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Reprise d'un beau texte classique de Yaïr Lapid : « Je suis sioniste »
07/08/2010

 

 

[Un internaute me demande de remettre en ligne ce texte. Je le fais d'autant plus volontiers qu'il est de nature à réconforter celles et ceux qu'inquiète, à juste titre, le déferlement d'une haine, de plus en plus violente et injuste, envers l'Etat d'Israël dans le monde entier. (Menahem Macina).] 30 janvier 2009 


Ce texte de 2009, traduit de l'hébreu, a été écrit par Yair Lapid, poète, metteur en scène, traducteur, compositeur, écrivain, présentateur à la télévision et… Israélien.

Traduction française: Menahem Macina pour France-israël.org


Première mise en ligne sur France-Israël, en avril 2010

Voir aussi une version anglaise sur le site de Yediot Ahronot (Ynet)

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Je crois que le peuple juif s'est établi dans la terre d'Israël, quoique passablement tard. S'il avait entendu la sonnette d'alarme plus tôt, il n'y aurait pas eu de shoah, et feu mon grand-père ­­– dont je porte le nom – aurait pu danser une dernière valse avec grand-mère sur les rives du fleuve Yarkon…

Je suis sioniste.

L'hébreu est la langue dont je me sers pour prier le Créateur, et aussi pour jurer quand je conduis. La Bible, ce n'est pas seulement mon histoire, c'est aussi ma géographie. Le roi Saul a cherché les ânesses de son père sur l'autoroute 443. Jonas, le prophète, a pris le bateau non loin de ce qui est aujourd'hui un restaurant de Jaffa. Et la terrasse où le roi David contemplait Bat Sheva, a été achetée par quelque oligarque, de nos jours.

Je suis sioniste.

La première fois que j'ai vu mon fils en uniforme de Tsahal, j'ai éclaté en sanglots. Depuis 20 ans, je n'ai pas manqué la cérémonie de l'allumage des torches, le Jour de la Fête de l'Indépendance. Et si ma télévision a été fabriquée en Corée, je lui ai appris à acclamer notre équipe nationale de football.

Je suis sioniste.

Je crois que nous avons droit à cette terre. Des gens qui ont été persécutés sans raison tout au long de l'histoire ont droit à un Etat qui leur appartienne, avec un F16 en prime de la part du constructeur. Toute manifestation d'antisémitisme, de Londres à Bombay, me blesse. Pourtant, tout au fond de moi, je pense que les Juifs qui ont choisi de vivre à l'étranger ne parviennent pas à comprendre quelque chose de très élémentaire dans ce qui se passe en ce monde. L'Etat d'Israël n'a pas été créé pour que les antisémites disparaissent, mais pour que nous puissions leur dire de se barrer.

Je suis sioniste.

On m'a tiré dessus au Liban. Des roquettes Katioucha m'ont raté de quelques mètres à Kiryat Shmonah. Des missiles sont tombés à côté de chez moi durant la première Guerre du Golfe. J'étais à Sderot lorsque la sirène d'alerte rouge a retenti. Des terroristes se sont fait exploser non loin de la maison de mes parents. Et mes enfants ont séjourné dans un abri avant même qu'ils sachent prononcer leur propre nom, agrippés à une grand-mère venue ici de Pologne pour échapper à la mort. Et malgré tout, j'éprouve un profond sentiment de chance de vivre ici ; je ne me suis toujours considéré comme chanceux de vivre ici, et je ne me sens réellement bien nulle part ailleurs.

Je suis sioniste.

Je crois que tous ceux qui vivent ici doivent servir dans l'armée, payer des impôts, voter et connaître les paroles d'au moins une chanson de Shalom Hanokh. Je pense que l'Etat d'Israël n'est pas seulement un lieu, mais aussi un concept. Je crois de tout mon coeur aux trois commandements supplémentaires gravés sur le mur du musée du Mémorial de l'Holocauste à Washington: « Ne sois ni victime, ni perpétrateur, mais, par dessus tout, ne sois pas spectateur ».

Je suis sioniste.

J'ai penché ma tête à la renverse pour admirer [les plafonds de] la chapelle Sixtine au Vatican ; j'ai acheté une carte postale à Notre-Dame de Paris, et j'ai été profondément impressionné par la statue de jade du Bouddha au palais du roi à Bangkok. Pourtant je crois toujours que Tel Aviv est plus distrayante, que la Mer Rouge est plus verte, et que les tunnels du Mur Occidental procurent une expérience spirituelle beaucoup plus puissante. Il est vrai que je ne suis pas objectif, mais je ne suis pas non plus objectif quand il s'agit de ma femme et de mes enfants.

Je suis sioniste.

Je suis tourné vers l'avenir, mais je vis aussi mon passé. Ma lignée compte Moise, Jésus, Maimonide, Freud, Marx, Einstein, Woody Allen, Bobby Fisher, Bob Dylan, Franz Kafka, Herzl et Ben Gourion. J'appartiens à une toute petite minorité persécutée qui a influencé le monde plus que n'importe quelle autre nation. Tandis que les autres investissaient toute leur énergie dans la guerre, nous avons eu assez de raison pour miser sur notre intelligence.

Je suis sioniste.

Je regarde parfois autour de moi et me sens empli de fierté, parce que je vis mieux qu'un milliard d'Hindous, mieux qu'un milliard 300 millions de Chinois, mieux que la totalité du continent africain, mieux que 250 millions d'Indonésiens, et mieux aussi que les Thaïlandais, les Philippins, les Russes, les Ukrainiens, et que le monde musulman tout entier, à l'exception du Sultan de Brunei. Je vis dans un pays en état de siège, sans ressources naturelles, et pourtant, les feux de circulation fonctionnent toujours, et nous avons l'Internet à haut débit.

Je suis sioniste.

Mon sionisme est naturel, exactement comme il m'est naturel d'être un père, un mari et un fils. Ceux qui affirment qu'eux seuls constituent le « véritable sionisme » me semblent ridicules. Mon sionisme ne se mesure pas à la taille de ma kippa, ni à celle du quartier dans lequel tu vis, ni à l'aune du parti pour lequel je vote. Il est né longtemps avant moi, dans une rue enneigée du ghetto de Budapest, où se trouvait mon père, qui cherchait en vain à comprendre pourquoi le monde entier s'efforçait de le tuer.

Je suis sioniste.

Chaque fois que meurt une victime innocente, j'incline la tête, car il fut un temps où moi aussi j'étais une victime innocente. Je n'ai ni l'envie ni la volonté d'adopter les règles morales de mes ennemis. Je ne veux pas être comme eux. Je ne vis pas de mon épée ; je la garde simplement… sous l'oreiller.

Je suis sioniste.

Je ne suis pas seulement détenteur des droits de mes ancêtres, j'ai aussi le devoir des fils. Ceux qui ont fondé ce pays ont vécu et travaillé dans des circonstances bien plus difficiles que celles que j'affronte, et pourtant ils ne se sont pas contentés de survivre. Ils ont aussi essayé de créer ici un Etat meilleur, plus sage, plus humain et plus moral. Ils étaient prêts à mourir pour cette cause. Moi, je m'efforce de vivre pour son bien.

Je suis sioniste.


© Yaïr Lapid

 

Remis en ligne le 22 juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org