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Shimon Pérès contre les Britanniques, Efraïm Karsh
07/08/2010

 

The Jerusalem Post, 2 août 2010

 

Texte original anglais : "Shimon Peres versus the Brits"


Traduction française : Menahem Macina

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Cliché repris de la chaîne 10 en Israël

 

Shimon Pérès, le président d'Israël, âgé de 87 ans, ne déclenche généralement pas d'hostilité parmi les Européens.

Infatigable partisan de la paix durant des décennies et architecte du Processus d'Oslo, pour lequel il reçut le Prix Nobel de la Paix, il a longtemps représenté, pour le monde extérieur, le visage modéré d'Israël.

Pourtant, la semaine dernière, il a provoqué la colère au sein des politiciens britanniques et des dirigeants juifs anglais en affirmant, sur un site Web juif, que l'Establishment britannique avait toujours été « profondément pro-Arabe et… anti-Israël, et que c'était en partie dû à des dispositions antisémites endémiques ».

« Je peux comprendre les préoccupations de M. Pérès, mais je m'inscris en faux contre ce qu'il dit de l'Angleterre »,

a affirmé James Clappison, vice-président des Conservateurs Amis d'Israël.

« Les choses ne sont certainement pas pires dans ce pays qu'en d'autres pays européens, s'agissant d'Israël. Il a fait fausse route dans cette affaire. »

Mais est-ce bien le cas ? Alors que peu d'arguments ont eu une plus large audience, ou touché un groupe d'observateurs plus diversifié, que l'affirmation selon laquelle la Grande-Bretagne a été l'accoucheuse de l'Etat Juif, la vérité est que, à peine était-elle investie de la puissance mandataire sur la Palestine, avec la mission explicite de faciliter la création d'un foyer national juif dans le pays, conformément à la Déclaration Balfour, qu'elle est revenue sur son obligation.

Dès mars 1921, le gouvernement britannique excisa le vaste territoire faiblement peuplé situé à l'est du Jourdain ("Transjordanie") du foyer national juif prévu et en donna la souveraineté effective à Abdullah, émir de La Mecque. En 1922 et en 1930, deux Livres Blancs [1] limitèrent l'immigration en Palestine – l'élixir de vie pour le futur Etat juif – et imposèrent de sévères restrictions aux ventes de terre à des Juifs.

La trahison par la Grande-Bretagne de ses obligations internationales envers la cause nationale juive atteignit son apogée le 17 mai 1939, lorsque un nouveau Livre Blanc imposa des restrictions draconiennes aux ventes de terre aux Juifs et limita l'immigration à 75 000 personnes pour les cinq prochaines années, après quoi la Palestine deviendrait un Etat indépendant dans lequel les Juifs ne constitueraient qu'un tiers de la population totale.

Les sentiments antisionistes au sein de l'establishment britannique étaient tels, à l'époque, que même Winston Churchill, qui admira le sionisme sa vie durant, utilisa rarement son contrôle de la politique en temps de guerre pour aider les sionistes (ou même les Juifs européens). Quoique atterré par le Livre Blanc ce « remugle de bas étage d'une époque défaitiste » – selon ses propres termes –, il s'abstint d'affronter ses généraux et sa bureaucratie à propos de la création d'une force combattante juive en Palestine, qu'il soutenait sans réserve, et laissa la bride sur le cou à la bureaucratie britannique pour la gestion des affaires du Moyen-Orient, ce dont ils profitèrent avec joie pour promouvoir la cause arabe. En 1943, par exemple, Freya Stard, auteur célèbre, orientaliste et aventurier arabe, fut envoyé aux Etats-Unis pour une campagne de propagande d'une durée de sept mois, destinée à affaiblir la cause sioniste et à défendre la politique du Livre Blanc de la Grande-Bretagne.

Que cela ait pu se produire au plus fort de l'extermination nazie des Juifs d'Europe dont Whitehall [2], était parfaitement au courant, constitue une puissante démonstration de la mentalité de l'administration britannique, qui était moins intéressée à arrêter le génocide qu'à empêcher ses éventuels survivants d'atteindre la Palestine après la guerre.

Ce fut au point que des hauts fonctionnaires du Foreign Office dépeignaient la Grande-Bretagne – et non les Juifs d'Europe – comme la principale victime de la cruauté nazie.

Cet antisionisme se maintint durant les années d'après-guerre, quand le Parti Travailliste, qui, en juillet 1945, remporta une victoire électorale massive, abandonna promptement sa plateforme pro-sioniste d'avant les élections pour devenir le pire ennemi de la cause nationale juive. Les restrictions du Livre Blanc furent maintenues en vigueur, et les Juifs furent avertis par le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Ernest Bevin, de ne pas « trop jouer des coudes dans la file » pour chercher à résoudre leurs problèmes.

Des dizaines de milliers de survivants de l'Holocauste, qui décidèrent d'ignorer l'avertissement et d'échapper au blocus naval, furent rassemblés comme du bétail dans des camps à Chypre, où ils restèrent prisonniers durant des années.

« Devions-nous accepter l'idée que tous les Juifs ou la grande majorité d'entre eux dussent quitter l'Allemagne ? » demanda Bevin, sur un mode rhétorique, à l'ambassadeur britannique à Washington.

« Je n'accepte pas ce point de vue. Il est vrai qu'ils ont enduré les pires massacres et persécutions, mais d'autre part, ils s'en sont sortis et un certain nombre d'entre eux ont survécu. »

Le Premier ministre Clement Attlee alla plus loin en comparant les survivants de l'Holocauste qui voulaient quitter l'Europe et retourner dans leur partie ancestrale, aux troupes nazies qui avaient envahi le continent.

Tandis que ces paroles faisaient écho à l'omniprésence de l'antisémitisme dans la bureaucratie britannique (le dernier haut-commissaire pour la Palestine, le général Sir Alan Cunningham, par exemple, disait du sionisme : « les forces du nationalisme sont secondées par la psychologie des Juifs, qu'il est important de reconnaître comme quelque chose de tout à fait anormal et irréductible à un traitement rationnel »), la politique moyen-orientale de la Grande-Bretagne reflétait aussi le fait fondamental qu'en tant qu'occupants de vastes territoires riches en ressources naturelles (d'abord et avant tout, le pétrole) et à cheval sur l'une et l'autre voies maritimes stratégiques (par exemple, le Canal de Suez), les Arabes ont toujours présenté infiniment plus d'intérêt que les Juifs pour les Britanniques.

Comme le chef de l'aviation le dit au Cabinet britannique en 1947,

« Si l'une des deux communautés [juive ou arabe] devait être contrariée, il serait préférable, sous l'angle purement militaire, que l'on trouve une solution qui n'ait pas pour résultat l'hostilité constante des Arabes. »

Il ne faut pas regarder plus loin que les déclarations de David Cameron sur le Moyen-Orient pour voir que cette mentalité anti-Israël est toujours bien vivante. À l'été 2006, lorsque des milliers de missiles du Hezbollah s'abattaient sur les villes et les villages d'Israël, il s'est donné la peine de publier, de l'île des Tropiques dans laquelle il prenait ses vacances à l'époque, une déclaration condamnant Israël pour « usage disproportionné de la force ».

Quatre ans plus tard, en visite officielle en Turquie, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour amadouer son hôte islamiste, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en critiquant les efforts d'Israël pour empêcher l'équipement en armes du groupe islamiste Hamas, qui, comme son homologue libanais [le Hezbollah], avait, pendant des années, envoyé des milliers de missiles sur la population israélienne.

Plus ça change, plus c'est du pareil au même.


Efraim Karsh *

© The Jerusalem Post

 

 

 

* Efraim Karsh est professeur en Etudes du Moyen-Orient et de la Méditerranée, au King's College de Londres, éditeur de la Revue Middle East Quarterly, et auteur de l'ouvrage récent – Palestine Betrayed [La Palestine trahie].   

 

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Notes du traducteur

 

[1] "Un livre blanc est un recueil d'informations destiné à un public déterminé pour l'amener à prendre une décision sur un sujet particulier. Son usage officiel dans le domaine politique a évolué depuis son apparition dans les années 1920. Né du besoin d'exprimer les intentions d'un gouvernement dans un contexte précis, il peut servir à établir une mise au point de portée générale ou à rechercher un consensus dans un cadre spécifique […]" (Wikipedia).

[2] Quartier où sont situés les bureaux du gouvernement britannique.

 

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Mis en ligne le 3 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org