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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Les propos du Président d'Israël affirmant que les Anglais sont ‘antisémites' soulèvent la fureur, David Harrison et Adrian Blomfield
07/08/2010

 

Telegraph.co.uk


Texte original anglais : "Fury as Israel president claims English are 'anti-semitic'", 31 juillet 2010


Traduction française : Menahem Macina


Le président israélien accuse les Anglais d'être antisémites et affirme que le Premier ministre courtise les électeurs musulmans.

 

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Shimon Pérès affirme que l'attitude de l'Angleterre envers les Juifs est le « prochain grand problème » d'Israël. Photo : Reuters

 

Shimon Pérès déclare que l'Angleterre est « profondément pro-Arabes… et anti-Israël », ajoutant : « Ils ont toujours travaillé contre nous ».

Et de poursuivre : « Il y a en Angleterre un dicton qui affirme qu'un antisémite est quelqu'un qui hait les Juifs plus que nécessaire »

Ses remarques, faites au cours d'une interview sur un site juif, ont provoqué la colère d'anciens parlementaires et de dirigeants juifs britanniques, selon qui le président, âgé de 84 ans, « avait mal pris la chose ».

Mais d'autres groupes ont soutenu l'ancien Premier ministre israélien et dit que le nombre d'incidents antisémites a considérablement augmenté au Royaume Uni ces dernières années.

La controverse fait suite à la remarque de David Cameron, la semaine dernière, affirmant que Gaza est un camp de prisonniers, tandis qu'il pressait instamment Israël de permettre à l'aide [humanitaire] et aux personnes de circuler librement dans le territoire palestinien et en dehors de celui-ci.

M. Pérès, lauréat du Prix Nobel, qui en est à la troisième année de son mandat de 7 ans, en tant que président, et a été fait chevalier à titre honorifique par la Reine en 2008, a affirmé que l'attitude de l'Angleterre envers les Juifs était « le prochain grand problème » d'Israël.

« Il y a plusieurs millions d'électeurs musulmans, et pour beaucoup de membres du parlement, c'est ce qui fait la différence entre être élu et ne pas l'être », a-t-il dit.

« Et en Angleterre, il y a toujours eu quelque chose de profondément pro-Arabe – pas chez tous les Anglais, bien entendu – et d'anti-Israélien, dans la classe dirigeante.

Ils se sont abstenus dans la résolution [pro-sioniste] de l'ONU sur la partition [de la Palestine] en 1947 […] Ils ont soutenu un embargo sur les armes dans les années 1950 […] Ils ont toujours oeuvré contre nous. Ils croient que les Arabes sont les opprimés. »

Par contre, les relations avec l'Allemagne, la France et l'Italie sont « très bonnes », a-t-il ajouté.

Ces commentaires ont été formulés au cours d'une interview avec le Professeur Benny Morris, historien, de l'Université Ben Gourion dans le Negev, publiée la semaine dernière dans Tablet, un site Web juif.

L'interview, qui portait sur un large éventail de sujets avait trait au rôle de M. Pérès, l'un des dirigeants politiques dont la carrière au service d'Israël est la plus longue - député pendant 48 ans, deux fois Premier ministre, et en charge d'autres postes ministériels durant des décennies. Il est membre déclaré de la Gauche israélienne.

Il a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1994, conjointement avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, pour le rôle qu'il a joué, en tant que ministre des Affaires étrangères, dans les pourparlers de paix qui ont abouti aux Accords historiques d'Oslo.

Suite à ses commentaires, James Clappison, député conservateur du Herstmere et vice-président des Conservateurs Amis d'Israël, a déclaré :

« M. Pérès s'est trompé dans cette affaire. Il y a des pro- et des anti-Israël dans tous les pays européens. Les choses ne sont certainement pas pires dans ce pays qu'en d'autres pays européens, s'agissant d'Israël. »

Et le député d'ajouter qu'il pouvait « comprendre la frustration » ressentie par des gens en Israël à l'égard de « certains journalistes des médias radiophoniques et télévisuels » qui exposent un point de vue partial concernant Israël.

« Je peux comprendre les inquiétudes de M. Pérès, mais je m'inscris en faux contre ce qu'il dit de l'Angleterre. »

Cependant, en Israël, M. Pérès est loin d'être le seul à avoir de telles vues, qui bénéficient d'un large soutien, particulièrement au sein de la Droite, depuis l'expulsion d'un diplomate israélien, sous l'accusation que le Mossad avait envoyé des agents munis de passeports britanniques pour assassiner un commandant du Hamas à Dubai.

Arieh Eldad, un membre de droite de la Knesset, le parlement israélien, a accusé la Grande-Bretagne d'avoir agi contre les intérêts israéliens durant des décennies, depuis qu'elle a "trahi" ses promesses de créer une patrie juive quand elle gouvernait la Palestine sous mandat de la Ligue des Nations.

Selon M. Eldad – dont le père, Israël, fut une personnalité dirigeante au sein du Groupe Stern, le plus radical des groupes terroristes juifs qui combattirent le pouvoir mandataire britannique –,

« Les gouvernements [britanniques], qu'ils soient de droite ou de gauche, préfèrent les intérêts arabes aux intérêts israéliens. Leur autre attitude est une forme subtile et permanente d'antisémitisme. Il n'est pas aussi manifeste que ce qu'il était en Allemagne, il s'exprime de manière discrète et polie. »

Quelques commentateurs juifs majeurs en Grande-Bretagne, ont exprimé leur désaccord. Le Dr Rabbi Jonathan Romain, ministre du culte de la synagogue de Maidenhead écrivain et présentateur, a déclaré :

« Je suis étonné de ce qu'a dit Pérès. C'est un propos généralisateur et beaucoup trop unilatéral. La Grande-Bretagne a soutenu des causes israéliennes et arabes à différentes périodes durant les 50 dernières années. Il y a des éléments d'antisémitisme, mais ils ne sont pas endémiques dans la société britannique. Sur ce point, la tolérance et le pluralisme font de la Grande-Bretagne l'un des meilleurs pays du monde où vivre. »

M. Pérès a toutefois eu l'appui d'autres groupes pro-Israéliens. Jacob Vince, le directeur de Chrétiens Amis d'Israël, affirme qu'il y a de l'antisémitisme au Royaume-Uni, bien que beaucoup de gens aient une vue positive d'Israël, mais ne désirent pas l'exprimer publiquement.

Selon M. Vince, il est

« difficile de voir combien de députés ne seront pas influencés par le nombre d'électeurs musulmans dans leurs circonscriptions ».

Il estime que le gouvernement ne traite pas les Arabes comme des opprimés, mais plutôt qu'il cherche à s'attirer leurs faveurs.

« Le problème est de savoir s'ils comprennent correctement ceux qu'ils cherchent à se concilier. »

Et d'ajouter :

« M. Pérès est [habituellement] mesuré et modéré. Ses commentaires ont une connotation grave et je suis sûr qu'ils n'ont pas été exprimés à la légère. »

Un seul politicien israélien a exprimé son scepticisme concernant le fait que le pacifiste Pérès ait lancé une campagne aussi vaste contre le peuple anglais. Il s'agit de Benny Begin, membre du cabinet ministériel, dont le père, Menahem, fut Premier ministre, et auparavant dirigeant de l'Irgoun, le groupe qui tua 91 personnes dans un attentat contre l'Hôtel King David de Jérusalem, en 1946.

« Pérès ? Je ne peux pas croire qu'il ait dit cela ! », s'est exclamé Benny Begin.

Selon le Community Security Trust (CST), une institution sans but lucratif, créée en 1984 pour surveiller ces incidents, les statistiques les plus récentes montrent que le nombre d'incidents antisémites en Grande-Bretagne est en augmentation.

La situation en Grande-Bretagne a « sensiblement » empiré au cours de la décennie passée, a affirmé un porte-parole de cette organisation.

En 2009 il y a eu 924 incidents antisémites, le chiffre le plus élevé depuis que la CST a commencé à enregistrer ces faits (en 1984), et 55 % plus élevé que le précédent résultat en 2006.

Ces chiffres incluent des rapports – qui ne sont pris en compte que s'ils sont étayés par des preuves –, d'agressions physiques, de harcèlement verbal et de graffiti racistes.  

Le chiffre mensuel est monté en flèche : de 10 à 20  incidents dans les années 1990 à 40-50 aujourd'hui.

L'année dernière, près de la moitié des 924 agressions raciales antisémites enregistrées par le CST révèlent une motivation politique, et 66 % d'entre elles ont un rapport avec Israël et le Moyen-Orient.

Un rapport de 2009 émanant de l'Anti-Defamation League aux Etats-Unis, a constaté qu'un Britannique sur cinq admettait qu'Israël influençait leur opinion sur les Juifs britanniques, et la majorité d'entre eux disent que leur perception des Juifs est « pire » que celle qu'ils avaient habituellement. Toutefois, selon ce rapport, la Grande-Bretagne était moins antisémite que d'autres pays européens.

 

David Harrison et Adrian Blomfield

 

© Telegraph.co.uk

 

Mis en ligne le 1er août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org