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Zimeray: «Le blocus affectif que la communauté internationale exerce sur Israël interdit toute forme de compassion pour les citoyens de ce pays», T. Lazaroff
07/08/2010


[Cet article m'inquiète énormément. J'ai connu Zimeray mieux inspiré. Il est vrai qu'on ne peut être diplomate et prophète. Mais certains raisonnements de cet homme, au demeurant sincère et méritant, sentent terriblement l'européisme et la raison d'Etat internationale. J'y reviendrai dans une analyse ultérieure. Je remercie
desinfos.com d'avoir attiré mon attention sur ce texte en le signalant. (Menahem Macina).]


Sur le site du Jerusalem Post, 22 juillet 2010  

 

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Zimeray en compagnie d'un soldat de Tsahal. La compassion envers les souffrances juives s'arrête aux frontières d'Israël. Photo: JPost

La communauté internationale porte à Israël une attention croissante et presque obsessionnelle, pour l'accuser, ensuite, d'atteinte aux droits de l'homme, observe l'ambassadeur français pour les droits de l'Homme, François Zimeray.

Le « blocus affectif » [*] que la communauté internationale exerce sur Israël interdit toute forme de compassion pour les citoyens de ce pays. C'est ce qu'affirme l'ambassadeur français pour les droits de l'Homme François Zimeray.

« La compassion du monde n'est pas allée à Israël », déplore-t-il. « Israéliens et Palestiniens ont souffert les uns comme les autres du conflit. Mais les gens ne comprennent pas l'intensité que peut avoir la souffrance israélienne. »

A l'occasion du septième congrès international sur la transmission et la mémoire de la Shoah, à Yad Vashem, au cours duquel il a fait une allocution, l'ambassadeur s'est entretenu avec le Jerusalem Post.

Chez lui, l'idée de ce blocus affectif n'est pas nouvelle. Elle suscite cependant un écho significatif à l'heure où Israël œuvre pour alléger son siège de trois ans sur Gaza.

« Je suis parvenu à cette conclusion à l'époque où j'étais membre du Parlement européen. Quand des bombes explosaient en Israël, on sentait très peu de sympathie pour les victimes », déclare-t-il. « Il y a, dans les esprits occidentaux, un refus de voir la vulnérabilité israélienne. La compassion envers les souffrances juives s'arrête aux frontières d'Israël. »

La communauté internationale est tenue en otage par le prisme étroit à travers lequel elle observe le conflit, ajoute-t-il. « Israël, du coup, fonctionne en mode survie, partant de la conviction erronée qu'il est seul au monde. »


Un militant des droits de "tous" les hommes

Zimeray se présente comme « un ami d'Israël », précisant avec ironie que c'est le genre d'affirmation qui, généralement, « commence bien et se termine mal ».

Né à Paris, de parents juifs venus du Maroc et d'Algérie, il estime de son devoir personnel de veiller à ce que la Shoah ne se reproduise pas. C'est ce qui l'a poussé à œuvrer pour les droits de l'homme. Au lycée déjà, il militait pour les Cambodgiens réfugiés en France après avoir fui le génocide.

« Je viens d'une famille qui n'était pas religieuse, mais avait un fort sentiment d'appartenance à l'histoire du peuple juif et à ses traditions laïques », raconte-t-il. « J'ai été élevé avec le slogan "Plus jamais ça !", et je me disais que, si je ne faisais rien moi-même, les Juifs disparus pendant la Shoah seraient morts en vain. »

Avocat international spécialiste des droits de l'Homme, il a travaillé sur de multiples dossiers, du Congo au Darfour. Passé à la politique, puis devenu diplomate, il dit avoir observé « l'attention croissante et presque obsessionnelle portée par la communauté internationale à Israël, pour l'accuser ensuite d'atteintes aux droits de l'homme. »

Il n'a pas été facile pour ce diplomate de 48 ans d'apprendre, le mois dernier, que sur un bateau à destination de Gaza, neuf passagers turcs avaient été tués par des soldats de Tsahal cherchant à préserver le blocus naval. Ce qui ne l'a pas empêché d'être stupéfié par la rapidité avec laquelle la communauté internationale a condamné Israël sans chercher à replacer l'incident dans son contexte.

Son point de vue sur Gaza reflète celui de son pays. Zimeray n'a pas condamné la violence, il n'a pas non plus soutenu la fermeture hermétique de Gaza à tout ce qui n'était pas aide humanitaire. Néanmoins, il estime qu'Israël a le droit de contrôler les marchandises qui entrent dans la bande côtière, que ce soit par voie maritime ou terrestre.

Il espère qu'en adoptant cette position, il est parvenu à se maintenir sur la ligne ténue entre la revendication du droit d'Israël à se défendre et la critique du tort que fait ce pays aux droits des civils de Gaza.

« Il serait égotiste de prétendre qu'à sa place, nous aurions mieux réagi », estime-t-il. « Honnêtement, parmi ceux qui ont condamné Israël, beaucoup se seraient comportés de façon bien pire, cela ne fait aucun doute. »

« Derrière le message explicite de la condamnation internationale, s'en cachait un autre, implicite celui-là : Israël n'aurait jamais dû se retrouver dans cette position, qui fait qu'une flottille prend la mer pour venir à Gaza. Sans les restrictions imposées aux postes frontières terrestres, la flottille n'aurait pas eu lieu d'être », conclut-il.

« Je suis allé deux fois à Gaza, et s'il y a une question que j'aimerais soumettre à vos lecteurs, c'est celle-ci : comment verrais-je le monde, quel serait mon ressenti si j'habitais là-bas ? Cela dit, je sais que, si le Hamas déclarait demain qu'il reconnaît l'Etat d'Israël et renonce à la violence, l'attitude d'Israël vis-à-vis de Gaza changerait. » Et puis, ajoute-t-il, le Hamas doit relâcher le soldat Guilad Shalit, qui a la double nationalité israélienne et française.


Gaza : deux poids, deux mesures

« Gaza n'est pas la seule raison qui pousse de nombreuses nations à critiquer Israël », souligne Zimeray. « Ce n'est certes pas juste, mais ce qui a exaspéré l'opinion internationale, c'est que le conflit avec les Palestiniens s'éternise. Le monde a projeté sur Israël toute sa colère et sa frustration face à cette longévité. » Des émotions, affirme Zimeray, qui dérivent en partie de l'antisémitisme. Mais en partie seulement. « C'est un ingrédient qui existe bel et bien, mais qui paraît bien pâle comparé à la calcification provoquée par plus de 60 années de guerre », commente-t-il.

Les Israéliens souhaitent la paix, mais ils ont donné au monde l'impression que, pour eux, celle-ci pouvait attendre, poursuit-il. En conséquence, la communauté internationale a le sentiment que le statu quo leur semble acceptable. « Nous n'avons pas l'impression que les Israéliens travaillent jour et nuit à la paix. »

« Israël doit faire davantage pour montrer au monde qu'il n'y a rien de plus important que cette paix, conclut Zimeray. Il est clair qu'il y a deux poids deux mesures dans la couverture de Gaza par les médias », reconnaît-il.

« Les 400 000 Ouzbeks qui ont fui le mois dernier les violences ethniques au Kirghizistan, dont 2 000 ont sans doute trouvé la mort, ont eu droit à bien moins d'attention médiatique. Même chose pour les victimes de la guerre civile au Sri Lanka, ou du génocide du Darfour », déplore-t-il. « Et se préoccupait-on du sort des Palestiniens quand ceux-ci vivaient dans des conditions épouvantables en Syrie ? Si seulement le monde pouvait se mobiliser pour d'autres causes comme il le fait dès qu'il s'agit d'Israël ! », soupire-t-il.

Le dangereux amalgame avec la Shoah

« Tout aussi problématique », enchaîne-t-il, « est l'utilisation du vocabulaire de la Shoah ou de l'Apartheid sud-africain que l'on applique désormais à Israël et qui a donné au monde une idée exagérée de ce qui se passe dans les territoires palestiniens. Certaines personnes comparent Gaza à Auschwitz, par exemple. Or, si Gaza, c'est Auschwitz, alors Auschwitz n'est pas Auschwitz. La situation à Gaza est triste et peut susciter notre indignation, mais elle n'a rien à voir avec ce qui se passait pendant la Shoah ! »

« Pour parvenir à la paix », estime-t-il, « il faut que l'on cesse de voir dans le conflit israélo-palestinien de "bonnes" et de "mauvaises victimes. Les droits de l'homme ne doivent pas être un outil que l'on utilise en faveur d'un camp contre l'autre. Les gens qui ne sont pas du tout touchés par le conflit et qui se définissent comme "pro-Palestiniens" ou "pro-Israéliens" sont des imbéciles.

Que veut dire être pro-Israéliens si l'on ne défend pas l'idée d'un Etat d'Israël vivant en paix avec ses voisins ? Et que signifie être pro-Palestiniens si l'on ne défend pas celle d'un Etat palestinien démocratique vivant pacifiquement aux côtés d'Israël ? Etre pro-Palestiniens, c'est être pro-Israéliens, et vice-versa », conclut-il.

Il semble cependant à Zimeray qu'au lieu de cela, « Israël et la communauté internationale se retrouvent piégés dans une sorte de phénomène politique cyclique qui s'apparente au mystère de la poule et de l'œuf : il est impossible de dire comment tout a commencé. Israël s'est senti en danger et isolé et a considéré la violence comme la seule façon de se protéger. La communauté internationale ne l'a pas compris et a condamné ses actions, souvent en simplifiant le problème, ce qui n'a fait que renforcer Israël dans les principes qui l'avaient poussé à recourir à la violence au départ », considère Zimeray.

« Le cycle », explique-t-il, « est le suivant : "Brutalité, condamnation, incompréhension, isolement et, de nouveau, besoin de se protéger". »

Persuadé de son isolement, Israël a rejeté toutes les propositions faites par la communauté internationale, une attitude qui a accentué la distance entre les deux parties et l'a fait apparaître comme étant celui qui refuse.

« Israël est prisonnier de sa propre conviction que le monde ne le comprend pas », résume-t-il.

« Il faut que la communauté internationale réfléchisse aux conséquences de ses paroles avant de les prononcer et qu'elle comprenne à quel point Israël est vulnérable. Israël, de son côté, doit apprendre à faire la différence entre ses amis et ses ennemis.

Plus encore, il doit considérer comme un intérêt stratégique la réparation de son image internationale, s'il ne veut pas risquer une délégitimation de l'Etat lui-même. Cela est capital. Il doit traiter l'opinion internationale avec le même soin qu'il traite son opinion publique à l'intérieur du pays. Ce qui signifie qu'il importe de remédier aux préjudices causés par une information erronée et une mauvaise perception de la réalité, conséquences de la guerre des images. Il convient de considérer cela comme une donnée politique et de travailler avec. Je suis très préoccupé par le fossé d'incompréhension qui sépare Israël du reste du monde. Ce n'est pas bon pour Israël, pour ses amis et pour la paix. »

Zimeray ajoute qu'il s'inquiète pour la légitimité d'Israël dans l'avenir. « Le consensus international est l'un des piliers majeurs sur lesquels se fonde l'existence d'Israël comme Etat démocratique », prévient-il. « En tant que citoyen français et européen, je me dois d'affirmer que la légitimité d'Israël ne repose pas sur le sang et la sueur du peuple juif. »

 

Tovah Lazaroff

 

© Jerusalem Post, édition française

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Note de www.france-israel.org

[*] Le ministère des Affaires étrangères nous signale que la version française du Jerusalem Post que nous avons reproduite ci-dessus – a traduit de manière erronée l'expression "emotional blocus" - qui figure dans l'original anglais de l'article de Mme Tovah Lazaroff, "An ‘emotional blockade' is levied against Israel", mise en ligne sur le Jerusalem Post en anglais, en rendant "emotional blocus" par « blocus psychologique ».  Il s'agit, en fait, nous précise la fonctionnaire qui nous a écrit, d'un « blocus affectif ». Nous avons, bien sûr, corrigé en conséquence.

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Mis en ligne le 25 juillet 2010, par Menahem Macina, sur le site France-Israël.org