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Israël (Société - mentalités)
Antisionisme

Le plus beau moment d'hypocrisie, Shaul Rosenfeld
07/08/2010

 

Sur le site Ynet News, 30 juillet 2010

 

Texte original anglais : "Hypocrisy's finest hour"


Traduction française : Menahem Macina

rosenfeld_shaul.jpg

Dr Shaul Rosenfeld

Interviewé par PBS, au début de cette année, Richard Goldstone a été abasourdi par une question concernant le soupçon que lui et d'autres aient pu – ce qu'à Dieu ne plaise ! – recourir au deux poids, deux mesures envers Israël, contrairement à leur attitude à l'égard d'autres Etats, tels les Etats-Unis, par exemple.

De telles affirmations ont été examinées, a affirmé Goldstone sans ciller, ajoutant que les Etats-Unis ont pris des mesures de grande ampleur pour protéger les civils innocents en Iraq. Et de faire remarquer, en outre, que contrairement aux crimes de guerre d'Israël et à la politique vengeresse de l'Opération "Coulée de plomb", les Américains ont veillé à ce que les civils innocents soient protégés et ils se sont excusés de leurs erreurs, par exemple au Kosovo, en Iraq et en Afghanistan.

En effet, pourquoi, diantre, ce "courageux adversaire de l'apartheid" (qui, comme on s'en souvient, a pu appliquer des lois raciales dans le passé et envoyer des dizaines de Noirs à la potence) devrait-il se préoccuper de quelques banalités insignifiantes ? Par exemple, le fait que, durant l'Opération "Juste cause", en décembre 1989, les forces américaines au Panama aient tué 300 à 1000 civils ; ou que, en octobre 1993, un bataillon des forces de l'ONU (composé en majorité d'unités américaines) ait tué plus de 500 civils somaliens, "au cours d'une opération", "bien sûr".

Même chose ailleurs :

  • Entre 460 et 2 000 civils ont été tués au cours des bombardements de l'Otan au Kosovo en 1999.
  • En décembre 2004, lors d'une campagne contre des forces islamistes, à Fallujah, en Iraq, les Américains ont tué plus de 6 000 civils et détruit plus de 10 000 habitations civiles.

Pourtant, ceux qui ont décrété d'avance qu'Israël est coupable n'ont rien à faire de cette information monotone.

Entre-temps, de telles banalités ne sont pas non plus la priorité majeure de l'ordre du jour de David Cameron. Ainsi, après la divulgation de 92 000 documents montrant que les forces de la coalition en Afghanistan ont tué des centaines de civils autochtones sans en faire mention, le nouveau Premier ministre britannique a trouvé le temps (en présence du Premier ministre turc Erdogan, bien entendu)

  • d'expliquer pourquoi le raid de la flottille était "totalement inacceptable" ;
  • pourquoi Netanyahu devait ordonner une "enquête rapide, transparente et rigoureuse, concernant l'incident (comme si Israël ne l'avait pas fait jusque-là) ;
  • et pourquoi Gaza était un "camp de prisonniers" (par la faute du blocus d'Israël, bien entendu).

 

Les enquêtes, c'est seulement pour Israël

 

Il faut reconnaître que Cameron n'est qu'un maillon de plus dans la chaîne d'une célèbre hypocrisie, allant d'universitaires chevronnés, de médias orchestrés par une BBC digne de foi, et de toute une théorie d'élites culturelles et artistiques.

Il reste qu'il faut être encore plus totalement cynique et désespérément hypocrite pour fustiger Israël un jour après que les Britanniques eux-mêmes aient été accusés d'infractions "légèrement" plus graves que d'arraisonner la flottille de Gaza (par exemple, des exécutions sans procès de civils afghans).

Quand l'état d'esprit que nous voyons régner à la Maison Blanche (et en Grande-Bretagne) est une dure condamnation de la divulgation d'informations classifiées – sans le moindre signe, jusqu'ici, de la nécessité que les Américains ou les Britanniques examinent les soupçons qui découlent de cette publication –, il est assez pénible de voir Cameron ou Obama ordonner une "enquête rapide, transparente et rigoureuse" sur les actions israéliennes.

Comme nous le savons tous, de telles enquêtes sont réservées à un certain Etat moyen-oriental. C'est comme si des dirigeants démocratiques éclairés, tout comme des dictateurs musulmans "progressistes" (qui oppriment les femmes, les minorités, les infidèles, et en fait, la majorité de leurs citoyens), avaient du mal à gérer leurs propres affaires quotidiennes sans signifier clairement à Israël à quel point il est moralement corrompu et quel mépris méritent ses actes.

Comme nous le savons tous aussi, "La ferme des animaux", de George Orwell [1] était une allégorie de la Russie d'avant 1917 et de la période postérieure à la révolution en Union Soviétique. Mais, dans notre ferme mondiale également, "tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que d'autres", bien entendu – par exemple, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et tout ce qui n'est pas Israël, selon le point de vue "impartial" de Goldstone, Obama et Cameron.

Dans le conte d'Orwell, les porcs prennent possession de la ferme et la dirigent énergiquement. Mais, dans notre monde merveilleux, 

  • où un président des Etats-Unis s'incline devant des rois primitifs (comme le roi saoudien Abdullah), tout en critiquant constamment l'Etat juif,
  • où un juge juif pend des Noirs, tout en faisant la leçon à Israël,
  • et où un Premier ministre britannique s'efforce d'ignorer la découverte des meurtres de centaines de civils, mais est perturbé par l'arraisonnement d'une flottille anti-Israël,

les hypocrites n'ont jamais fait mieux.

 

Shaul Rosenfeld *

 

© Ynet News

 

* Le Dr Rosenfeld est maître de conférences en philosophie.

 

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Note du traducteur

[1] La Ferme des animaux (Animal Farm) est un roman de George Orwell, publié en 1945 (en 1947 pour la traduction en français), décrivant une ferme dans laquelle les animaux se révoltent, puis prennent le pouvoir et chassent les hommes, à la suite de la négligence de ceux-ci à leur égard. Il s'agit […] d'une analogie assez explicite et critique à l'égard du Stalinisme. (D'après Wikipedia).


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Mis en ligne le 3 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org