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Millière Guy

Le vingt-et-unième siècle ne sera pas Chinois, Guy Millière
13/08/2010

Source: Drzz.info, 8 août 2010

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Les Etats-Unis traversent aujourd'hui une période difficile. La croissance existe, un peu plus forte en moyenne qu'en Europe, mais elle ne crée pas d'emplois, car les entrepreneurs et investisseurs sont dans l'incertitude quant aux décisions susceptibles d'être prises par l'administration Obama. Si les baisses d'impôts mises en place sous George W. Bush ne sont pas reconduites dans quelques mois, une augmentation des impôts sur les particuliers et les entreprises se produira, dont les effets seront sans aucun doute désastreux. Les déficits publics ont été vertigineusement et délibérément creusés, et Obama a manifesté récemment des velléités montrant qu'il était tenté de les creuser bien davantage encore. Bien qu'il ne soit pas encore entré en vigueur, le plan de réforme de l'assurance santé que le Congrès a voté, dans un contexte de corruption et de marchandages sans précédent depuis longtemps, fait planer le spectre de rationnements et de difficultés pour un secteur qui comprend non seulement les entreprises d'assurance, mais les hôpitaux, les médecins, les laboratoires pharmaceutiques : et les surcoûts que sa mise en œuvre entraînerait constituent à eux seuls un frein à l'embauche et à la création d'entreprise. La loi sur le secteur financier, elle-même récemment votée, menace le dynamisme économique en maintenant en l'état les institutions responsables de la bulle immobilière (essentiellement Fannie Mae et Freddie Mac), en assurant une rente de situation aux grandes firmes financières actuellement en place, en restreignant la concurrence, et en prévoyant de placer toutes les activités de prêt, d'emprunt et d'investissement, sous le contrôle d'une nouvelle administration publique.  

Néanmoins, on peut penser que, passée la période Obama, l'économie américaine se redressera, car il existe toujours, aux Etats-Unis, en quantité plus importante qu'ailleurs, le capital essentiel pour l'économie du futur : le capital intellectuel et humain. La force d'attraction des Etats-Unis sur ce plan reste immense. La machine à créer et à innover tourne toujours. Le taux de natalité reste meilleur que celui des principaux concurrents du pays, et, à 2,01, il est proche du seuil de renouvellement de la population. S'il existe une immigration subie, qui représente plus de douze millions d'immigrants clandestins à l'intérieur du pays (certains évoquent même le chiffre de quinze millions), il continue à exister une immigration choisie, sélectionnée sur la base des diplômes, des projets entrepreneuriaux et des investissements. Les tensions qui marquent présentement l'Europe ne sont pas absentes, mais  beaucoup moins fortes : la population musulmane, par exemple, représente moins de trois pour cent de la population et est très disparate ; si des communautés arabes sont relativement importantes dans un Etat comme le Michigan, la population iranienne présente en Californie du Sud n'est vraiment pas tentée par l'islamisme dès lors que nombre de ses membres ont rejoint les Etats-Unis pour fuir le régime des mollahs.  

On peut être beaucoup plus pessimiste pour l'Europe, où, à des degrés divers selon les pays, les facteurs que j'ai énumérés donnent des indications bien moins favorables : la croissance est faible ou nulle presque partout, les créations d'emplois sont faibles ou nulles elles-mêmes, les investissements sont presque partout au point mort. Plusieurs pays sont dans des situations de récession chronique dont on voit très mal comment ils pourront sortir. Les impôts et les charges sont presque partout plus élevés qu'en Amérique du Nord, et seuls quelques secteurs, dans quelques pays, tirent leur épingle du jeu : la finance au Royaume-Uni, la mécanique de précision, la chimie et un secteur automobile haut de gamme en Allemagne. Les déficits publics sont presque partout abyssaux, à l'exception de l'Allemagne encore. La formation d'un capital intellectuel et humain est déficiente et souvent inadaptée. Les taux de natalité sont catastrophiquement bas et ressemblent à un suicide collectif. Les systèmes sociaux sont dans des situations très proches de la banqueroute, voire au delà même de la banqueroute. L'immigration choisie ne se fait guère (fort peu de ceux qui peuvent choisir l'Amérique choisissent l'Europe), tandis que l'immigration subie ne cesse de grandir. Les tensions liées à la non-intégration d'importantes communautés musulmanes créent des difficultés de plus en plus vives.  

C'est dans ce contexte qu'on évoque, beaucoup, la Chine. Certains en Europe, mais en Amérique du Nord aussi, sont fascinés par la croissance chinoise, et ceux-là disent que la Chine deviendra la puissance majeure du vingt-et-unième siècle. D'autres, partageant le diagnostic, accusent la Chine de concurrence déloyale, de diverses formes de dumping, de vols de propriété intellectuelle. On la soupçonne, enfin, de volontés bellicistes et impériales.  

Tout cela doit être nuancé, et pondéré. La croissance chinoise au cours des trente dernières années a été effectivement très forte, de l'ordre de 9,5% par an. Les villes chinoises ont grandi exponentiellement. Des villes entières sont sorties de terre. Des usines immenses se sont créées en peu de temps. Dire, comme cela se fait souvent, que la Chine est devenue l'"atelier du monde" n'est pas un abus de langage. De là à ce que la Chine devienne la puissance économique dominante du siècle qui commence, il y a un pas immense qu'il faut se garder de franchir : d'une part, la croissance chinoise tout en restant, et en devant rester, forte, devrait se situer alentour de 7% dans les années à venir. Cela en fera un pays qui, à l'horizon 2040 aura un produit intérieur brut par tête qui sera encore très inférieur à celui des Etats-Unis (on peut estimer qu'il représentera entre 30 et 40% du chiffre américain). D'autre part, la Chine a des taux de productivité très bas si on les compare à ceux des Etats-Unis et de l'Europe, et l'écart est si important qu'il faudrait plusieurs décennies d'une croissance supérieure à ce qu'elle est pour que ceux-ci connaissent un rattrapage : la Chine est un pays qui est passé de la destruction économique généralisée occasionnée par le maoïsme à une industrialisation reposant sur une main d'œuvre importante, bon marché et corvéable à merci, ce qui lui a donné des avantages concurrentiels. Passer à l'étape suivante sera plus complexe. Et l'une des complexités tient précisément au capital dont les Etats-Unis disposent, et dont la Chine dispose peu : pour qu'un capital intellectuel et humain soit effectivement productif, il faut non seulement la connaissance, son acquisition, sa transmission, mais aussi la créativité et l'initiative individuelle qui peuvent très difficilement prendre leur essor dans un système rigide, hiérarchisé, pyramidal comme l'est encore très largement le système chinois.  

Enfin, la population chinoise est confrontée à un vieillissement aussi fort que celui des pays d'Europe qui vieillissent le plus vite, et ce vieillissement va changer la proportion actifs-inactifs dans des proportions très importantes au cours des années à venir. On peut ajouter des problèmes environnementaux graves, un enclavement géographique peu favorable, et des tensions ethniques à même de refaire surface à tout instant si le parti unique relâchait son emprise.

La Chine a, par ailleurs, sous-évalué sa monnaie, pratiqué un contrôle des changes et une fermeture du système financier qui ont avantagé ses importations, freiné le développement de la consommation intérieure, suscité une épargne forcée et des excédents financiers : cela dit, ce qui s'est mis en place est une interdépendance et non une dépendance d'autres pays par rapport à la Chine. La Chine a besoin de vendre ce qu'elle produit à bas prix, les Occidentaux en bénéficient par des gains de pouvoir d'achat dégageant des potentialités de consommation susceptibles de se tourner vers d'autres secteurs, si ceux-ci peuvent se développer dans les pays occidentaux (ce qui dépend des politiques qui y sont menées).  

La Chine prête de l'argent, et achète des bons du trésor étrangers (américains, surtout), mais elle a besoin que les pays auxquels elle prête, ou dont elle achète les bons du trésor, continuent à prospérer et à innover. Elle copie beaucoup, mais, tout en la parasitant et la pillant parfois, elle dépend de l'innovation qui s'opère en Occident.  

Ce qui est à surveiller, c'est la militarisation de la Chine, ses liens à un cartel de dictatures, sa volonté hégémonique sur la mer de Chine. Ce domaine d'ensemble était surveillé comme il devait l'être sous l'administration Bush. Il ne l'a plus été depuis que l'administration Obama s'est mise en place. Une reprise en main s'imposera lorsque viendra l'après-Obama : si  la reprise en main commençait dès maintenant, ce serait mieux encore.  

La surveillance doit être souple, mais ferme. Souple, car ce qui se passe en Chine concerne un cinquième de l'humanité. Ferme, parce qu'une hégémonie chinoise sur l'Asie serait absolument délétère pour la survie de l'Occident, et irait de pair avec une volonté de mainmise du cartel de dictatures auquel appartient la Chine.  

Dans le cadre de cette surveillance, que la Chine croisse encore ne sera un problème que pour les pays déclinants et peu innovants : ce sera un problème, donc, pour l'Europe où l'on regarde la Chine avec une politesse mêlée de crainte, de fascination et, parfois d'irritation, qui ressemble à l'attitude de la proie devant le serpent qui s'apprête à l'avaler. Ce sera moins un problème qu'on ne le dit pour les Etats-Unis. La Chine aura son lot de problèmes intérieurs lourds à gérer. Les Etats-Unis ont un problème majeur, bien plus facile à régler normalement : avoir mis au pouvoir une administration effroyablement calamiteuse dont, si le peuple américain le décide, il sera débarrassé en temps et en heure.

© Guy Millière

 

[Article aimablement signalé par O. Peel.]

Mis en ligne le 8 août 2010, par Menahem Macina, sur le site france-israel.org