nous mettre en grand danger. L'appel à payer n'importe quel prix est le cri naturel du cœur d'un père, d'une mère, d'un frère, d'un grand-père, d'une sœur, d'un frère. En tant que père, frère, fils, je comprends ce cri jusqu'aux tréfonds de mon cœur. Mais devant mes yeux, devant les yeux de tout chef de gouvernement en Israël, doit figurer la sécurité de tous les citoyens de l'Etat.

L'Etat d'Israël est prêt à payer un prix très lourd en échange du retour de Gilad Shalit. Mais il ne peut pas dire : « à n'importe quel prix ». Telle est la vérité et je la dis ici [2].

 

© Binyamin Netanyahu

Premier ministre de l'Etat d'Israël


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Notes du traducteur

 

[1] Le jeune soldat, Nahshon Waxman, fut kidnappé le 9 octobre 1994 par le Hamas, et emmené à Bir Nabala où il fut tué 5 jours plus tard par ses ravisseurs, qui exigeaient la libération de 500 terroristes emprisonnés en Israël, dont le cheikh Yassin. Rabin, alors Premier ministre, avait choisi l'option militaire pour le libérer. Le résultat fut catastrophique : non seulement l'otage fut assassiné par ses ravisseurs, mais Nir Poraz, un autre soldat qui faisait partie du commando, trouva la mort dans l'opération. L'événement traumatisa la population israélienne, et fut cause que, depuis lors, tous les gouvernements israéliens ont privilégié la négociation à l'action militaire en matière de libération d'otages. Ce que critique Moshe Feiglin, co-fondateur et président du mouvement "manhigut yehudit" (leadership juif), de la mouvance du Likoud, dans son article "Pourquoi Gilad Shalit ne revient pas à la maison", traduit de l'original hébreu, par Meir Ben-Hayoun, le 2 juillet 2009. Sur Feiglin, voir l'article que lui consacre Wikipedia.

 

[2] L'observateur attentif ne s'y trompera pas : c'est une terrible mise en garde qu'émet ici le Premier ministre de l'Etat d'Israël. On le sent profondément déchiré – il le dit d'ailleurs sans ambages –, mais déterminé à ne pas laisser planer de doute sur l'étroitesse extrême de ses choix en tant que responsable politique dont les décisions pèseront sur la sécurité des citoyens de l'Etat juif. Il sait à qui il a affaire. Les dirigeants du Hamas sont des gens sans pitié, inhumains et fanatiques. Il ne fait aucun doute qu'ils veulent faire tout le mal possible à leur ennemi, l'Etat d'Israël, qu'ils se sont juré de neutraliser, à défaut de le détruire. Ils connaissent l'extrême humanité (qu'ils considèrent comme une faiblesse congénitale irrémédiable) de ce peuple, et sont persuadés qu'ils peuvent obtenir toujours davantage de concessions d'une direction politique israélienne qui érige en norme absolue le respect de la vie et doit rassurer une population qui a été éduquée durant des décennies dans la confiance que, quoi qu'il en coûte, les responsables de leur pays n'abandonneront jamais un prisonnier aux mains de leurs ennemis. Mais la plus grande difficulté n'est pas là. Le Hamas est déterminé à faire relâcher tous ses cadres terroristes. Il pense qu'il n'y a pratiquement pas de limites aux exigences qu'il peut formuler. Autre avantage du vice sur la vertu : pour ces gens, la vie humaine ne compte pas et surtout pas celle de leurs ennemis. Tuer Gilad Shalit est peut-être dangereux, car ils savent qu'il y aura une expédition punitive, mais, l'opération "Coulée de plomb" l'a illustré sans conteste, il n'est rien qu'une armée puisse faire face à un pouvoir politique fanatique dont la population est le meilleur bouclier humain. D'autant que, comme on a pu le constater avec la mort de 9 terroristes à bord du Mavi Marmara, l'opinion internationale, chauffée à blanc, privée de discernement et philopalestinisée à outrance, ne supporterait pas les pertes civiles que causerait immanquablement tout coup de force dans la bande de Gaza. Nul doute que, dans un tel cas de figure, l'ostracisme dont serait l'objet l'Etat juif serait d'une magnitude au moins égale, si ce n'est supérieure, à la marginalisation internationale qui sanctionna en son temps, le gouvernement blanc d'Afrique du Sud, pour cause d'apartheid.

 

 

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Mis en ligne le 4 juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org