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Le Tea Party s'attaque à Washington, Claude Porsella
07/08/2010

[Cet article m'avait échappé. Un article de Guy Millière * qui fait allusion à la fronde des groupes de "tea party" m'a obligé à creuse le sujet et m'a amené à découvrir le texte ci-après, important pour comprendre la grogne qui s'est emparée de nombreux citoyens américains chez qui l'effet Obama ne fonctionne plus, sans parler de ceux sur lesquels le charme du "Kennedy noir" n'a jamais opéré. (Menahem Macina).]

 * "La chute vertigineuse de Barak Obama".

Sur le site de Valeurs Actuelles, 25 février 2010


Ce mouvement protestataire a le vent en poupe. Il rassemble des électeurs de droite et des indépendants dans une méfiance profonde à l'égard de l'État fédéral. Sarah Palin est leur pasionaria.

Etanchez votre soif de liberté. Ce slogan accueille les visiteurs du site du Tea Party Nation, le mouvement organisateur de la récente convention Tea Party qui vient de se tenir à Nashville. La capitale de la country music était la ville idéale pour recevoir les membres d'un mouvement populiste, plus sensibles aux chansons de Dolly Parton, vedette de l'Amérique profonde, qu'aux cantates de Bach. Avec pas plus de six cents délégués présents, la convention n'avait de “nationale” que le nom, mais l'important était bien dans le mouvement de curiosité médiatique suscité par cette mouvance. Le ratio étonnant d'un journaliste pour trois participants le prouve : ce mouvement appelé “Tea Party” a démontré toute son importance dans la vie politique américaine, à l'heure où Barack Obama est en baisse constante dans les sondages, aussi bien chez les électeurs de droite (où sa cote est en chute libre) que parmi ceux de gauche, chez qui la déception domine.

Tout a commencé il y a tout juste un an. Le 19 février 2009, intervenant en direct de la Bourse de Chicago, le journaliste Rick Santelli, de la chaîne financière CNBC, se lance dans une tirade enflammée contre la proposition de l'administration Obama d'aider les propriétaires menacés d'expulsion à renégocier leur hypothèque : « Voulons-nous vraiment subventionner les hypothèques de ces “losers”. Nous sommes en Amérique. Combien de vous veulent payer pour l'hypothèque de leur voisin, qui a une salle de bains de plus qu'eux et qui est incapable de payer ses factures ? »

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Illustration ajoutée par france-israel.org

Son cri de colère a dépassé le cadre des téléspectateurs de CNBC, grâce à Internet. Sur YouTube, c'est un énorme succès, un buzz que rien ne peut arrêter. En quelques semaines, des groupes s'organisent à travers tout le pays. Un mouvement est né. Il prend le nom de “Tea Party”, une référence à la révolte de 1773 des colons américains. Déguisés en Indiens, ils avaient jeté par-dessus bord les cargaisons de thé, amenées par les navires anglais dans le port de Boston. Ils protestaient ainsi contre une nouvelle taxe sur le thé que la Couronne britannique voulait leur imposer, alors qu'ils n'étaient même pas représentés au Parlement de Londres.

Les “nouveaux patriotes”, comme aiment à s'appeler les militants du Tea Party – certains portent même le tricorne à la façon du XVIIIe siècle –, ne se rebellent plus contre le roi d'Angleterre, mais contre leur propre gouvernement, démocratiquement élu. Le 15 avril 2009, leur première grande manifestation nationale est un succès. Ils l'ont tenue à l'occasion du Tax Day, la date limite de paiement des impôts. À certains endroits, les protestataires se chiffrent par milliers, comme à Atlanta ; ailleurs, ils ne sont que des dizaines. À Washington, la manifestation tout près de la Maison-Blanche sera dispersée par la police, après qu'un participant eut réussi à jeter symboliquement des sachets de thé par-dessus les grilles de la résidence présidentielle.

Depuis, le mouvement n'a pas faibli, malgré des outrances qui font comparer Barack Obama à Hitler ou à Staline. Les Tea Party recrutent presque exclusivement chez les Américains blancs et dans la population âgée. C'est l'Amérique profonde type, en révolte contre l'establishment washingtonien. Ces mécontents ont dit “non” au plan de sauvetage des banques, au plan de relance, à la réforme du système de santé. Ils s'inquiètent du déficit budgétaire abyssal et de la dette nationale. Ils veulent une plus grande discipline fiscale et réclament surtout un gouvernement indirect minimaliste, le principal thème unificateur d'une nébuleuse aux intérêts disparates.

Si la majorité des “anti” s'est ralliée au Tea Party pour des raisons économiques, d'autres l'ont fait sur des sujets sociétaux, pour des raisons morales, notamment l'opposition à l'avortement ou au mariage homosexuel. Ils réclament le droit de pouvoir acheter une arme librement et se montrent des plus sceptiques sur la réalité du changement climatique. Les divergences internes s'aplanissent sur un thème : la dénonciation militante de l'emprise du gouvernement fédéral dans leurs affaires. « Rendez-nous notre pays », proclament-ils d'une seule et même voix.


“Ils ont élu un idéologue socialiste à la Maison-Blanche”

Ce refus de tout assistanat gouvernemental et l'aspiration fondamentale à la liberté sont typiquement américains. Ils sont très rassembleurs dans la campagne du Tea Party. Mais une autre facette du mouvement a été affirmée, publiquement, à la convention de Nashville : le racisme le plus brutal. Les Américains qui refusent toujours d'être dirigés par un président de couleur – Barack Obama est métis – ont relevé la tête. Ces “nativistes” estiment qu'Obama « n'est pas même américain ». C'est une frange minoritaire mais bien réelle.

C'est à ce courant que s'adresse l'ancien parlementaire Tom Tancredo, ancien candidat à la présidence, adversaire virulent de toute forme d'immigration. À Nashville, il s'est moqué de ces gens « qui ne savent même pas épeler le mot “vote” ou le prononcer en anglais et qui ont élu un idéologue socialiste à la Maison-Blanche. Il s'appelle Barack “Hussein” Obama ». Tancredo a suggéré de retourner à une pratique du temps de la ségrégation où, dans le Sud, les Noirs devaient passer un test d'alphabétisme pour pouvoir voter.

Bien que minoritaire, cette faction raciste et xénophobe dessert l'image du mouvement au risque de le marginaliser, alors que son potentiel est énorme, bien au-delà de son aspect folklorique. L'ambiance est porteuse : 71 % des Américains se disent insatisfaits de leur système politique. Un sondage récent du Wall Street Journal a même montré que le mouvement Tea Party est plus populaire que les deux grandes formations, les partis républicain et démocrate : 41 % des Américains ont une opinion positive à l'égard du Tea Party, contre 35 % en faveur du Parti démocrate et 28 % pour le Parti républicain.

En ce moment, les électeurs dits “indépendants” abandonnent Obama en masse. Ils sont les plus séduits par ce courant populiste et conservateur que Robert Zaretsky, un professeur d'histoire de France, compare au poujadisme, dans une analyse réalisée pour le New York Times.

Qui soutient et finance le Tea Party ? Peut-on vraiment parler d'un mouvement spontané, né de la base – grassroots ? Le quotidien Washington Post, plutôt centre gauche, ne le croit pas. Selon lui, il pourrait recevoir indirectement des fonds de grosses sociétés, telles que l'assureur MetLife ou le cigarettier Philip Morris, désireuses de manipuler cette armée de mécontents en leur faveur. Une chose est sûre : le Tea Party ne semble pas manquer d'argent. Pour lever des fonds, ses responsables se sont inspirés de la méthode qui a si bien servi les démocrates pendant la campagne d'Obama en 2008 : utiliser à plein Internet. Maltraité, caricaturé, voire ridiculisé par les grands médias, le Tea Party s'exprime également sur le Web, où ses blogs sont très consultés.

La force politique réelle de ce mouvement reste incertaine. Ses membres se flattent d'avoir fait triompher, en janvier, dans le Massachusetts, fief démocrate, le républicain Scott Brown, élu au siège laissé vacant par la mort de Ted Kennedy. En novembre 2009, ils avaient réussi pour deux gouverneurs en Virginie et dans le New Jersey. En novembre prochain, pour les élections de mi-mandat d'Obama, le Tea Party a bien l'intention de faire élire des candidats porteurs de leurs idées. « Nous sommes conscients que le Parti républicain n'est pas synonyme de conservatisme, écrit Dana Loesch sur son blog. Certains d'entre nous se préparent à être candidats. Nous mettons au défi le Parti républicain de retourner à ses racines conservatrices, au risque de perdre le soutien de son aile droite. »

Les relations entre le Tea Party et les républicains sont ambiguës. C'est loin d'être le grand amour, mais chacun a besoin de l'autre. On se rencontre, mais sans trop d'effet médiatique. Lorsque le responsable du comité national républicain, Michael Steele, a reçu récemment à Washington une délégation du Tea Party pour examiner comment unir leurs forces, il a refusé d'apparaître à ses côtés pour la conférence de presse qui suivait l'entrevue. Les délégués, transis, ont tenu leur point de presse près d'une station de métro proche du Congrès.

 

“L'Amérique est prête pour une nouvelle révolution”

Le Parti républicain sait qu'il a besoin de cette frange de l'opinion publique, s'il veut regagner des sièges aux élections de novembre. Seul cet appoint pourrait lui permettre aussi de redevenir majoritaire, ce qui est désormais dans l'ordre du possible, compte tenu de la perte de vitesse des démocrates. Le problème est qu'il ne doit pas se laisser déborder par ses ultras, au risque de voir fuir l'électorat centriste et les indépendants qui ont commencé à abandonner Barack Obama.

Les “patriotes” du Tea Party” ne sont pas prêts, pour le moment, à former un troisième parti. Ils sont donc contraints d'accepter le patronage des républicains. Ils n'ont pas encore trouvé de chef naturel, comme les deux leaders populistes George Wallace ou Ross Perot. Le premier avait réussi à obtenir 13 % des suffrages à la présidentielle en 1968 et le second 19 % en 1992.

Les partisans du Tea Party refusent d'ailleurs toute idée de chef suprême. « Les révolutionnaires de 1776 n'en avaient pas », rappellent-ils, ce qui n'est pas très sympathique pour George Washington, le Père de la nation. Sarah Palin occupe une place à part dans leur coeur. L'ancien gouverneur de l'Alaska a été la superstar à Nashville. Elle a su trouver les mots pour faire vibrer la salle : « L'Amérique est prête pour une nouvelle révolution. Ce mouvement est celui du peuple. Pas celui d'un roi ou d'une reine ou d'un type charismatique avec un téléprompteur. »

Celle qui occupe le rôle de “rebelle en chef” tient toutefois à garder ses distances à l'égard du Tea Party. Elle maintient toujours le suspense sur ses intentions pour la présidentielle de 2012 et ne veut surtout pas être associée de façon exclusive à un groupe protestataire. Elle doit ainsi se rendre en Arizona pour soutenir la campagne de John McCain, qui a pour rival dans cette nouvelle campagne un DJ [Disk Jockey]… membre du Tea Party.

Sarah Palin laisse la porte ouverte à une possible candidature, même si les sondages actuels indiquent qu'elle a encore trop peu de crédit aux yeux des Américains : 71 % d'entre eux, dont 52 % de républicains, estiment qu'elle n'est pas qualifiée pour devenir présidente. Annoncer maintenant qu'elle ne se présentera pas réduirait sensiblement le montant des cachets de ses conférences (100 000 dollars par prestation) et l'intérêt que lui accordent les médias.

Le “Sarah Palin show” va continuer et animer le paysage politique américain. Ken Adelman, un ancien collaborateur de Ronald Reagan, compare la pasionaria des conservateurs au Richard II de Shakespeare : « Attrayant à regarder, incompétent pour gouverner. »


Claude Porsella

 

© Valeurs Actuelles

 

Mis en ligne le 15 juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org