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Iran

Les propos que l'ambassadeur des Emirats arabes unis aurait tenus concernant des frappes contre l'Iran sont politiquement valides
07/08/2010

Titre complet : "Le directeur d'Al-Arabiya : Les propos que l'ambassadeur des Emirats arabes unis aurait tenus concernant des frappes contre l'Iran sont politiquement valides (MEMRI)"


Source : MEMRI, Dépêches spéciales - No. 3100,

16 juillet 2010 (http://www2.memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=SD310010)

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Dans un article paru le 12 juillet dans Al-Sharq Al-Awsat, le directeur général d'Al-Arabiya, Abdel Rahman Al-Rashed, a commenté les propos qu'aurait tenus l'ambassadeur des Emirats arabes unis aux Etats-Unis, Youssef Al-Otaiba. Selon des rapports de médias, Al-Otaiba aurait laissé entendre, le 6 juillet 2010, que les avantages de frappes militaires contre l'Iran dépassaient les inconvénients à court terme (1). Cette prise de position a suscité de vives réactions de la part de responsables iraniens, qui ont reproché à l'ambassadeur son "audace" (2). Le 7 juillet, le vice-ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis a démenti qu'Al-Otaiba ait tenu de tels propos, affirmant que l'ambassadeur avait été mal cité (3).

Réagissant à l'affaire, Al-Rashed a fait valoir que les déclarations attribuées à Al-Otaiba, qu'elles fussent ou non authentiques, étaient valides, étant donné que les Etats du Golfe, et la région dans son ensemble, avaient de bonnes raisons de redouter un Iran nucléaire. Il a ajouté que la plupart des politiciens arabes ne sont pas trop audacieux mais trop prudents quand ils évoquent le danger d'un Iran nucléaire.

Ci-dessous des extraits de l'article d'Al-Rashed, tel que paru dans la version anglaise d'Al-Sharq Al-Awsat (4):


« J'ai lu la déclaration finale de 30 pages de la conférence orageuse [d'Aspen, dans le Colorado], au cours de laquelle l'ambassadeur des Emirats arabes unis aux Etats-Unis, Youssef Al-Otaiba, a suscité la colère de l'Iran pour avoir été cité disant que les bénéfices qui seraient tirés d'une offensive contre l'Iran dépasseraient les conséquences à court terme et la menace d'un Iran nucléaire.

L'Iran a réagi par une bordée d'insultes, bien que le ministère des Affaires étrangères des Emirats arabes unis ait qualifié la citation de l'ambassadeur d'inexacte et sortie de son contexte.

Tant que la tempête fera rage, il n'y aura rien de mal à observer de plus près la situation. Etait-il inapproprié pour une personne dans la situation de l'ambassadeur de tenir de tels propos ? Plus important encore: après avoir dit ce qu'il aurait dit, et que ces propos soient, ou non, fidèles, faut-il les considérer comme utiles ou nocifs ?

Le fait est que nous nous sommes habitués à ce que les responsables et les personnes affiliées au régime iranien expriment librement leurs points de vue, et au fait qu'elles émettent librement des remarques injurieuses à l'encontre des Etats du Golfe, avec ou sans provocation. En fait, ces responsables n'hésitent même pas à formuler des menaces, ce qui est la pire chose qui puisse arriver dans les médias. Il y a tout juste deux semaines, des responsables iraniens ont déclaré que [l'Iran] projetait d'inspecter les navires en partance pour les Etats arabes du Golfe, en réaction à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies d'inspecter les bateaux embarquant en Iran, si jamais ils avaient des soupçons sur [le contenu de] leurs cargos. L'Iran n'a pas osé menacer d'inspecter les bateaux américains, européens ou russes dans la région, lesquels sont nombreux. En revanche, il a menacé les [Etats] du Golfe, même s'ils n'avaient rien à voir avec cette résolution et qu'il n'y a pas d'Etat du Golfe au Conseil de sécurité. Avant cela, des responsables iraniens ont annoncé que l'Iran attaquerait les Etats du Golfe si Israël ou les Etats-Unis s'avisaient de les attaquer.

« Imaginez ce que seront la mentalité et le comportement de l'Iran une fois acquise la capacité nucléaire et intégrée l'idée qu'aucun pays ne peut plus lui déclarer la guerre. »

Dans un climat aussi empoisonné, il est naturel qu'un politicien ou un diplomate arabe affirme que la nucléarisation de l'Iran représente une menace pour nous. D'un point de vue protocolaire, les deux parties doivent œuvrer de concert pour éviter de jeter des tomates pourries l'une sur l'autre ou permettre à qui que ce soit d'autre d'en faire autant.

L'ambassadeur Youssef Al-Otaiba a été cité comme tenant des propos valides sur le plan politique. Il aurait déclaré que les actions de l'Iran dans la région aujourd'hui nous posent un problème. Imaginez seulement ce que pourra faire Téhéran une fois qu'elle aura la capacité nucléaire ! En effet, imaginez ce que seront la mentalité et le comportement de l'Iran une fois acquise la capacité nucléaire et intégrée l'idée qu'aucun pays ne peut plus lui déclarer la guerre.

C'est pourquoi le véritable problème n'est autre que la réticence qu'ont nos politiciens à exprimer leurs opinions et préoccupations face au plus grand danger qui menace notre région depuis cent ans.


« Où est donc le problème si l'ambassadeur d'un Etat du Golfe déclare qu'attaquer l'Iran aujourd'hui nous coûtera moins que de vivre demain aux côtés d'un Iran nucléaire ? »

Les propos de l'ambassadeur, même s'ils dépassent le cadre de ses compétences, sont politiquement exacts. Imaginez une seconde que l'Iran accède à la capacité nucléaire. Les Iraniens n'attaqueront pas Israël, parce que les Israéliens répliqueraient en les enterrant sous une centaine de bombes atomiques. De même, l'Iran n'attaquera pas les Etats-Unis, qui sont trop éloignés au niveau géographique et parce que Washington répliquerait aussi en dirigeant vers l'Iran une centaine de bombes atomiques, tout en conservant, après cela, un arsenal riche encore de cinq milles têtes nucléaires. Quant aux Etats du Golfe, ils ne seront peut-être pas la cible des armes nucléaires iraniennes, mais l'Iran cherchera certainement à les dominer, et peut-être à en contrôler certains, sachant bien qu'aucune grande puissance mondiale n'osera plus s'ingérer, l'Iran étant protégé par ses armes nucléaires.

Où est donc le problème si l'ambassadeur d'un Etat du Golfe déclare qu'attaquer l'Iran aujourd'hui nous coûtera moins que de vivre demain aux côtés d'un Iran nucléaire ?

Finalement, je ne suis pas enthousiasmé à l'idée de me retrouver pris dans un conflit verbal avec l'Iran ; toutefois le conflit est déjà là, vu que les Iraniens continuent de nous lancer dessus des tomates pourries. Les paroles de l'ambassadeur ont une valeur éducative, vu que la plupart des gens, dont plusieurs de nos intellectuels, ne comprennent qu'un point de vue dans la controverse sur un Iran nucléaire. Laissez-les entendre un autre point de vue cette fois !

(1) Selon un rapport paru le 7 juillet 2010 dans le Washington Times, Al-Otaiba aurait déclaré, le 6 juillet, lors d'une conférence aux Etats-Unis: « Je pense (…) qu'il y aura des conséquences [à une attaque contre l'Iran] ; il y aura un effet de boomerang et des problèmes dus aux émeutes, aux protestations et à l'insatisfaction face à l'existence d'une force extérieure attaquant un pays musulman (…) [Toutefois], si vous me demandez si je préfère vivre avec cela ou avec un Iran nucléaire, ma réponse sera la même: nous ne pouvons pas vivre avec un Iran nucléaire. »

(2) Par exemple, Kazem Jalili, porte-parole du Comité de sécurité nationale du Majlis, a déclaré: « Le laxisme du ministère iranien des Affaires étrangères vis-à-vis des Emirats arabes unis a donné l'audace à certains responsables du minuscule pays de cette région de tenir des propos déments. » Il a en outre appelé à un boycott touristique iranien des Emirats arabes unis, en réponse aux remarques d'Al-Otaiba. Press TV, Mehr (Iran), 7 juillet 2010. Parviz Sarvari, membre du comité de la sécurité nationale, a déclaré que l'appel de l'ambassadeur était une erreur stratégique, et que toucher à la sécurité de l'Iran mettrait en danger la sécurité de toute la région, y compris celle des Emirats arabes unis. Javan (Iran), 8 juillet 2010.

(3) WAM (Agence de presse officielle des Emirats arabes unis), 7 juillet 2010.

(4) Al-Sharq Al-Awsat (Londres) 12 juillet 2010.

 

© MEMRI avec Al-Sharq Al-Awsat

 

[Article relayé par desinfos.com, et aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 21 juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org