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Hezbollah-Israël

Le Hezbollah empêche la signature d'un accord de sécurité France-Liban, MEMRI
07/08/2010

 

[Le débat parlementaire libanais qui suit pourra paraître abscons à nos internautes. Il est pourtant capital pour comprendre à quel point le Hezbollah constitue un ver dans le fruit libanais. Ce parti fanatique divise les hommes politiques libanais et torpille tous les accords qui ne lui agréent pas, même celui dont il est question ici, avec la France, allié ancestral et fidèle du Liban. Le Hezbollah lui en veut à mort d'avoir approuvé les sanctions contre l'Iran ; fidèle à la voix de son maître – l'Iran – dont il constitue la tête de pont au Liban et le bras armé régional face à Israël, on peut attendre de lui le pire pour Israël. Tel un venin, ses ukases paralysent la vie politique libanaise, empêchant ce pays de parvenir à la paix. Les Libanais, une fois de plus, servent de bouclier humain au Hezbollah. On comprend mieux la tactique depuis l'incident frontalier grave qui vient de se produire à la frontière entre Israël et le Liban (voir : "Un sniper de l'armée libanaise tue un officier de réserve de Tsahal au cours d'une embuscade à la frontière"). Même si aucun indice palpable ne permet de l'attribuer directement au Hezbollah, l'implication agressive de militaires libanais, probablement shiites, démontre à quel point l'armée libanaise est noyautée, voire dirigée par le Hezbollah. Si ce n'était pas le cas, ses soldats n'auraient jamais osé ouvrir le feu contre des soldats israéliens en mission de routine, qui ne faisaient preuve d'aucune attitude belliqueuse. (Menahem Macina).]

 

Source : MEMRI, Dépêches Spéciales, n° 3119, 26 juillet 2010.


Le 13 juillet 2010, les députés de l'opposition libanaise (dirigée par le Hezbollah et comprenant également Amal et le Courant Patriotique Libre de Michel Aoun) ont empêché le Parlement d'entériner un accord France-Liban pour la coopération dans les domaines de la sécurité intérieure, civile et administrative - bien que l'accord eût déjà été effectivement approuvé par le gouvernement libanais et le président Michel Suleiman.

Au cours d'une session parlementaire visant à donner au gouvernement l'autorisation finale à la signature de l'accord, une violente dispute a éclaté entre les députés de l'opposition et les Forces du 14 Mars, au sujet de plusieurs clauses de l'accord. Le désaccord, qui a duré deux heures, s'est terminé quand les membres de l'opposition ont quitté la salle - empêchant ainsi l'approbation définitive de l'accord (1).

La dispute a éclaté après que les députés de l'opposition eurent rejeté la première clause de l'accord appelant à la coopération entre la France et le Liban dans "la lutte contre le terrorisme" car, ont-ils estimé, la définition de la France du terme "terrorisme" est très différente de celle du Liban et de la définition arabe. Les députés de l'opposition ont exigé que l'accord soit modifié de façon à inclure la définition du terrorisme de la Convention arabe pour la lutte contre le terrorisme, signée en 1998 par les États membres de la Ligue arabe. La Convention établit une distinction entre "terrorisme" et "résistance", et stipule que "la lutte par tous les moyens, y compris la lutte armée contre l'occupation étrangère", n'entre pas dans le cadre du terrorisme (2).

Furieux de cette nouvelle exigence de l'opposition, les députés des Forces du 14 mars ont fait valoir que l'accord avait été approuvé à l'unanimité en février 2010 par tous les ministres du gouvernement, y compris les ministres de l'opposition tel le ministre des Affaires étrangères, Ali Al-Shami, membre du parti Amal. Ils ont donc considéré comme inacceptable le fait que les députés de l'opposition changent d'avis sur la question (3).

Dans une tentative visant à mettre fin au conflit et à apaiser le Hezbollah et ses alliés, les députés des Forces du 14 mars ont affirmé que le Liban était en effet engagé par la définition du terme "terrorisme" de la Convention de la Ligue arabe, tout en refusant de modifier l'accord, vu que cela nécessiterait de nouvelles négociations avec la France et retarderait sa mise en œuvre (4). Ils ont précisé que l'accord autorisait le Liban à rejeter toute proposition française soupçonnée de menacer la souveraineté, la sécurité ou les intérêts du Liban, ainsi qu'à résilier l'accord à tout moment (5).

Le ministre de l'Intérieur libanais, Ziad Baroud, a proposé une solution consistant à signer l'accord tel quel, en y adjoignant un document définissant le terme "terrorisme" conformément à la Convention de la Ligue arabe.

Malgré les nombreuses tentatives pour parvenir à un compromis, les députés de l'opposition sont restés sur leurs positions avant de quitter la salle, empêchant ainsi l'approbation finale de l'accord (6).

Ci-dessous des déclarations faites au sujet de la controverse.


Le Hezbollah et ses alliés rejettent les clauses anti-terroristes

Les députés du Hezbollah ont déclaré que l'un de leurs problèmes quant à la définition française du terme "terrorisme" est que la France considère le Hamas et le Djihad islamique palestinien comme des organisations terroristes, et par conséquent, un grand nombre de Palestiniens résidant au Liban comme des terroristes.

Lors de la session parlementaire du 13 juillet, le député du Hezbollah, Nawaf Al-Moussawi, a déclaré: « Le Liban doit-il accepter la définition française selon laquelle 100 000 Palestiniens du Liban appartiendraient à des organisations terroristes ?" (7).

Dans une interview diffusée sur la télévision libanaise LBC le jour suivant, Al-Moussawi a précisé: « La discussion sur l'accord de sécurité avec la France était axée sur la définition (du terme) "terrorisme", vu les différences qui existent entre notre définition et celle de la (Ligue) arabe, et la définition française […] Il s'agit d'un problème central et essentiel, vu que le Liban (abrite) 400 000 (réfugiés) palestiniens, dont des dizaines de milliers seraient des terroristes selon la définition française... Par conséquent, il a été convenu qu'il était nécessaire d'insérer (notre) définition (du terme) dans le corps de l'accord... » Il a ajouté: « ...La partie libanaise doit être claire avec la partie française, parce que si les Français demandaient un jour quelque chose qui puisse porter préjudice aux Palestiniens, dans le cadre de la coopération, nous pourrions entrer en confrontation... » (8)

En une autre occasion, Al-Moussawi a déclaré: « Le Hezbollah s'oppose à (l'accord) parce que celui-ci ne précise pas sa définition du terrorisme et ignore le consensus arabe tel qu'il apparaît dans la Convention de 1998 de (la Ligue) arabe, signée au Caire, dont la deuxième clause stipule que "les cas de lutte par tous les moyens, y compris la lutte armée, contre l'occupation étrangère, ne sont pas considérés comme des crimes […]" ». Il a ajouté que l'objectif du Hezbollah, en s'opposant à l'accord, était de défendre le droit du peuple palestinien à résister à l'occupation, et de le considérer comme légitime, et non comme du terrorisme. Il a en outre demandé de « modifier la première clause de l'accord pour qu'il témoigne de l'engagement du Liban face à la Convention de la Ligue arabe, et d'assurer que la définition libanaise soit claire et établisse bien la distinction entre résistance légitime et terrorisme. » (9).

Le ministre de l'Agriculture libanais, Hussein Al-Hajj Hassan, du Hezbollah, a également affirmé que l'accord lui-même devait tracer la distinction entre "terrorisme" et "résistance", afin qu' « ensuite, il soit impossible de dire que le Hezbollah, le Hamas ou le Djihad (Islamique) sont des mouvements terroristes ». Il a ajouté: « ...Nous soutenons que le gouvernement américain est terroriste ; le gouvernement français coopérera-t-il avec nous dans la lutte contre le terrorisme américain au Liban ?... » (10).

Nabih Berri, président du Parlement libanais et leader du mouvement Amal, a demandé que la clause de l'accord traitant de la lutte contre le terrorisme soit omise ou modifiée, de manière à indiquer clairement que le recours au terme "terrorisme" soit conforme à la définition libanaise. Il a affirmé que « dans sa version actuelle, l'accord de sécurité avec la France ne sera pas approuvé. » (11).

 
Les Forces du 14 mars: il s'agit de représailles du Hezbollah contre la France, pour son soutien aux sanctions contre l'Iran

Les députés des Forces du 14 mars ont fait valoir que la récente résolution du Conseil de sécurité de l'ONU appelant à de nouvelles sanctions contre l'Iran avait poussé le Hezbollah et ses alliés à modifier leur position vis-à-vis de l'accord de sécurité avec la France, qui avait joué un rôle majeur dans la rédaction de la résolution. Une autre raison de l'opposition du Hezbollah à l'accord, selon les Forces du 14 mars, a été la crainte que certains pays européens, dont la France, ne décident d'inclure le Hezbollah dans la liste des organisations terroristes (12).

Ziad Al-Qadri, membre de la faction Al-Mustaqbal, a affirmé que « la position du Hezbollah et d'Amal est à placer dans un contexte politique lié à la position de la France vis-à-vis des sanctions contre l'Iran. » Selon Al-Qadri, « leur opposition à l'accord consiste en fait en un message à la France, dans le cadre du différend qui oppose l'Occident à l'Iran sur le dossier nucléaire (iranien), et a pour objectif de paralyser à l'avenir (de telles) mesures (de la part de la France )... » (13).

Samir Geagea, chef du parti des Forces libanaises, a fait des déclarations similaires, critiquant « les attaques (de l'opposition libanaise) contre la France pendant les deux dernières semaines, qui ont commencé par l'attaque de l'unité française de la FINUL (14) et se sont poursuivies sous d'autres formes, dans les médias et en politique. La dernière dont nous avons entendu parler concerne l'accord de sécurité entre la France et le Liban. » Il a ajouté: « Le but de tout cela est de nuire à la France, qui a dirigé la proposition de résolution du Conseil de sécurité imposant des sanctions à l'Iran. » Geagea a également dit: « Les liens historiques qui existent entre le Liban et la France ne doivent pas être détruits au nom des intérêts nucléaires de l'Iran... » (15).

Elias Dairy, chroniqueur pour le quotidien libanais, Al-Nahar, a affirmé que c'étaient là des représailles du Hezbollah contre la France, en raison du rôle joué par celle-ci dans la décision du Conseil de sécurité d'imposer de nouvelles sanctions à l'Iran: « Il est clair que l'attaque aveugle et planifiée contre l'accord de sécurité avec Paris était une attaque directe et flagrante contre la France, (qui est) vraiment la plus clémente des mères (pour le Liban), et le seul mur auquel le Liban puisse encore s'adosser quand il est frappé par la catastrophe [...] (Cette attaque) n'est pas menée au nom du Liban pour protéger ses intérêts ou pour des considérations de sécurité ou de stabilité, mais pour le bien de l'Iran, et pour exercer des représailles contre la France en son nom - notamment après son approbation de nouvelles sanctions, et pour (ses mesures) […] contre les "aspirations nucléaires de l'Iran "... » (16).

Rajeh Al-Khouri, autre chroniqueur d'Al-Nahar, écrit dans la même veine: « Où étaient les ministres d'Amal et du Hezbollah lorsque le gouvernement a examiné les clauses de l'accord de sécurité entre la France et le Liban pour ensuite le faire entériner par le Parlement ? Pourquoi ces ministres ont-ils accepté ces clauses, si ensuite ils nous surprennent lors de la session conjointe des comités parlementaires ? [...] (Le Hezbollah) veut qu'il soit clair pour Paris que certains au Liban lui règlent son compte pour les sanctions imposées à (l'Iran). Fondamentalement, il n'y a pas de désaccord (au Liban) sur la définition (du terme "terrorisme"). Mais il est clair (que l'objectif du Hezbollah), à l'heure actuelle, au vu de la position obstinée de la France sur les sanctions contre l'Iran, est que les Français considèrent la querelle politique au parlement libanais comme le prolongement des escarmouches avec les troupes françaises de la FINUL au Sud-Liban. (Le Hezbollah veut aussi) que la France, qui cherche à jouer un rôle actif dans la région, comprenne [...] que quiconque frappe à la porte de l'Iran recevra une réponse du Liban !... » (17).

 


(1)
Al-Safir, Al-Mustaqbal (Liban), 14 juillet 2010.

(2) Al-Safir (Liban), 13 juillet 2010 ; Al-Mustaqbal, Al-Safir (Liban), 14 juillet 2010 ; Al-Hayat (Londres), 14 juillet 2010. Le quotidien Al-Liwa a signalé que "des sources ministérielles" avaient exprimé leur surprise face à l'enthousiasme du Premier ministre libanais, Saad Al-Hariri, à se précipiter pour signer des accords de sécurité avec la France et les Etats-Unis, tandis qu'un accord similaire avec la Syrie avait été retardé. Al-Liwa (Liban), 15 juillet 2010. Concernant la Convention de la Ligue arabe pour la lutte contre le terrorisme, voir http://www.arableagueonline.org/lasimages/picture_gallery/arab8-3-2010.PDF.

(3) Al-Mustaqbal (Liban), 14 et 16 juillet 2010.

(4) Al-Safir, Al-Mustaqbal (Liban), 14 juillet 2010 ; Al-Hayat (Londres), 14 juillet 2010 ; Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 17 juillet 2010.

(5) Al-Mustaqbal (Liban), 14 et 15 juillet 2010.

(6) Al-Safir, Al-Mustaqbal (Liban), 14 juillet 2010. Le lendemain, Al-Nahar et Al-Liwa ont signalé que lors d'une réunion gouvernementale, le Premier ministre Al-Hariri, furieux que les députés de l'opposition aient empêché l'approbation de l'accord par le Parlement, avait parlé de "coup d'Etat", Al-Nahar, Al-Liwa (Liban), 15 juillet 2010.

(7) Al-Safir (Liban), 14 juillet 2010.

(8) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 15 juillet 2010, Al-Safir (Liban), 15 juillet 2010. Le quotidien Al-Safir, affilé à l'opposition, publie même: «...Bien que la France ne classe pas le Hezbollah (comme) une organisation terroriste, elle considère les organisations palestiniennes comme le Hamas et le Djihad islamique comme des organisations terroristes. Cela signifie qu'un nouveau problème pourrait survenir au moment de l'application de l'accord, si la définition de la France diffère de celle du Liban. Qu'adviendra-t-il si la France demande (au Liban) des informations sur ces organisations ?... », Al-Safir (Liban), 14 juillet 2010.

(9) www.alintiqad.com, 19 juillet 2010.

(10) www.alintiqad.com, 15 juillet 2010.

(11) Al-Safir (Liban), 14 juillet 2010.

(12) Al-Hayat (Londres), 15 juillet 2010.

(13) Al-Mustaqbal (Liban), 15 juillet 2010.

(14) Fin juin et début juillet 2010, des habitants de villes et villages du Sud-Liban ont attaqué la FINUL, en particulier la Brigade française, bloquant des routes et jetant des pierres, et blessant plusieurs soldats. Les habitants ont affirmé qu'ils protestaient contre une manœuvre militaire menée par la FINUL au Sud-Liban, qui, selon eux, visait le Hezbollah. Une source de la sécurité libanaise rapporte que l'armée libanaise a refusé de coopérer avec la FINUL, faisant valoir que ces exercices d'entraînement avaient pour but d'empêcher les attaques de missiles contre Israël mais n'incluaient pas de plan pour parer à une éventuelle offensive israélienne contre le Liban.

(15) Al-Mustaqbal, Al-Nahar (Liban), 14 juillet 2010.

(16) Al-Nahar (Liban), 16 juillet 2010.

(17) Al-Nahar (Liban), 15 juillet 2010.

 

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© MEMRI

 

[Article aimablement signalé par O. Peel.]


Mis en ligne le 4 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org