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L'interdiction du niqab par la Syrie, est une part du conflit qui sévit à l'intérieur de l'Islam lui-même, Faisal al Yafai
07/08/2010

 

Sur le site du Guardian.co.uk, 19 juillet 2010

Article anglais original : "Syria's niqab ban is part of a clash within Islam itself"

Traduction française: Menahem Macina


Loin des chauds débats européens, la Syrie a proscrit le niqab dans les salles de classe, ajoutant une nouvelle dimension à ce sujet complexe.

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Tranquillement, loin du tintamarre qui a accompagné le vote français sur l'interdiction du niqab en public, et des appels de Philip Hollobone à imposer cette interdiction en Grande-Bretagne, le gouvernement syrien a mis en place sa propre interdiction, plus limitée, en retirant leur enseignement dans les écoles publiques aux professeurs qui portent le voile cachant l'intégralité du visage.

De prime abord, une telle mesure peut sembler bizarre: la Syrie, avec ses dizaines de sectes religieuses et son gouvernement qui se dit séculier, a réussi durant des décennies à traiter délicatement de ces problèmes, du moins s'agissant de la foi personnelle.

Mais la montée de la religiosité dans la population a secoué la classe dirigeante: avec une hausse des manifestations publiques de foi et un rare attentat terroriste à Damas, il y a deux ans, attribué à des islamistes, le gouvernement semble aller vers un affrontement avec les idées religieuses extrémistes.

L'interdiction du niqab dans les écoles publiques est une mesure assez brutale, mais à une si petite échelle, elle pourrait bien avoir pour but d'envoyer un message. L'Egypte aussi a promulgué une interdiction limitée analogue (pour les examens universitaires); les islamistes s'y sont opposés mais elle a été soutenue par les tribunaux.

Mais le combat de la Syrie avec les Islamistes et les symboles visibles de l'islam fait partie d'une confrontation plus vaste, une confrontation avec l'Islam lui-même. L'Islam politique gagne du terrain tant dans le monde arabe que dans les pays à majorité musulmane. Ce qui se produit dans ce débat est extrêmement important, parce que le même débat a lieu dans les communautés musulmanes d'Occident.

Ce débat, pour le dire en termes généraux a trait à l'écart entre la sphère personnelle et la sphère publique. Des gouvernements de tendance séculière ont essayé de laisser la foi en dehors des institutions de l'Etat. Mais les Islamistes veulent que leur foi dirige ces institutions. La sphère privée a aussi été de plus en plus politisée, avec une augmentation du port du foulard et du voile, en Syrie et dans la plupart des pays à majorité musulmane.

Pour le gouvernement syrien, cet accroissement de la religiosité est un sérieux défi à son pouvoir séculier et autoritaire. Ceux qui considèrent que la foi doit guider leur vie veulent qu'elle guide aussi leurs dirigeants. Les Islamistes constituent la principale opposition dans la région: s'il y avait des élections véritables et honnêtes, les Islamistes l'emporteraient.

Pourtant, tandis que les défenseurs du pouvoir séculier constatent l'affaiblissement de leurs thèses dans la population générale, de l'autre côté, même les Islamistes subissent des pressions pour être plus conservateurs. Cette pression vient du Salafisme, une version de l'Islam, austère et moins souple, qui a rapidement gagné du terrain au cours des trois décennies écoulées.

Les Salafistes tendent à se concentrer dans des enclaves pour s'opposer à ce qu'ils perçoivent comme une société corrompue. Ils considèrent souvent les pouvoirs politiques institués comme usurpant l'autorité divine. Il est important de reconnaître qu'alors que le Salafisme n'est encore qu'une tendance minoritaire, son influence se fait largement sentir. Les Islamistes, soucieux de la critique des austères Salafistes, qui les accusent de faire trop de compromis avec l'autorité politique, ont parfois réagi en se positionnant à droite, pour conférer à leur position le statut d'opposition viable.

C'est un débat complexe qui se déroule ; il a des racines profondes, mais nous y sommes à peine attentifs en Occident. Et pourtant, cela a de l'importance, parce que les mêmes courants affectent les communautés musulmanes d'Europe et d'Amérique du Nord. Quelle forme prend l'islam en Occident, la manière dont les communautés musulmanes deviendront libérales, participatives, redevables à l'identité musulmane, sera affectée par ce débat. (Et pas seulement dans les communautés musulmanes : une augmentation de l'identité de foi se fera sentir dans tout le spectre politique.)

L'interdiction française du niqab est une part de ce débat, mais que l'interdiction influence le débat dans une direction positive, c'est loin d'être clair. Les féministes syriens ont accueilli favorablement l'interdiction, affirmant qu'elle protège les droits humains et l'espace public séculier. On a dit beaucoup de choses identiques à propos de l'interdiction française. Pourtant, il est difficile de voir comment la politisation de ce qui devrait être une question personnelle, peut avoir une autre conséquence que de constituer un motif d'inquiétude.

 

Faisal al Yafai

 

© Guardian.co.uk

 

Mis en ligne le 19 juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org