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Robert Fisk: « Israël s'est infiltré dans l'Union Européenne sans que nul ne s'en aperçoive »
07/08/2010

 

[Texte ignoble, rempli de semi-vérités, de sophismes et d'accusations incontrôlables, mais diatribe terriblement efficace, tant l'auteur rend lisse et convaincante la problématique dont il prétend traiter de manière critique et objective. En réalité, cet article est un précipité des discours aussi empoisonnés que mensongers, que distillent sans interruption des criminels du clavier tel ce grand journaliste de The Independant, dont la fiabilité, même factuelle, a été mise en doute à juste titre par des critiques compétents [1]. Et mieux vaut ne rien dire de sa haine de l'Occident, en général, et d'Israël, en particulier. Fidèle à ma détermination d'exposer au grand jour l'ignominie de nos ennemis, je me suis imposé la lourde tâche de traduire ces horreurs, afin que nul n'en ignore rien. (Menahem Macina).]


Texte anglais original : "Robert Fisk: Israel has crept into the EU without anyone noticing" [2].

Libre opinion parue sur le site de The Independent, 31 juillet 2010

 

Traduction française: Menahem Macina

 fisk_2008.jpg

 

La mort de cinq soldats israéliens dans le crash d'un hélicoptère en Roumanie cette semaine n'a guère fait les titres de la presse.

Cela s'est produit au cours d'un exercice conjoint OTAN-Israël. Bon, c'est OK alors. Maintenant imaginez que cinq combattants du Hamas aient péri dans un crash d'hélicoptère en Roumanie cette semaine. Nous serions encore en train d'enquêter sur ce phénomène extraordinaire. Mais comprenez-moi bien : je ne suis pas en train de comparer Israël et le Hamas. Israël est le pays qui a légitimement massacré plus de 1 300 Palestiniens à Gaza, il y a dix-neuf mois – dont plus de 300 enfants –, alors que les cruels terroristes buveurs de sang du Hamas ont tué 13 Israéliens, dont 3 soldats qui se sont tiré dessus l'un l'autre par erreur.

Mais il y a un parallèle. Le juge Richard Goldstone, l'éminent magistrat juif sud-africain, a statué, dans son enquête de 575 pages pour le compte de l'ONU sur ce bain de sang, que les deux parties avaient commis des crimes de guerre – ce qui lui valut d'être correctement qualifié de « mauvais » par toutes sortes de partisans américains d'Israël, scandalisés à juste titre, et de voir son excellent rapport rejeté par sept gouvernements européens –, d'où la question qui se pose d'elle-même. Que fait l'Otan en procédant à des exercices de guerre avec une armée accusée de crimes de guerre ?

Ou, plus précisément, que diable fait l'Union Européenne en couvrant les Israéliens ? Dans un livre remarquable, détaillé – même si un peu trop furieux – à paraître en novembre, l'infatigable David Cronin, présentera une micro analyse de "nos" relations avec Israël. Je viens juste d'achever la lecture du manuscrit. Il m'a coupé le souffle. Comme l'auteur le dit dans sa préface, « Israël a établi des liens politiques et économiques si puissants avec l'Union Européenne, durant la décennie écoulée, qu'il est devenu un Etat-membre de l'Union, en toutes choses, si ce n'est en titre. » En fait, c'est Javier Solana, le pouilleux boss de la politique étrangère de l'Union Européenne et ancien secrétaire général de l'Otan, qui a effectivement dit, l'année dernière : « Israël, permettez-moi de le dire, est membre de l'Union Européenne sans être membre de cette institution ».

Excusez-moi ? Le savions-nous ? L'avons-nous voté ? Qui a permis que cela se produise ? David Cameron – qui fait un lobbying acharné pour l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne – est-il d'accord avec cela ? Probablement que oui, puisqu'il continue à se dire « ami d'Israël » après que ce pays ait fabriqué une excellente série de faux passeports britanniques pour ses meurtriers à Dubaï. Comme le dit Cronin, « la lâcheté dont fait preuve l'Union Européenne à l'égard d'Israël, contraste fortement avec la position énergique qu'elle a adoptée quand des atrocités majeures ont eu lieu dans d'autres conflits ». Après la guerre entre la Russie et la Géorgie, par exemple, l'UE avait chargé une mission indépendante de déterminer s'il y avait eu mépris du droit international,  et avait demandé une enquête internationale pour violation des droits de l'homme après la guerre menée par le Sri Lanka contre les Tigres Tamoul. Cronin n'élude pas la responsabilité de l'Europe dans l'Holocauste des Juifs et accepte qu'il y ait toujours un « devoir moral » pour nos gouvernements, d'assurer que cela ne se produise plus jamais – quoique j'aie noté que Cameron a oublié de mentionner l'Holocauste arménien de 1915, quand il est allé flatter les Turcs cette semaine.

Mais ce n'est pas vraiment la question. En 1999, les ventes d'armes de la Grande-Bretagne à Israël – un pays qui occupe la Cisjordanie (ainsi que Gaza) et qui construit des colonies illégales pour les Juifs et les Juifs seulement, sur des terres arabes – ont atteint la somme de 11 millions et demi de livres sterling ; et en deux ans ce chiffre a presque doublé, atteignant 22 millions et demi de livres. Il s'agit d'armes légères, de kits de fabrication de grenades et d'équipements pour avions de combat et chars. Il y a eu quelques refus après qu'Israël eut utilisé des chars Centurion utilisés contre les Palestiniens en 2002, mais, en 2006, l'année où Israël massacra 1300 autres Libanais, dont la majorité étaient des civils, au cours d'une autre croisade contre le « terrorisme mondial » du Hizbollah, la Grande-Bretagne accorda [à Israël] 200 licences [de fabrication] d'armes.

Bien entendu, quelques équipements britanniques sont destinés à Israël via les Etats-Unis. En 2002, la Grande Bretagne a livré des "équipements de visée" fabriqués par BAE Systems pour Lockheed Martin qui les a rapidement installés sur les bombardiers de combat F-16 destinés à Israël. L'UE n'a pas émis d'objection. Il faut ajouter que, la même année, les Britanniques ont accepté d'entraîner 13 membres de l'armée israélienne. Des avions américains transportant des armes vers Israël, à l'époque de la guerre du Liban, en 2006, firent le plein de carburant dans des aéroports britanniques (et il apparaît, hélas, que ce fut aussi le cas dans des aéroports irlandais). Dans les trois premiers mois de 2008, nous avons accordé des licences pour d'autres armes destinées à Israël pour un montant de 20 millions de livres – juste à point nommé pour l'assaut israélien contre Gaza. Selon Cronin, des hélicoptères Apache, utilisés contre les Palestiniens, contiennent des pièces fabriquées par SPS Aerostructures à Nottinghamshire, Smiths Industries à Cheltenham, Page Aerospace dans le Middlesex et Meggit Avionics dans le Hampshire.

Dois-je poursuivre ? A propos, Israël a été félicité pour l'aide "logistique" qu'il a apportée à l'Otan en Afghanistan – où nous tuons plus d'Afghans même que les Israéliens tuent régulièrement de Palestiniens – ce qui n'est pas surprenant puisque Gabi Ashkenazi, le patron de l'armée israélienne a visité le Quartier Général [de l'Otan] à Bruxelles pour plaider en faveur de liens plus étroits avec l'Otan. Et Cronin invoque, de manière convaincante, un arrangement financier extraordinaire – et presque ignoblement superbe – en "Palestine". L'Union Européenne finance des projets pour Gaza, à hauteur de plusieurs millions de livres. Ils sont régulièrement détruits par les armes israéliennes fabriquées par les Américains. Voilà comment cela fonctionne. Les contribuables européens casquent pour ces projets. Les contribuables américains casquent pour les armes qu'Israël utilise pour détruire ces projets. Puis, les contribuables européens casquent pour que tout cela soit reconstruit. Puis, les contribuables américains… Bon, vous avez saisi. A propos, Israël a déjà un "programme personnel de coopération" avec l'Otan, ce qui permet à Israël d'être inclus dans le réseau des ordinateurs de l'Otan [et donc d'être stratégiquement partie prenante des opérations].

En fin de compte, il est bon d'avoir de notre côté un allié puissant comme Israël, même si son armée est une horde sauvage et si certains de ses hommes sont des criminels de guerre. Au point où nous en sommes, pourquoi ne pas demander au Hezbollah de faire aussi partie de l'Otan ? Imaginez un instant combien ses tactiques de guérilla seraient bénéfiques à nos copains [qui combattent] au Helmand [province afghane]. Et comme les hélicoptères Apache d'Israël tuent souvent des civils libanais – une pleine ambulance de femmes et d'enfants, par exemple, pulvérisée par un missile air-sol Hellfire AGM 114, de Boeing, en 1996 – espérons que les Libanais pourront encore envoyer des salutations amicales aux gens de Nottinghamshire, Middlesex, Hampshire et, bien sûr, Cheltenham.

 

Robert Fisk


© The Independent

 

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Notes du traducteur


[1] Sur le peu de fiabilité documentaire de ce grand journaliste voir la liste suivante, non exhaustive :

"Dans une note de lecture de Commentary Magazine ("Beirut Bob", mars 2006), l'historien israélien Efraïm Karsh, a commenté le manque de rigueur et les nombreuses libertés que se permettait Fisk avec les faits : « Il est difficile de tourner une page de La Grande Guerre pour la Civilisation sans tomber sur des erreurs basiques. Jésus est né à Bethléem, et non, comme l'écrit Fisk, à Jérusalem. Le calife Ali, le cousin et beau-fils de Mahomet, a été assassiné en 661, pas au VIIIe siècle après Jésus-Christ. L'émir Abdallah est devenu roi de Transjordanie en 1946, pas en 1921 (bien qu'Abdallah ait effectivement dirigé la Transjordanie à compter de 1921 et jusqu'à ce que l'indépendance complète lui soit accordée par les Britanniques en 1949). La monarchie irakienne a été renversée en 1958, pas en 1962 ; Hadj Amin Al-Husseini, le Grand mufti de Jérusalem, a été nommé par les autorités britanniques, pas élu ; pendant son exil, l'ayatollah Khomeini a quitté la Turquie pour la ville sainte chiite de Nadjaf non pas sous le règne de Saddam Hussein mais quatorze ans avant que Saddam ne s'empare du pouvoir. La résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU a été adoptée en novembre 1967, pas en 1968 ; l'Égyptien Anouar El-Sadate a signé un traité de paix avec Israël en 1979, pas en 1977, et a été assassiné en octobre 1981, pas en 1979. Pendant la Première Intifada, Yitzhak Rabin était ministre de la Défense, pas Premier ministre, et Al-Qaeda n'a pas été créée en 1998 mais dix ans plus tôt. Et ainsi de suite. »" (D'après Wikipedia).

[2] L'original anglais de l'article de Fisk m'a été aimablement signalé par R.R., Bruxelles.

 

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Mis en ligne le 2 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org