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La liberté de sédition, Ben-Dror Yemini
07/08/2010

 

Texte original hébreu : "hofesh hashissoui", 6 août 2010

 

Traduction française : Menahem Macina

 

La liberté d'expression se transforme de plus en plus en un déversement de calomnies de fabrication Haaretz, et d'obscénité patronnée  par le monde académique.

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On ignore pourquoi, mais cette affaire est passée sans bruit. Un étrange silence. Le président de l'Autorité Palestinienne a déclaré au Caire qu'il n'accepterait pas qu'il reste un seul Israélien (c'est-à-dire un Juif) dans les territoires de l'Autorité Palestinienne après un accord avec Israël, et que dans le cadre de l'accord, il n'accepterait la mise en place de forces de l'Otan, qu'à condition qu'aucun Juif n'en fasse partie.

Propagande hostile ? Pas exactement. Ces propos ont été publiés par l'Agence de presse palestinienne, dans un communiqué officiel. Mais le monde se tait. Si le chef du gouvernement israélien disait : il ne devra pas rester un seul Arabe en Israël après l'accord, et je n'accepterai pas qu'un seul musulman serve dans les forces de l'Otan qui viendront veiller à la bonne exécution de l'accord, la chorale de service entonnerait chants et poèmes assourdissants sur le racisme sioniste irrédentiste.

Mais Abu Mazen peut le dire, lui, parce que, selon beaucoup d'entre nous, surtout de la gauche, les Arabes, sont des opprimés. Ils sont comme des enfants malheureux ou retardés. Et c'est pourquoi il n'est pas besoin de les écouter, il faut les analyser. Les comprendre. Leur donner raison. Leur donner des conseils. Voici d'ailleurs qu'un de ces paternalistes vient de publier cette semaine un article – pourquoi s'en priver ? – dans le journal Haaretz, où il énonce que « la négociation, à laquelle Abbas tient tellement, ne mène à aucun résultat, et n'engendre que déceptions chez les Palestiniens. »

Pardon ? La seule voie dans laquelle Abbas persévère est le refus de toute proposition sérieuse de paix. Il a accompagné Arafat à Camp David et chez Clinton, il s'est positionné à la droite d'Arafat et il encourage le refus. Par la suite, quand il a pris sa place, lui-même s'est vu offrir par Olmert une proposition stupéfiante, dont on peut douter qu'elle eût été soutenue par le public. Et qu'a fait l'homme qui "persévère dans la négociation" ? Il s'est entêté à revenir au refrain palestinien immuable : « non ». Plus exactement, disons qu'il n'a même pas dit « non ». Il n'a tout simplement pas répondu.

Mais la gauche du genre Menahem Klein, qui a publié l'article  dans Haaretz, ne soutient même pas Abu Mazen, l'éternel refuse-tout. Pour lui, Abu Mazen est trop modéré. « Il n'a pas de légitimité », explique Klein. « L'Autorité Palestinienne s'appuie sur les forces [israéliennes] de sécurité, et celles-ci s'appuient sur les baïonnettes israéliennes ». Si cet air vous semble connu, ce n'est pas étonnant. C'est un résumé de la position du Hamas : Abu Mazen n'a aucune légitimité ; en fait, c'est un collaborateur d'Israël.

Il n'est pas du tout nécessaire de chercher l'industrie du mensonge dans le vaste monde. Elle est répandue par un universitaire israélien disposant d'une tribune dans un journal qui alimente une propagande abominable [1].

 

La culpabilité des sionistes dans un pogrome

Des articles absurdes comme celui-ci, qui dispensent le Hamas de mettre sur pied un service de propagande coûteux, font partie de la "liberté d'expression", et pas seulement dans le journal Haaretz, aussi je poursuis. Vendredi dernier, a été publié [dans Haaretz] l'article d'un certain Elie Kaufman [2], qui se présente comme un rabbin "ultra orthodoxe" [en hébreu : "haredi"]. On peut faire ses délices de la carrière étonnante de cet homme dans les rangs d'organisations gauchistes éphémères, au temps où nous étions étudiants, jusqu'à sa transformation en « rabbin ultra orthodoxe ». Toutefois, ce qui importe, ce n'est pas l'homme, mais ce qu'il a écrit.

Eh bien, cet homme a publié un article sur les émeutes d'[octobre] 1929, dans lequel il affirme que les coupables étaient… les sionistes. Et pas seulement eux, mais les révisionnistes. C'est eux qui auraient commencé. Ils auraient organisé une sorte de manifestation au Kotel avec un drapeau d'Israël, ce qui enflamma la fureur des musulmans, lesquels furent forcés de réagir. Non que ce soit une théorie nouvelle, mais, cette fois, elle a bénéficié d'une page entière dans le supplément hebdomadaire de Haaretz. C'est la position la plus proche de la déclaration du journal : Cette thèse est proche de notre cœur.

Examinons donc cette thèse. Supposons que la manifestation fut une provocation. Et supposons qu'il y ait eu un défilé avec un drapeau d'Israël. Est-ce que cela justifie le massacre sauvage au cours duquel des enfants et des nourrissons eurent la tête broyée sous les yeux de leurs parents avant qu'ils soient assassinés à leur tour ? Est-ce que cela justifie le démembrement des cadavres avec des hurlements assassins ? Est-ce que cela justifie les dizaines de viols qui se terminèrent par l'incendie des cadavres des jeunes filles ? Quel est le lien – Maître de l'univers ! – entre brandir un drapeau et perpétrer un massacre de masse, au terme duquel ont été détruits les quartiers juifs de Gaza et de Hébron ? Et comment une chose justifie-t-elle l'autre ?

Il ne s'agit pas d'une distorsion historique de plus [qu'on appelle "narratif"], dans une version méprisable et connue. Il s'agit d'un article qui avait une conclusion politique pour ces jours-ci : « comme il en fut jadis, il en est de même aujourd'hui ». Tel était le titre [3]. Comme les révisionnistes furent coupables des pogromes d['octobre] 1929, ils sont coupables de ce qui se passe en ce moment. Ce ne sont ni le refus de Abu Mazen, ni les roquettes que tire l'organisation antisémite Hamas sur les agglomérations habitées par des civils, qui sont coupables. Les coupables, ce sont Netanyahu et l'idéologie sioniste, laquelle était inadmissible dès l'origine.

Qu'est-ce qui a pu pousser Haaretz à donner tribune à une théorie aussi abominable, "auto-antisémite", par laquelle un Juif qui se prétend "rabbin" explique et justifie un massacre massif de Juifs ? Ce n'est pas nous, diront-ils probablement, c'est la "liberté d'expression". Et ainsi la "liberté d'expression" s'est transformée en déversoir de toutes les infamies. Et plus cette valeur est exploitée par les services de propagande du Hamas et au profit du venin antisioniste, plus il est clair qu'il s'agit de la liberté de sédition [4].

Si nous avions cru que Haaretz avait atteint le fond de l'abîme en toute chose dans sa recherche de calomnies antisionistes, il s'avère que nous nous sommes trompés. On peut toujours descendre plus bas.

 

La propagande du Hamas à nos dépens

Un journal privé peut publier toutes sortes de stupidités. C'est son droit. Mais qu'arrivera-t-il quand un auteur "critique" réalisera un film de nature idéologique sur ce "rabbin ultra-orthodoxe" et demandera un financement gouvernemental ? C'est justement à ce propos qu'a eu lieu un débat, cette semaine, dans l'une des commissions de la Knesset. J'ai déjà fait remarquer dans cette section qu'une part non négligeable du budget israélien de la culture va à des auteurs qui pratiquent une critique acerbe de l'Etat. C'est légitime. Honte à un Etat qui exigerait un serment d'allégeance à la plateforme du Likoud comme condition préalable à l'obtention d'une aide publique. La seule question est: quelle est la limite ? Et il faut et on doit parler de cette limite. Est-ce qu'un film qui justifie les attentats-suicide – il y en a eu – mérite une aide publique ?

L'industrie des budgets de la culture souffre de népotisme. Tout le monde se connaît : tour à tour en tant que pourvoyeur de subside, ou en tant que subsidié. Aussi, s'agissant des budgets publics, il faut un nouvel ordre. Tout d'abord il y a lieu de critiquer sévèrement Israël ; mais toute critique ne doit pas être une diabolisation. Il y a assez de capital saoudien et iranien pour cela. Il n'y a nul besoin qu'Israël finance aussi la propagande du Hamas. La diabolisation est comme la pornographie : il est difficile de la définir. On peut la repérer quand on la voit. Est-ce qu'un film dont la publicité déclare que les soldats israéliens sont des nazis (c'est plus ou moins le cas du film 'odem [rouge à lèvres ?] qui a bénéficié d'une aide du fonds du cinéma) mérite un financement ?

Deuxièmement, une répartition honnête est nécessaire. En effet, il s'agit de fonds publics. La critique ne vient pas seulement du sud, mais aussi du nord du pays, et pas seulement de la gauche, mais également de la droite. Et si l'industrie envisage un budget qui finance uniquement de la propagande style Hamas, qu'on ne parle pas de "liberté d'expression". Qu'ils expliquent qu'ils sont en faveur d'un monopole de la liberté de sédition.

 

Domination du Fonds dans les médias

Le Nouveau Fonds pour Israël [5] a initié une nouvelle campagne : « Nous ne nous laisserons pas bâillonner », écrivent ses initiateurs. J'ai failli verser une larme sur le grand musellement de la parole des gens du Nouveau Fonds. Qui vous ferme la bouche ? Avez-vous essayé de dire quelque chose qu'on vous a empêchés de dire ? La Campagne refuse de nous renseigner. Alors, nous avons vérifié.

Eh bien, dans tous les journaux, y compris dans Maariv, ont été publiés au cours des mois écoulés bien plus d'articles des partisans du Nouveau Fonds. Ceux qui le critiquent – et dont aucun n'a demandé qu'on bâillonne le Fonds –, on peut les compter sur les doigts d'une seule main. Toute vérification sérieuse découvrira que la position du Nouveau Fonds dans les médias est proche du monopole, aussi je repose la question : qui donc muselle les gens du Fonds ?

 

L'académie de la cochonnerie

L'Académie des beaux arts, Beit Berl, présente une exposition dans laquelle des dizaines de créateurs montrent comment ils voient Victor Lieberman [le ministre des Affaires étrangères d'Israël]. Il y est présenté, entre autres, comme un lépreux et un porc.

Admettons le fait qu'il s'agit d'une institution académique connue. Eh bien, en ce qui concerne Lieberman, la réponse à toutes les objections sera qu'il s'agit de la "liberté d'expression", en général, et de la "liberté d'expression académique", en particulier. Comment se fait-il que, dans le cadre de cette liberté, tous les créateurs fassent de Lieberman une représentation abominable ? Où est ici la "liberté" si elle n'exprime qu'un seul point de vue et une seule orientation ? Et que signifie exactement ici "académique" ?

A présent, supposons que Beit Berl invite des dizaines d'artistes à une exposition similaire consacrée au Cheikh Raed Salah [6]. Quelqu'un oserait-il le représenter sous la forme d'un lépreux ou d'un porc ? S'il faut critiquer Salah, c'est une cochonnerie que de le représenter en cochon. S'il faut critiquer Lieberman, c'est une cochonnerie que de le représenter en cochon. Une cochonnerie protégée par la liberté d'expression et de création académique.

 

Ben-Dror Yemini

 

© Maariv

 

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Notes du traducteur

 

[1] Sur les méfaits de ce journal, lire surtout les articles bien documentés de P. I. Lurçat, et, entre autres: "La propagande antijuive du journal « Haaretz »", 24 juin 2010 ; "« Haaretz », le journal des élites israéliennes post-sionistes", 10 août 2008 ; etc.

[2] Voir : 81 shanah mal'u hashavoua' letevah behevron. Zikkaron 'im masqanot bahoweh (Il y a 81 ans cette semaine avait lieu le massacre de Hébron. Un souvenir avec des conclusions pour le présent)

[3] En fait, le titre dit littéralement, comme traduit ci-dessus (note [1]) : "Un souvenir avec des conclusions pour le présent".

[4] Il s'agit d'un jeu de mots rimé qui n'est perceptible qu'en hébreu : "liberté d'expression" se dit : hofesh bitouï, tandis que "liberté de sédition", se dit hofesh shissouï.

[5] Il est plus connu sous son appellation anglophone de New Israel Fund, expression amphibologique qui a donné lieu à une traduction française erronée - "Fonds pour un Nouvel Israël". Le nom hébraïque de cette puissante association (haqeren hahadashah le'israel) ne laisse aucun doute sur la signification de son titre : le Nouveau Fonds pour Israël. Un article du journaliste israélien Ben Caspit ("Comment le New Israel Fund a alimenté et financé le rapport Goldstone") la définit en ces termes : "Le « New Israel Fund » (NIF), association déclarée aux Etats-Unis, […] soutient et finance des centaines d'associations et d'organismes en Israël. Depuis qu'il a entamé ses activités en Israël, le NIF a distribué 140 millions de dollars à différents organismes, soit plus d'un demi milliard de shekels. Selon son site Internet, le NIF œuvre au "Renforcement de la démocratie, de la liberté, de la justice et de l'égalité en Israël". Comme l'indique son titre, l'article cité est très critique des orientations idéologiques du Fonds, qui ne coïncident pas toujours, selon ses détracteurs, à l'intérêt national d'Israël, et font même souvent, consciemment ou non, le jeu de ses ennemis.

[6] Raed Salah est le chef du Mouvement islamique du nord d'Israël.

 

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Mis en ligne le 7 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org